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USA – Score MCC 2026 : la RDC recule, le Kenya et le Rwanda raflent les financements américains

La publication du scorecard 2026 de la Millennium Challenge Corporation (MCC), agence américaine d’aide au développement basée sur la performance, sonne comme un coup d’arrêt brutal pour la République démocratique du Congo. Après avoir enregistré une progression constante entre 2021 et 2023, le pays retombe lourdement, passant de 6 indicateurs validés (sur 20) l’année dernière à seulement 4 sur 22 cette année.
Un recul qui contrarie les efforts entrepris ces dernières années pour rapprocher la RDC des financements américains de grande ampleur — plusieurs centaines de millions de dollars — auxquels accèdent les pays performants.

Un retournement de tendance inattendu

Entre 2021 et 2023, la RDC avait retrouvé des couleurs. Grâce à un suivi technique renforcé au Ministère des Finances sous la conduite de Nicolas Kazadi, dans le gouvernement Sama Lukonde, le pays était passé de 3 indicateurs validés en 2021 à 7 indicateurs en 2023, un record historique.
L’objectif était clair : atteindre la moitié des indicateurs en vert pour ouvrir la porte à un Compact MCC, un programme d’investissements massifs dans les infrastructures, l’énergie, l’eau potable ou l’éducation.

Mais en 2025, avec le départ de Lukonde et de Kazadi, tout se détériore. La RDC échoue sur l’indicateur le plus stratégique : le contrôle de la corruption (18 %). Le pays enregistre aussi un effondrement sur les libertés individuelles avec 17 %, un score qui le classe parmi les États les plus répressifs du continent selon le MCC.

Résultat : la RDC ferme la marche en Afrique de l’Est, juste devant le Soudan du Sud. Même le Burundi, généralement à la traîne, obtient un meilleur score.

Comparatif régional : la RDC en queue de peloton

Dans la sous-région EAC (East African Community), cinq pays étaient candidats au MCC : RDC, Kenya, Rwanda, Burundi, Soudan du Sud. Seuls le Kenya et le Rwanda passent le cap. Les deux pays bénéficieront donc de financements américains qui se chiffrent en centaines de millions de dollars.

Voici le détail pays par pays.

République démocratique du Congo : 4 indicateurs validés sur 22

La RDC ne valide que quatre critères, très loin du minimum requis (11 sur 22) :

  • Politique commerciale : 78 %
  • Femmes dans l’économie : 77 %
  • Protection des ressources naturelles : 58 %
  • Achèvement du primaire chez les filles : 59 %

Mais elle échoue lourdement sur les indicateurs de gouvernance, en particulier la corruption et les libertés individuelles — deux critères obligatoires pour entrer au MCC.

Rwanda : 15 indicateurs validés sur 22

Piliers de sa stratégie internationale, les réformes structurelles rwandaises paient. Avec 15 indicateurs en vert, le pays apparaît comme un élève modèle du MCC :

Kenya : 18 indicateurs validés sur 22

Champion régional, le Kenya surclasse tout le monde avec 18 indicateurs en vert, ce qui lui garantit un accès direct aux financements MCC. Parmi les scores les plus élevés :

  • Création d’entreprises : 98 %
  • Compétitivité du marché : 98 %
  • Droits fonciers : 96 %
  • Opportunités d’emploi : 95 %
  • Accès au crédit : 91 %
  • Responsabilité gouvernementale : 80 %
  • État de droit : 93 %
  • Efficacité gouvernementale : 93 %

Un tableau presque irréprochable, alimenté par une administration solide et une transparence perçue comme meilleure que dans la plupart des pays africains.

Burundi : 5 indicateurs validés sur 22

Surprise relative : le Burundi fait mieux que la RDC, avec 5 indicateurs en vert :

  • Accès au marché international : 75 %
  • Protection des ressources naturelles : 64 %
  • Dépenses de santé : 70 %
  • Droits fonciers : 58 %
  • Femmes dans l’économie : 57 %

Même si le pays reste loin des exigences MCC, il dépasse la RDC sur des éléments clefs.

Soudan du Sud : 3 indicateurs validés

Le Soudan du Sud ferme la marche, mais dépasse paradoxalement la RDC sur certains indicateurs de gouvernance :

  • Protection des ressources naturelles : 91 %
  • Lutte contre les maladies chroniques : 58 %
  • Liberté d’information : 73 %

Pourquoi le score MCC est-il crucial pour la RDC ?

Le scorecard MCC n’est pas un simple tableau comparatif : il influence la perception internationale de la gouvernance congolaise et conditionne l’accès aux financements américains. Il est donc particulièrement crucial en ce moment où la RDC espère attirer les investissements américains dans le cadre de l’accord de paix avec le Rwanda patronné par Washington.

1. Un baromètre international de gouvernance

Le MCC est utilisé par les investisseurs, bailleurs de fonds, agences de notation et institutions multilatérales. Un mauvais score dissuade l’investissement.

2. Un accélérateur de réformes

Les indicateurs poussent les gouvernements à améliorer :

  • l’État de droit
  • la transparence
  • la gestion des finances publiques
  • la lutte contre la corruption
  • l’accès à l’éducation et la santé.

3. Un passeport vers des financements massifs

Les pays éligibles obtiennent des Compacts MCC :
routes, barrages, électricité, eau potable, systèmes informatiques de l’administration, modernisation des douanes…

4. Un facteur d’image internationale

Une progression dans le scorecard renforce la crédibilité du pays sur la scène économique.

Comment fonctionne le la sélection MCC ?

Le MCC évalue 105 pays candidats selon trois critères : gouvernance juste, investissement dans le capital humain, et liberté économique.

Pour être éligible, un pays doit valider au moins 11 indicateurs sur 22, valider l’indicateur de libertés individuelles, et valider le contrôle de la corruption ou la responsabilité gouvernementale.

La RDC échoue sur les trois conditions.

Les indicateurs proviennent de sources indépendantes (Banque mondiale, Freedom House, UNESCO, OMS…). Le MCC exige que ces données soient rigoureuses, transparentes, comparables, et publiquement accessibles.

MULOPWE WA KU DEMBA