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Au jour anniversaire du complot qui amena son père à la mort, Claudel Lubaya clame son héritage républicain

Guillaume André Lubaya (à gauche), et son fils André Claudel Lubaya.

Le 1er mai prochain sera le 56ème anniversaire de l’assassinat de l’un des hommes politiques de référence de la première République, Guillaume André Lubaya. En cette année 2024, cet anniversaire aura un goût de cendre, car il tombe à un moment où son fils et héritier politique, l’ancien gouverneur du Kasaï occidental et député de Kananga, Claudel André Lubaya, est accusé par certains de connexions rebelles avec l’Alliance Fleuve Congo de Corneille Nangaa, mouvement politico-militaire en guerre contre le gouvernement congolais.

En 1968, l’assassinat du leader du Kasaï avait débuté par une accusation similaire. En effet, le 13 avril 1968, le général dictateur Joseph Mobutu, avait annoncé depuis Kananga ce qu’il est convenu d’appeler «le complot de Pâques» visant à l’assassiner, et ourdi par des députés du Kasaï occidental. C’est cette accusation qui conduisit deux semaines plus tard à l’enlèvement, suivi de l’assassinat du leader lumumbiste, dont le corps fut dépecé avant d’être jeté dans le fleuve Congo, juste à côté de la résidence présidentielle de Mont Ngaliema.

Le cerveau et la plume comme seules armes

Alors, Guillaume André Lubaya, conjurateur pour renverser ou assassiner Mobutu ? Comment un leader politique civil, pouvait-il renverser ou assassiner le président de la République sans être associé à un groupe de militaires ? En outre, r’ien, dans l’histoire de cet homme, ne laisse présager pareille éventualité. Nationaliste, panafricaniste et lumumbiste de première heure, il fréquente Patrice Lumumba à Kisangani où il réside à la veille de l’indépendance. Député national élu de Luluabourg en 1960, gouverneur du Kasaï en 1961, il fait partie des lumumbistes qui trouvent refuge à Brazzaville en 1963 après le renvoi du Parlement par le président Joseph Kasavubu, et créent le Conseil national de libération. Mais il s’oppose à la lutte armée que propose des leaders comme Christophe Ngbenye et Pierre Mulele, et préfère regagner Kinshasa. Il sera nommé ministre de la Santé du gouvernement de Moïse Tshombe en 1964. Fondateur et président de l’Union démocratique africaine – parti que son fils Claudel a ressuscité – il sera réélu député de Kananga en 1965, et nommé ministre de l’Economie nationale la même année dans le gouvernement annoncé par le Premier ministre Evariste Kimba.

C’est donc l’occasion, pour Claudel Lubaya, de revendiquer résolument la philosophie basée sur la lutte non armée héritée de son père. «C’est ce juste combat, démocratique et loyal que je porte comme un marqueur indélébile et que je mène sans relâche et aucun esprit de vengeance, en sa mémoire et pour la patrie ; combat que je ne saurais aliéner, quoi qu’il en coûte. C’est dire, contre vents et marrées, qu’avec mon cerveau et ma seule plume comme armes, je ne ménagerai aucun effort en vue de son heureux accomplissement. Tel est le fondement de tout mon engagement depuis ma tendre jeunesse», écrit-il sur sa page X, anciennement Twitter. Une page d’histoire que nous vous livrons ci-dessous in extenso.

Aristote KAJIBWAMI

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Page d’histoire 13 avril 1968 – 13 avril 2024

La machination qui conduisit Guillaume André Lubaya à la mort, il y a de cela 56 ans

Transmettre la mémoire de l’Histoire, c’est apprendre à se forger un esprit critique et une conscience “, Simon Veil, (1927-2017)

