POLITIQUE Boketshu, Mokia, Jules Munyere, Youyou Muntu Mosi et consorts visés par une...

Boketshu, Mokia, Jules Munyere, Youyou Muntu Mosi et consorts visés par une plainte en Belgique

Le Réseau de prévention des génocides et le Collectif des avocats pour la défense des Tutsi de nationalité congolaise ont organisé une conférence de presse au siège du Centre communautaire laïc juif – CCLJ –, au 52 rue des Monnaies à Bruxelles. Au menu : la situation des Tutsi congolais. Avec comme orateur principal : Me Bernard Maingain, ténor du barreau de Bruxelles récompensé par de nombreux prix – Prix de la Volée à Paris et Prix du barreau de Marseille au concours international de plaidoirie de la francophonie à Liège.

Selon l’avocat belge, les Tutsi congolais sont victimes des discours de haine, comprenant la stigmatisation, le recours aux imaginaires pré-génocides, d’accusations d’occupations illégales des terres, le déni de leur nationalité et l’exil forcé, et une «levée de l’interdiction de tuer». Me Maingain explique que le Réseau et le Collectif détiennent de nombreuses preuves de leurs dires, constituées par des vidéos publiées sur YouTube, mais aussi des captures d’écran des messages sur les réseaux sociaux qui sont acceptées comme preuves dans le cadre des lois contre la cybercriminalité dans de nombreux pays.

Ancien chanteur devenu agitateur

Dans le viseur des organisateurs de la conférence, plusieurs personnes, de nationalité congolaise, résidant en RDC et dans des pays étrangers. En premier : l’ancien chanteur reconverti en agitateur politique basé à Bruxelles, Boketshu wa Yambo. Il est reproché à l’ancien ténor de l’orchestre Swede-Swede d’avoir tenu, notamment, ces paroles sur sa chaîne YouTube Bokoto TV : «il faut que les Kinois se lèvent, qu’ils tuent Kamerhe, qu’ils tuent Ruberwa, qu’ils tuent Moise Mwarugabo, qu’ils tuent Janet Kanambe, qu’ils tuent Hyppolite Kanambe. Qu’ils tuent Olive Lembe, qu’ils meurent nous ne serons pas des esclaves !» Et aussi : «pendant cette année 2020, que nous puissions les tuer/éliminer tous , comme tu éliminas jadis les cités de Sodome et Gomorrhe. Sortez à l’extérieur et tuez les Tutsi ! Mobilisez-vous, il est temps de faire une révolution ! Si vous m’écoutez, sachez que Felix Tshilolo s’est emparé de notre pays.» Et enfin : «D’abord ce sont les Rwandais ! ces gens de Minembwe. Ils vont payer nous allons les tuer partout. Je dis bien nous allons les tuer partout ! sans pitié ! Et puis nous allons tuer en deuxième lieu les accompagnateurs. Ceux qui savent qu’ils sont accompagnateurs et les collabos ! Les accompagnateurs c’est-à-dire tous ces gens qui accompagnent l’occupation et la balkanisation de ce pays : les politiciens qui accompagnent l’occupation et la balkanisation. Nous vous tuerons. Nous n’aurons pitié de personne».

Des propos qui font froid dans le dos, mais qui sont devenus banals au regard du nombre de personnes qui les tiennent avec une légèreté déconcertante et en toute impunité depuis des années. Le cas de Michel Bwami, originaire de Walikale et basé lui aussi en Belgique. Egalement connu pour ses diatribes, il lui est reproché d’avoir écrit sur page Facebook cette prose, s’adressant aux Banyamulenge : «C’est à ce niveau-là vraiment que vous montrez que vous n’êtes pas intelligents. C’est pour cette raison que nous vous exterminerons ! Parce que nous nous sommes dit que dans un match, il y a un aller et il y a un retour ! nous sommes maintenant dans la phase retour !»

«C’est cela la solution !»

