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Justice sélective ou justice de principe ? Le cas Mutamba face au dossier Kazadi

Par Belhar MBUYI

Depuis l’autorisation de poursuite judiciaire contre Constant Mutamba, suivie de sa démission du gouvernement, une vague de réactions agite l’opinion publique congolaise. Les uns crient à la cabale politique, les autres à l’exemplarité de la justice. Mais une question, lancinante, persiste : Pourquoi la justice s’acharne-t-elle sur Constant Mutamba et semble-t-elle épargner Nicolas Kazadi ?

Il ne s’agit pas ici de défendre des camps politiques ou de céder à la passion des réseaux sociaux. Revenons aux faits, rien qu’aux faits, et tentons d’éclairer cette dichotomie qui trouble l’opinion.

Mutamba et l’affaire FRIVAO : le scandale de trop ?

Au cœur du dossier Mutamba, une affaire troublante : les 195 millions de dollars versés par l’Ouganda à la RDC, en guise de réparations pour les crimes et destructions commis lors de la guerre, étaient destinés aux victimes. Or, c’est dans ces fonds que Constant Mutamba puise 39 millions pour… construire une prison.

Le symbole est brutal : transformer l’argent destiné aux pauvres, aux mutilés, aux orphelins de guerre, en infrastructure carcérale, sans aucun débat public, ni consultation et, pire, sans approbation du gouvernement. Plus troublant encore, ce projet est confié, par marché de gré à gré, à Zion Construction, une entreprise inconnue, de création récente, au capital dérisoire de 5.000 dollars, avec une seule employée : sa gérante, aujourd’hui en fuite au Canada. Le tout sans terrain identifié à Kisangani pour accueillir le projet.

Le coup est trop gros. La CENAREF, Cellule nationale du renseignement financier, en alerte, bloque les fonds. La justice est saisie. Le scandale éclate. Et l’Assemblée nationale autorise la poursuite du ministre. Pour une fois, l’impunité recule.

Kazadi : un procès d’intention ?

À l’opposé, Nicolas Kazadi, député national et ex-ministre des Finances, a lui aussi été visé par une demande d’instruction du procureur général. Pourtant, aucune poursuite n’a été engagée. Pourquoi ?

Le dossier Kazadi repose essentiellement sur des propos publics : dénonciation des dérives budgétaires, critiques du train de vie de l’État, mise en cause de pratiques opaques comme le partage de 28 millions USD entre les membres de la Commission Sicomines — des fonds censés financer des infrastructures. Kazadi n’y avait pas pris part. Sa vice-ministre, elle, s’était bien servie : 800.000 USD. Ou encore l’explosion du train de vie de l’Etat, citant en exemple les frais de fonctionnement de l’Assemblée nationale qui étaient de 5 milliards de francs en 2019, et qui sont passés à 47 milliards aujourd’hui. Bref, des faits que dénoncent chaque jour tous les Congolais épris de justice et de bonne gouvernance.

Faut-il criminaliser dès lors la dénonciation d’un système que tout le monde reconnaît gangréné par la prédation ? Peut-on confondre liberté d’expression et atteinte à la sûreté de l’État ? Peut-on arrêter un ancien ministre pour avoir soulevé des questions que se posent les citoyens ?

Dans d’autres dossiers, Kazadi s’est présenté à la justice, a été entendu, puis blanchi. Comme pour les forages, relevant du ministre du Développement rural, ou les lampadaires gérés par le gouvernement provincial de Kinshasa. Le rôle du ministre des Finances n’est pas d’initier les projets, mais de libérer les crédits. Exactement comme dans le dossier des « 100 jours » de Kamerhe.

Deux poids, deux mesures ?

Certes, dans l’absolu, nul n’est au-dessus de la loi, ni Kazadi, ni Mutamba. Mais si l’un est poursuivi pour une gestion douteuse de fonds publics à travers une entreprise écran, et l’autre pour avoir exprimé une opinion, il faut oser dire les choses : les faits ne sont pas de même nature.

Le premier cas relève d’une manœuvre financière opaque destiné visiblement à détourner des fonds destinés à des pauvres victimes des guerres ougandaises en RDC, le second d’un débat public légitime. Confondre les deux serait une injure à la justice et à l’intelligence des Congolais.