CHRONIQUE D’où il ressort qu’un homme comme Augustin Kabuya mérite mille fois le...

D’où il ressort qu’un homme comme Augustin Kabuya mérite mille fois le respect

Sans la moindre gêne, honte ni vergogne, les anciens kabilistes purs et durs André Atundu, Willy Bakonga et Amrie-Ange Lukiana, s’affichent aujourd’hui tshisekedistes. | Photo : Sylvie Bongo.

Il n’a pas la finesse du langage, et encore moins cette perspicacité qui frappe les esprits. Il dit les choses simplement, de façon juste à se faire comprendre de son public, et c’est l’essentiel. On peut tout dire d’Augustin Kabuya Tshilumba, mais nul ne pourra jamais – alors au grand jamais ! – lui dénier sa plus grande richesse, sa valeur cardinale : lui au moins, il a des convictions. Et des convictions fortes. Chacun pourra ergoter sur ça, mais elles restent bien ancrées dans sa tête, et solidement.

L’homme est ainsi resté fidèle à la formation politique qu’il s’est choisie encore jeune adolescent : l’Union pour la démocratie et le progrès social, UDPS en sigle. Que des collègues et amis de l’Institut supérieur du commerce – ISC/Gombe – aient été attirés par l’appât du gain instillé par la famille politique mobutiste pendant la Transition maréchalesque, lui, il est demeuré ferme dans ses bottes de jeune militant de la jeunesse UDPS de cette institution d’enseignement supérieur.

Son diplôme en poche, Augu, comme l’appellent ses proches, a vécu modestement, animant les forums des parlementaires-débout de Selembao – ces agoras où l’on discute politique – et, petit à petit, il a débarqué au cabinet du président de l’UDPS, l’immense patriarche Etienne Tshisekedi wa Mulumba, en qualité d’attaché de presse, puis conseiller en communication. Ses conditions modestes ne le poussèrent jamais à traverser la rue pour aller se faire mouiller la barbe auprès d’un pouvoir kabiliste père-noëlique qui distribuait volontiers des prébendes à tous ceux qui voulaient bien s’essayer au trimardage politique et à la trahison de leurs partis respectifs.

Mais le combat d’Augustin Kabuya prit une nouvelle allure. Il est le porte-voix du Sphinx de Limeté, et il subira, même en mode miniature, le chemin de croix naguère enduré par son champion : arrestations multiples dans des cachots insalubres des services secrets, notamment en 2008 et 2011 ; passage à tabac par des sbires du régime Kabila déchaînés ; un œil droit gonflé qu’il a failli perdre à l’issue d’une marche en 2016 etc. Tout cela ne le décourage nullement : il reste fidèle à son parti, même s’il broie de la braise dans sa vie de tous les jours.

Pendant ce temps, Evariste Boshab, est directeur de cabinet de Joseph Kabila, puis secrétaire générale du PPRD, puis président de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire deuxième personnage de l’Etat ; puis vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur. Pendant ce temps, Adolphe Lumanu Mulenda Buana Nsefu est directeur de cabinet du président Joseph Kabila, puis vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. Pendant ce temps, Léonard Shé Okitundu est ministre des Droits humains du gouvernement Laurent-Désiré Kabila, puis directeur de cabinet de Joseph Kabila, puis vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Pendant ce temps, Marie-Ange Lukiana est ministre du Travail de Laurent-Désiré Kabila, puis secrétaire générale adjointe du PPRD, puis ministre du Travail, puis ministre du Genre.

Tous ces barons du sérail kabiliste sablent le champagne millésimé, s’empiffrent des sous de l’Etat, soignent une vie stylée et BCBG digne de la vieille aristocratie française, commandent volontiers des parfums de chez Dior et Saint-Laurent, et se moquent bien de ce Kabuya qui trimballe sa misère dans quelque quartier mal famé de Kinshasa.

Mais un jour, alors qu’il est déjà secrétaire générale adjoint de l’UDPS, le parti de Kabuya triomphe : son candidat, Félix Tshisekedi, est élu président de la République à l’issue des élections générales de décembre 2018. Après près de deux ans d’une tentative de coalition qui n’a pas marché, le nouveau chef de l’Etat met fin à l’alliance, et gouverne désormais seul le pays avec une majorité qu’il a réussie à se constituer. Enfin, Boshab, Lumanu, Okitundu, Lukiana, Mende et consorts, vont devoir expérimenter le rôle d’opposants pendant rien que trois ans, dans l’espoir d’articuler un discours alternatif qui serait susceptible d’assurer un jour leur retour au pouvoir. Que non ! Avec armes et bagages, voilà tous ces messieurs-dames à qui Kabila a tout donné, et qui ne meurent même pas de faim, traînant leurs pieds vers l’UDPS, sans la moindre gêne, honte ni vergogne !

Même Willy Bakonga, qui claironnait sur le plateau de Jean-Marie Kasamba sur Télé 50, qu’il est éternellement kabiliste, et qu’il abandonnerait carrément la politique s’il devait quitter le kabilisme, est aujourd’hui tshisekediste pur et dur. Même Katintima, maître à penser des fraudes électorales du passé pour compte de Kabila, s’est découvert lui-aussi, une âme tshisekediste. Même l’ancien vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda, qui invoquait Joseph Kabila sous le mantra ‘‘Ye meï’’, comme les membres des religions ésotériques évoquent les puissances cosmiques, est passé aussi au tshisekedisme. Même le porte-voix du kabilisme triomphant, André Atundu Liongo, qui n’a nulle base connue et qui ne doit son existence qu’à des nominations par Joseph Kabila, la dernière étant celle de PCA de la SNEL, lui, l’ancien sécurocrate mobutiste devenu kabiliste, est aujourd’hui plus tshisekediste que quiconque.

Alors que le peuple congolais était en droit d’attendre d’eux de jouer le rôle de l’opposition, ils ont tous basculé vers le pouvoir de ceux qui étaient hier, leurs pires adversaires, laissant l’opposition pour ainsi dire, au seul Moïse Katumbi et son Ensemble. A croire que si Katumbi n’avait pas quitté le PPRD, il n’y aurait plus d’opposition aujourd’hui au Congo-Kinshasa. L’argument avancé, selon laquelle la politique serait dynamique, a de quoi faire vomir ! Pourquoi le peuple doit-il continuer de voter si c’est pour que ses élus aillent vagabonder impunément en rase campagne ?

Tous ces vagabonds sans idéal, ces politiciens désincarnés, ont au moins un mérite : celui de nous rappeler qu’il existe dans ce pays des gens dignes de respect qui, contre vents et marrées, demeurent fidèles à leurs convictions et à leurs formations politiques. Au demeurant : qui peut bien faire confiance à de tels vagabonds, lorsqu’on sait qu’à la première occasion, ils s’envoleront vers d’autres cieux, plus cléments et plus fertiles en bifteck? Augustin Kabuya représente, dans cette chronique, tous ceux qui, surtout à l’UDPS mais aussi parfois ailleurs, ont une colonne vertébrale idéologique qui les tient débout politiquement. Le cas aussi de ceux qui ont préféré démissionner du gouvernement pour rester fidèles au parti d’opposition Ensemble. Dans un océan rempli de bourlingueurs politiques qui de Lukiana à Tunda, de Lumanu à Atundu et Okitundu, n’en finissent pas d’errer désespérément en quête d’un morceau de poste pour assouvir leur boulimie de pouvoir, une minorité de personnes de conviction mériteront toujours notre considération.  

Aristote KAJIBWAMI