Autre résidant congolais de Belgique, l’ancien journaliste Dieudonné Kwebe Kimpele, à qui il est reproché d’avoir déclaré dans une vidéo sur YouTube : «Nous sommes confrontés à une occupation à la fois militaire et ethnique ! (…) Et comment y mettre fin ? Il faut neutraliser (signe de la main qui suggère couper) tous les officiers Tutsi-qui sont au sein des FARDC. La solution tient à cette phrase : La neutralisation de 545 ou 550 officier Tutsi qui sont au sein des FARDC. !» Mais aussi : «La solution est donc qu’il faut un départ volontaire ou forcé des 545 ou 550 officiers Tutsi Rwandais qui sont au sein des FARDC. Ce n’est pas une solution politique, pas de dialogue, pas de conclave, pas de concertation, ça ne sert absolument à rien. C’est cela la solution ! Le départ volontaire ou forcé, c’est-à-dire le débrasage ! qu’ils quittent notre pays et rentrent chez eux, au Rwanda, et nous laissent tranquilles. Voilà la solution ! cette solution est unique. Si notre pays est occupé, les élections ne mettent pas fin à une occupation. Les élections ne servent qu’à légitimer l’occupant ! tu vois ? La France a été occupée par l’Allemagne de juin 1940 à mai 1945. Pour que les Allemands quittent la France, aucune négociation n’a été entreprise entre De Gaule et Hitler ! Ils ont planifié le débarquement de Normandie et ont pourchassé les Allemands par les armes jusqu’en Allemagne. Il faut qu’on fasse de même avec les Tutsi Rwandais, jusqu’au Rwanda et ce n’est qu’à ce moment que la guerre s’arrêtera de ce côté-là».

Le politicien congolais Gabriel Mokia Mandembo, basé à Kinshasa, figure également sur la liste des personnes mises en cause. Il lui est reproché d’avoir enregistré et partagé une vidéo dans laquelle il dit : «L’implantation de tutsi doit terminer, si vous allez à (Bunyakiri) éliminez tout visage que vous estimez qu’il n’est pas pareil à nous. Après cela nous allons encercler Minembwe et nous allons trier. Ces histoires de nous rajouter les banyamulenge, nous on s’en fiche, on ne les connait pas, ce sont des rwandais. Les rwandophones, n’ont qu’à avoir honte et rester chez eux». Egalement à Kinshasa, il y a le parlementaire-débout Jules Kalubi Mbuyamba alias Jules Munyere. Me maingain a diffusé une vidéo de lui donnant les adresses de tous celles et ceux ils qualifient des ‘’Rwandais Tutsi’’ dans la Ville de Kinshasa pour aller les déloger au motif que ce sont des Infiltrés dans la capitale, évoquant «leur long nez».

Parmi les personnes incriminées figure aussi la volcanique Youyou Muntu Mosi, connue pour ses envolées anti-Tutsi, proche du Dr Denis Mukwege et porte-parole de Kopax – mouvement qui se définit comme étant organisé autour du prix Nobel congolais. Il y a aussi Roger Kabongo basé aux Etats Unis ; Bwanga Bulele qui fait des navettes entre Kinshasa et Bruxelles ; le surnommé Roger le Combattant basé en France ; ainsi que plusieurs membres de la LUCHA : Rebecca Kabugho (Goma), Bienvenu Matumo (Kinshasa), Pascal Mirindi (Goma) et David Mubawa (Kinshasa).

Mise ne garde claire

Maitre Bernard Maingain a rappelé des assassinats ciblés comme ceux ayant visé le colonel Kaminzobe à Fizi, ou encore un bouvier à Kalima au Maniema. Il a rappelé que depuis 2017, citant les sources du Programme multisectoriel de vulgarisation et de sensibilisation (PMVS), il y’ a eu 717 personnes tuées dans les hauts et moyens plateaux du Sud Kivu, 278 villages incendiés, 269.345 vaches razziées par des miliciens Maï-Maï. Dans le Masisi, ce sont 745 vaches abattues, 65 fermes pillées et deux brûlées par la coalition des FDLR et des Nyatura. L’avocat a ainsi indiqué qu’il dépose une plainte devant la justice belge pour incitation à la haine raciale au sens de la loi du 30 juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme et la xénophobie ; et participation à une activité d’un groupe terroriste au sens de l’article 140 du Code pénal. Une autre plainte sera déposée aux Etats Unis où résident d’autres personnes incriminées.

Rappelons que le président congolais Félix Tshisekedi condamne fermement les discours de haine, particulièrement ceux visant les congolais Tutsi. Dans son discours du 2 novembre dernier, il avait déclaré : «Je vous appelle à ne pas céder aux propos xénophobes et autres discours de haine ou de stigmatisation des communautés rwandophones. (…) Tout acte allant de ce sens sera sévèrement puni». La mise en garde contre tout contrevenant était on ne peut plus claire, et nul ne peut s’appuyer sur le chef de l’Etat pour justifier des discours de haine. Le 10 novembre dernier, le chef de l’Etat avait justement reçu les représentants des deux communautés rwandophones du pays – les Tutsi et les Hutu – pour parler de la cohésion nationale.

Rica MITSH