Jour de vérité pour Constant Mutamba. L’ancien ministre d’État en charge de la Justice connaît aujourd’hui son sort judiciaire. Mais, déjà, Kinshasa vit sous la menace d’une déflagration sociale : des centaines de jeunes, chauffés à blanc, se tiennent prêts à réagir à toute condamnation de celui qu’ils ont érigé en héros.
L’homme qui n’a jamais réformé la justice
Ironie de l’histoire : Mutamba n’a jamais touché au cœur des injustices qui écrasent les plus faibles. La veuve spoliée par un général, l’orphelin dépossédé par un ministre, tous restent prisonniers d’un système judiciaire verrouillé au service des puissants. Mutamba, censé porter la réforme, s’est contenté d’habiller les vieilles tares d’un vernis populiste.
En effet, à la tête du ministère de la Justice, Constant Mutamba avait l’opportunité d’impulser des réformes profondes dans un secteur miné par la corruption, l’ingérence politique et la lenteur des procédures. Or, aucun chantier structurant n’a vu le jour sous son mandat. Ni modernisation de l’appareil judiciaire, ni renforcement de l’indépendance des magistrats, ni mesures concrètes pour restaurer la confiance des citoyens dans la justice.
Son passage au gouvernement a laissé le goût amer d’un immobilisme stratégique. Pour beaucoup d’analystes, Mutamba a préféré capitaliser sur son image publique plutôt que d’affronter les véritables défis de la justice congolaise.
Un tribun sans scrupules
Au lieu d’attaquer la corruption des magistrats ou l’impunité des élites, il a préféré des coups de théâtre grossiers. Il promettait cinq ans de prison à tout homosexuel, alors que la loi congolaise ne criminalise pas l’homosexualité. Il s’est proclamé pourfendeur des Kuluna, bandits de rue, alors que les opérations de traque relevaient du ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani. Mais qu’importe la vérité : Mutamba s’imposait comme l’homme de la sécurité, paradant aux procès, se montrant à l’aéroport pour « superviser » le transfert de prisonniers. Tout pour la caméra, rien pour la justice.
Le show permanent
Son obsession pour l’effet d’annonce a parfois tourné au ridicule. Comme ce jour où, en pleine conférence dirigée par la Première ministre, il lâche : « Je sens l’odeur des détournements. » Une phrase qui a humilié publiquement la cheffe du gouvernement, révélant un homme davantage obsédé par les applaudissements que par le sérieux de ses fonctions.
L’opposant né de l’intérieur
Et pourtant, la magie opère. Mutamba a trouvé la faille : un peuple assoiffé de figures fortes, lassé des promesses vides de l’opposition traditionnelle. Tandis que Fayulu et Katumbi s’effacent, Mutamba occupe le vide. Paradoxalement, lui, l’ancien ministre du régime, réussit à s’imposer comme l’alternative. Non pas par un programme, mais par une mise en scène permanente qui séduit une jeunesse déçue.
Au final, la popularité de Constant Mutamba repose moins sur un projet solide que sur un discours de rupture opportuniste. Son succès médiatique témoigne davantage du vide laissé par l’opposition que de la pertinence de son leadership. L’avenir dira si cette stratégie de populisme permanent peut se transformer en véritable alternative politique, ou si elle se dissipera comme bien d’autres figures congolaises portées par les vents de la contestation passagère.
Accusations graves
Mais derrière le tumulte populiste et les bains de foule, ce procès ne repose pas que sur des querelles politiques. À Constant Mutamba, il est reproché des faits autrement plus graves : soupçons de détournements de fonds publics, et des pressions indécentes sur des fonctionnaires pour influencer certaines affaires sensibles, et interférer dans un dossier à forte portée financière : le détournement supposé de 19 millions de dollars dans le cadre d’un scabreux marché de construction d’une prison fictive à Kisangani accordé à une entreprise fantôme dont tous les associés sont en fuite. Accusations qui, si elles étaient établies, confirmeraient que l’homme qui se présentait en chantre de la justice n’était en réalité qu’un rouage de plus dans la machine de prédation et d’instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire congolais.
Verdict à haut risque
Le procès qui s’achève ce 27 août dépasse donc la personne de Mutamba. Il est devenu un thermomètre de la frustration sociale. Ses partisans ont déjà veillé à sa résidence. Un jugement défavorable pourrait mettre Kinshasa à feu et à sang.
Constant Mutamba n’aura peut-être jamais réformé la justice. Mais il a réussi une autre prouesse : transformer ses écarts, ses provocations et son populisme en capital politique. Un tour de force dangereux, qui fait de son procès une bombe à retardement.
Belhar MBUYI







