L’agence de notation S&P Global Ratings a revu, le 23 janvier 2026, la perspective de la République démocratique du Congo (RDC) de « stable » à « positive ». Si les notes souveraines sont confirmées à B-/B, ce changement de cap signale une confiance accrue des marchés dans la capacité du pays à consolider sa croissance et ses réserves de change.
Une trajectoire de croissance robuste
Le relèvement de la perspective repose sur une conviction centrale : la RDC devrait maintenir une croissance robuste, autour de 5 % par an jusqu’en 2028. Ce dynamisme reste largement porté par le secteur extractif, véritable poumon de l’économie. La production de cuivre devrait atteindre 3,3 millions de tonnes en 2025, soit le triple de la moyenne de la dernière décennie.
Les investissements massifs dans des projets de classe mondiale, tels que l’expansion de Kamoa-Kakula (Ivanhoe Mines) et de Tenke Fungurume (CMOC), ont permis d’ouvrir l’économie : les exportations représentent désormais 50 % du PIB, contre 25 % en 2019. Cette performance permet une réduction progressive du déficit du compte courant et une reconstitution des réserves de change, qui atteignaient 7,9 milliards de dollars fin 2025 (environ 3 mois d’importations).
Fiscalité : Le pari de la « facture normalisée »
L’autre pilier de cette note positive réside dans les réformes fiscales audacieuses engagées sous l’égide du programme avec le FMI. L’objectif est ambitieux : stabiliser les recettes publiques entre 14 % et 15 % du PIB, contre une moyenne historique de 11 %.
Le budget 2026 marque un tournant avec la généralisation de la facture normalisée pour doper le recouvrement de la TVA ; la suppression des exemptions ponctuelles accordées aux entreprises minières et publiques ; la réduction des subventions aux carburants.
Ces mesures visent à diversifier l’assiette fiscale et à réduire la dépendance au secteur minier, qui génère encore plus de 40 % des revenus de l’État.
Défis structurels : L’ombre de l’insécurité et de la dollarisation
Malgré ces voyants au vert, S&P prévient : la situation sécuritaire demeure le principal risque. Bien que les « Accords de Washington » signés en décembre 2025 avec le Rwanda et la médiation du Qatar avec le M23 offrent des lueurs d’espoir diplomatique, la violence persistante dans l’Est pèse lourdement sur les finances. Les dépenses de défense et les charges exceptionnelles absorbent environ 3,4 % du PIB, détournant des ressources essentielles aux réformes structurelles.
Sur le plan monétaire, si l’inflation a été spectaculairement ramenée de 23,6 % en 2023 à environ 2 % en 2025, la politique de la Banque Centrale du Congo (BCC) reste entravée par une dollarisation extrême (plus de 90 % des dépôts). La crédibilité du Franc congolais reste à bâtir pour permettre un véritable développement du marché du crédit intérieur, où moins de 10 % de la population possède un compte bancaire.
Vers les marchés internationaux
Forte de ces progrès, la RDC prépare sa mue financière. La Stratégie de la dette à moyen terme (SDMT) 2026-2028 prévoit une diversification des sources de financement, avec une possible incursion sur le marché des euro-obligations à hauteur de 750 millions de dollars en 2026.
S&P pourrait relever la notation souveraine si les réserves continuent de croître et si les déficits budgétaires se réduisent. À l’inverse, une détérioration sécuritaire ou une chute des cours des matières premières ramènerait la perspective à « stable ». Le pays est donc à la croisée des chemins : transformer sa rente minière en un État de droit solide et une économie diversifiée pour confirmer ce nouvel élan.
L’agence de notation financière américaine S&P Global Ratings, anciennement Standard & Poor’s, est une société de services financiers de premier plan et l’une des trois principales agences de notation de crédit. Elle est spécialisée dans la recherche indépendante, les indices de référence et l’analyse des actions, des obligations et des matières premières. Elle attribue des notations de crédit essentielles (allant de AAA à D) et gère des indices boursiers majeurs comme le S&P 500.
Belhar MBUYI







