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Nangaa, Katumbi, Fayulu, Matata : Les propos louangeurs d’Israël Dodo Kamba qui secouent Kinshasa

Israël Dodo Kamba, représentant des églises de reveil (au milieu à l’avant-plan), Corneille Nangaa, chef de l’AFC/M23 (à gauche) et l’ancien Premier ministre Matata Ponyo |­­­­ Photo montage Finance-cd.com

L’archevêque Israël Dodo Kamba, figure de proue des Églises de Réveil et jusque-là perçu comme l’un des soutiens les plus indéfectibles du régime de Kinshasa, a brisé les codes. Lors d’un entretien mémorable sur Télé 50 face à Jean-Marie Kasamba, le prélat a tenu des propos d’une bienveillance inédite envers les figures de proue de l’opposition et, plus surprenant encore, envers le chef de la rébellion de l’AFC/M23, Corneille Nangaa.

« Ce sont des cerveaux » : Un plaidoyer pour l’opposition

Alors que les partisans du pouvoir s’appliquent souvent à dépeindre les opposants comme des ennemis de la patrie, le discours du représentant légal des Communautés Unies du Réveil (CUR) a tranché par sa radicalité positive. Pour lui, Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga ne sont pas des adversaires à abattre, mais des ressources nationales.

« Ce sont des cerveaux. J’ai toujours cru en leur savoir-faire, le peuple compte sur eux. Tous peuvent apporter quelque chose », a-t-il affirmé, balayant d’un revers de main l’étiquette d’ennemis de la République.

L’archevêque a détaillé ses éloges : il voit en Moïse Katumbi un citoyen aimant son pays, qualifie Martin Fayulu d’incontournable, salue l’intelligence foisonnante de Delly Sesanga et rend hommage à Matata Ponyo pour la réforme de la bancarisation. Son message est clair : la barrière entre le pouvoir et ces “cerveaux” doit être détruite au profit d’une convergence d’idées.

Le cas Corneille Nangaa : De l’infamie à la “Légende”

Le moment le plus saisissant de l’interview reste sans doute son analyse sur Corneille Nangaa, aujourd’hui chef de l’AFC/M23. Là où le discours officiel est à la condamnation absolue, Dodo Kamba invoque l’histoire et la psychologie.

Une “Légende” technique : Il a rappelé que Nangaa est l’artisan de l’introduction de la machine à voter et l’architecte de la première passation pacifique du pouvoir en RDC. « Il reste une légende dans ce domaine », a-t-il lâché, ajoutant que ce monsieur « l’avait fait rêver ».

Appel à la Justice Transitionnelle : Sans excuser la prise d’armes, le prélat suggère une voie de sortie. Il propose d’offrir de « bonnes raisons » aux rebelles de déposer les armes, suggérant une amnistie et une justice transitionnelle pour ceux faisant preuve de bonne foi. « Il a sa place dans le cœur des gens qui gardent de bons souvenirs de lui », a-t-il plaidé.

Ballon d’essai ou sincérité pastorale ?

Dans les salons de la Gombe comme dans les quartiers populaires de Kinshasa, cette sortie médiatique s’apparente à une onde de choc. Plusieurs questions brûlent les lèvres des observateurs : Sincérité pastorale ? Est-ce le cri du cœur d’un homme de Dieu prêchant la réconciliation nationale au-delà des clivages militaires ?

Ballon d’essai du régime ? S’agit-il d’une manœuvre subtile du pouvoir visant à tester l’opinion publique sur l’idée d’un dialogue inclusif, à un moment où la pression internationale pour une sortie de crise négociée se fait plus forte ?

Si même l’un des alliés les plus “affidés” du pouvoir commence à réclamer la consultation des “bêtes noires” du régime, c’est peut-être le signe qu’un tournant politique majeur se prépare à l’horizon 2026.

Mbuta MAKIESSE