Le 13 avril 1968 fut un samedi, comme l’est ce 13 avril 2024. C’est le jour où fut annoncé fameux complot de Pâques, qui s’accomplit par l’enlèvement et l’exécution extra judiciaire de mon père, André Guillaume Lubaya et ses quatre compagnons d’infortune, dans la nuit du 1er au 02 Mai 1968 au Camp TSHATSHI. Du rapport de la Commission des assassinats de la Conférence nationale souveraine, l’histoire retiendra que cette nuit-là, présenté au Président Mobutu par les colonels Alexandre Singa Boyenge et Bumba Moaso, alors Chef de la Sûreté nationale et Commandant de la DITRAC, il ordonna son exécution et celle de ses compagnons. C’est là qu’ils furent, dans le secret de la nuit noire, fusillés et leurs corps dépecés puis, jetés dans le fleuve, sur les berges de Kinsuka. C’était la nuit de vies brisées, de familles brisées, de rêves brisés. Sa dépouille mortelle et celles des autres victimes n’ont jamais été remises à la famille, il y a 56 ans. J’avais 2 mois. C’est une expérience tragique, porteuse d’enseignements pour notre pays. Victime de calomnie et d’intolérance politique à cause de ses opinions opposées à celles du pouvoir de l’époque, A. G Lubaya ne repose dans aucun cimetière connu. Il n’a pas de sépulture, pas de cercueil ni de croix, pas de linceul ni de gerbes. Ceux qui l’ont côtoyé soutiennent qu’il était un homme passionné, entier, sincère, engagé. Il incarnait la politique comme on l’aime, avec des sentiments, des convictions, du panache. Son esprit demeure vif, à travers son œuvre et son combat pour la démocratie et la liberté, pour un État de droit, juste et impartial, social et progressiste, au service du peuple et du bien commun.

C’est ce juste combat, démocratique et loyal que je porte comme un marqueur indélébile et que je mène sans relâche et aucun esprit de vengeance, en sa mémoire et pour la patrie ; combat que je ne saurais aliéner, quoi qu’il en coûte. C’est dire, contre vents et marrées, qu’avec mon cerveau et ma seule plume comme armes, je ne ménagerai aucun effort en vue de son heureux accomplissement. Tel est le fondement de tout mon engagement depuis ma tendre jeunesse. C’est l’idéal d’une société juste et impartiale, où tous les actes et décisions des autorités sont fondés sur le droit et le strict respect de la légalité, où les ressources et les richesses seront partagées équitablement et où toutes les chances seront égales pour tous les citoyens, avec un leadership qui place la justice sociale, la transparence et la responsabilité, au cœur de ses actions. L’histoire retiendra que A. G. Lubaya, alors député national fut, au lendemain du coup d’État du 24 Novembre 1965, l’un des rares sinon le seul parlementaire à :

– s’être publiquement opposé à la prise du pouvoir par les militaires en votant dans l’hémicycle contre l’investiture du gouvernement issu du putsch ;

– avoir élevé sa voix pour condamner le coup d’État et exigé le retour à l’ordre constitutionnel ;

– avoir refusé d’adhérer au MPR parti État et d’intégrer les institutions qui en étaient issues et ce, contrairement à tous ses congénères qui avaient rallié le pouvoir issu du coup d’État et participé à l’instauration d’une dictature sanguinaire au Congo ;

– s’être opposé jusqu’au dernier souffle de sa vie contre l’instauration de la dictature au Congo.

Dans son rapport précité, la Commission des assassinats de la conférence nationale souveraine de 1992 précise : “l’affaire Lubaya est caractéristique des méthodes policières de la deuxième République. Elle procède du souci qu’avaient les militaires de légitimer le pouvoir qu’ils venaient de prendre. Tout leader charismatique de la trempe de Lubaya devrait dont être supprimé. Il s’agit d’un enlèvement, des tortures et d’assassinats politiques. Lubaya ne fut pas l’objet d’un mandat d’arrêt ni d’amener signé par un magistrat. Il ne fut pas jugé, encore moins ses compagnons. Il ne fait aucun doute que Lubaya, député, fut assassiné pour ses opinions politiques divergentes de celles du maître du régime“.

Claudel André Lubaya contemplant la photo de son père André Guillaume Lubaya, lors des cérémonies de retrait de deuil organisées en 2018 lors du cinquantième anniversaire de l’assassinat de ce dernier.

Telle est l’une des pages sombres de l’histoire ineffaçable du Congo certes, histoire de ma famille, que je raconte avec fierté, sans rancune ni rancœur pour laisser les victimes de cette tragédie entrer dans la lumière, pendant que, les survivants, renouvelons notre sincère pardon pour les bourreaux. Ecrit à l’encre blanche, ce rappel historique vise entre autres à :

• honorer la mémoire des victimes assassinées et maintenir présents à l’esprit de tous mes concitoyens, les crimes odieux dont s’étaient rendus coupables, Mobutu et ses collaborateurs à différents degrés de responsabilités ;

• empêcher par ce travail de mémoire le retour des conditions politiques, juridiques sociales qui ont permis autrefois l’instauration d’un pouvoir assassin porté par une élite corrompue et sans conviction ;

• célébrer le martyre de ceux qui sont morts au nom de la Liberté, en voulant défendre au péril de leur vie, les valeurs républicaines, les droits de l’Homme et une société juste.

Claudel André LUBAYA