Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales, le Fonds monétaire international (FMI) maintient le taux de croissance économique de la République démocratique du Congo 4,7% pour l’année 2024, contre les prévisions congolaises de 6,7% contenues dans la loi des finances de cette année. L’économie congolaise décélère donc, et les implications peuvent se faire sentir fortement.
Selon le rapport publié le 19 avril lors des réunions annuelles de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington DC, les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne continuent de s’améliorer progressivement après le ralentissement général induit par la pandémie mondiale de Covid-19. La croissance du PIB dans la région devrait atteindre 4,0 % en 2025, après être passée de 3,4 % en 2023 à 3,8 % en 2024, et les deux tiers des pays prévoient une nouvelle croissance en 2025.
Le rapport prévient toutefois que des risques subsistent alors que les gouvernements continuent de faire face à des pénuries de financement, à des coûts d’emprunt élevés et à des remboursements imminents de la dette. «Une pénurie de financement persiste et face à ces défis, l’Afrique subsaharienne aura besoin d’un soutien supplémentaire de la communauté internationale pour développer un avenir plus durable», indique-t-il.
Les perspectives du FMI sur la RDC montrent que le pays connait une situation de sécurité difficile, en raison du conflit qui fait rage à l’est du pays, qui ne fait voir aucun signe d’accalmie dans un avenir proche et pourrait nuire à l’économie à long terme. Le taux de croissance pour l’année en cours est définitivement établi à 4,7%. Le pays avait, pourtant, dans son budget 2024, planché sur un taux de croissance de l’économie de 6,7%. En début d’année, la Banque africaine de développement l’avait réduit à 5%, et le FMI quelques mois plus tard à 4,7%.
Surveillance du FMI
A l’époque, des services de la Banque centrale nous avaient expliqué attendre une réunion d’évaluation avec l’institution de Bretton Wood afin de se mettre d’accord sur le niveau de croissance de l’année. Mais la publication de ce rapport du FMI finit de fixer, définitivement et sauf changement inattendu, la hauteur de la croissance attendue du PIB de la RDC pour l’année 2024.
Le calcul du PIB correspond à la somme des valeurs ajoutées (du secteur public et privé) à laquelle s’ajoute la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mais aussi les taxes sur des produits particuliers comme les produits pétroliers, le tabac et l’alcool ou encore les produits importés (droit de douanes). Bien entendu, en contrepartie de ces taxes, les subventions reversées par l’État sont logiquement retranchées.
Afin de préserver la stabilité et de prévenir les crises au sein du système monétaire international, le FMI recourt à la surveillance. Il s’agit d’entretiens réguliers avec les autorités des pays membres pour évaluer la situation économique. Au cours de ces missions, les services du FMI s’entretiennent avec des responsables du gouvernement et de la banque centrale sur les risques pesant sur la stabilité intérieure et mondiale, ainsi que sur les mesures et les réformes à entreprendre pour y faire face. Les entretiens portent principalement sur le taux de change, les politiques monétaire, budgétaire et financière, ainsi que sur les réformes structurelles, et permettent au FMI d’établir avec une plus grande certitude les principaux agrégats de l’économie du pays concerné, y compris le taux de croissance.
Perdre deux points de croissance sur les prévisions n’est pas une bonne nouvelle. Une croissance en berne entraîne, toutes choses restant égales par ailleurs, une baisse dans la mobilisation des recettes de l’Etat, avec le risque de combler le déficit ainsi créé par le financement monétaire et de creuser davantage l’inflation. En effet, si le budget 2024 projette un taux de change moyen à 2.518 francs pour un dollar américain, et un taux de change fin-période à 2.535,5 francs le dollar US, la réalité a largement dépassée ces prévisions : le portail de la Banque centrale, au 28 février 2024, le taux officiel s’affiche à 2.786,39 francs pour le dollar américain.
En outre, une baisse de l’accroissement de la richesse se traduit par une baisse des recettes fiscales : TVA, impôt sur les sociétés, mais aussi impôt sur le revenu car le niveau des revenus distribués est aussi en baisse. La baisse des recettes fiscales ne permet pas à l’État de rembourser sa dette et ou de dégager des marges de manœuvre pour investir. Elle risque également de plonger le pays dans l’inflation, si le gouvernement fait le choix de combler ses déficits par le financement monétaire. L’effort de guerre va exercer une pression sur les finances publiques, étant donné que la sécurité du pays est prioritaire. Une faible mobilisation des recettes pourrait entraîner une forte inflation qui nuirait ainsi au pouvoir d’achat d’une population déjà meurtrie.
Tableau : Taux de croissance et prix à la consommation des pays africains

Source : FMI.
MULOPWE wa ku DEMBA







