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A l’OGEFREM, William Kazumba buvait goûlument 1,8 million USD. Bemba le suspend illico presto

Dans le grand théâtre de la gestion publique congolaise, la pièce qui se joue actuellement au ministère des Transports mérite une salve d’applaudissements, ou au moins une demande d’explications en 24 heures chrono.

L’Énigme du “James Bond” de la Logistique

Tout commence quand le Vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba Gombo, l’œil rivé sur les relevés bancaires de l’Equity BCDC, découvre une curiosité comptable. L’OGEFREM, cet office censé gérer le fret multimodal, semble s’être découvert une passion pour l’espionnage industriel, ou tout du moins pour la « Recherche Secrète ».

Avec plus de 1 800 000 USD évaporés en un an sous le label mystérieux de « Fonds Secret de Recherche », on se demande si le Directeur Général, William Kazumba, ne cherchait pas en réalité le secret de la pierre philosophale. Le VPM, peu adepte de la science-fiction financière, rappelle sèchement que l’Office n’est ni un service de renseignement, ni un ministère de souveraineté.

La Défense du « Guerrier Malgré Lui »

Coincé par le chronomètre ministériel, le DG Kazumba tente une pirouette d’une audace rare : la carte du patriotisme budgétaire. Sa réponse tient en deux points qui feraient rougir un diplomate en fin de carrière.

D’abord, l’effort de guerre : Apparemment, pour gérer le fret à Kinshasa, il faut financer le front. L’OGEFREM serait donc devenu, sans que personne ne le sache, le fournisseur officiel de « l’effort de guerre » depuis une décennie.

Ensuite, la traçabilité des fantômes : Le DG assure que tout est « facilement retraçable ». On imagine que les comptes sont bien identifiés, même si l’objet de la dépense reste plus flou qu’une photo de Bigfoot.

C’est une défense d’une audace stratosphérique ! Les forces armées de la République, avec leurs budgets souverains et leurs circuits de commandement, auraient choisi de toquer à la porte de l’OGEFREM pour quémander 1,8 million de dollars afin de mener la guerre. Un peu comme si l’état-major général n’avait pas de compte au Trésor et devait passer par la petite caisse d’un office de fret pour s’acheter quelques munitions ou des bottes de camouflage. On imagine déjà les généraux attendant sagement dans l’antichambre de Kazumba que ce dernier signe un « bon de sortie secret » pour sauver la patrie entre deux factures de conteneurs. C’est une ligne de défense si fragile qu’elle s’écroule au premier coup de vent juridique : même un stagiaire en droit sait qu’un ordre manifestement illégal ne se discute pas, il se refuse, et que le silence complice face à sa tutelle ressemble plus à une tentative de camouflage qu’à un acte de bravoure patriotique.

Mais le plus savoureux reste ce culte du secret digne d’un mauvais roman d’espionnage provincial. Prétendre avoir financé la sécurité nationale sans en toucher un mot au ministre de tutelle, le “Chairman” Jean-Pierre Bemba — qui, ironie du sort, n’est pas précisément un novice en questions militaires — relève soit d’un courage suicidaire, soit d’une déconnexion totale avec la réalité. Kazumba semble avoir oublié que l’OGEFREM gère des cargaisons, pas des opérations clandestines de la CIA. En fabriquant cette fable de “Fonds Secrets de Recherche” pour justifier l’évaporation de millions, il ne s’est pas seulement attiré une suspension ; il s’est offert une place de choix au panthéon de l’humour involontaire administratif congolais.

Le Couperet de « l’Insubordination Caractérisée »

Mais Jean-Pierre Bemba n’est pas d’humeur à financer des missions secrètes avec l’argent des transporteurs. Le 23 janvier 2026, l’arrêté tombe comme un couperet sur un quai de déchargement.

Le catalogue des griefs est aussi long qu’un inventaire de douane. On note le geek solitaire : Un lancement de plateforme logicielle effectué unilatéralement le 1er janvier, sans l’aval de la tutelle. Une manière originale de célébrer la nouvelle année en solo. Mais aussi l’allergie aux conseils : Un refus manifeste d’écouter le Conseil d’administration depuis mars 2025, notamment sur l’épineux dossier du contrat “CATALYST”. Et la discipline en option : Le VPM dénonce une « insubordination caractérisée » et une violation flagrante des obligations de loyauté.

Résultat des courses : William Kazumba est envoyé sur le banc de touche pour trois mois « à titre conservatoire ». L’intérim est confié à Emmanuel Mayele Samba, qui aura la lourde tâche de gérer le fret… sans forcément chercher de secrets d’État dans la caisse.

Moralité de l’histoire : à l’OGEFREM, si vous voulez faire de la recherche secrète, assurez-vous au moins que votre ministre de tutelle n’a pas accès à vos ordres de transfert.

Quel destin épique que celui de ce William Kazumba, le provincial dont l’horizon politique se limitait à la fédération du PPRD/Kananga où il rongeait son frein comme un préfet de province ubuesque, régnant sur le parti de Kabila qui lui offrit, le temps d’une rosée, le strapontin de ministre provincial du Budget. Mais sans jamais réussir à se faire élire aux différents scrutins législatifs où il récoltait échec sur échec.

Propulsé sous les projecteurs de la capitale par Martin Kabuya, il a vite appris que dans la politique congolaise, le siège de suppléant est un trône qu’on ne lâche que si on vous en arrache les pieds. Sa guerre insensée pour s’accrocher à son siège de député national, refusant de rendre sa place au gouverneur déchu Martin Kabuya avec la bénédiction de l’ancien président de la Chambre, M. Mboso Nkodia, n’était finalement qu’un tour de chauffe. On comprend mieux pourquoi, une fois à l’OGEFREM, il a cru bon d’inventer des « fonds secrets » : quand on a passé sa carrière à barricader son bureau contre son propre mentor, on finit par voir des complots et des « efforts de guerre » jusque dans les factures de papeterie.

Aristote KAJIBWAMI