La terreur des tropiques est-elle en voie d’être définitivement vaincue ? En 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que la mortalité attribuable au paludisme chez les enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne constituait 77 % de la mortalité globale, et était estimée à 896 000 décès. La mise au point d’un vaccin, objet d’études et essais depuis des décennies, nourrissait donc légitimement un espoir pour les pays où sévit ce fléau. Ce vaccin, mis au point par le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) et dénommé RTS,S/AS01 (Mosquirix), a été conçu en 1987, et l’étude pilote de son déploiement a débuté en 2019 dans trois pays africains : le Ghana, le Malawi et le Kenya. «S’il est administré à grande échelle, le vaccin antipaludique pourrait sauver des dizaines de milliers de vies chaque année», estime l’OMS. Environ 18 millions de doses du premier vaccin contre le paludisme seront livrées à 12 pays africains, dont la RDC, d’ici 2025, ont annoncé mercredi l’Organisation mondiale de la santé, l’Unicef et l’Alliance du vaccin.
“Le paludisme reste l’une des maladies les plus meurtrières d’Afrique, tuant près d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans chaque année”, a déclaré le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’un point de presse. En 2021, 96 % des décès dus au paludisme dans le monde sont survenus en Afrique. Le vaccin Mosquirix (RTS,S), développé par le géant pharmaceutique britannique GSK, a déjà été administré à plus de 1,7 million d’enfants dans trois pays africains – le Ghana, le Kenya et le Malawi – dans le cadre d’un programme pilote.
“Il s’est avéré sûr et efficace, entraînant une réduction substantielle du paludisme grave et une baisse des décès d’enfants”, a déclaré Tedros. Près de 30 pays africains ont déclaré vouloir recevoir des doses. En plus des trois pays tests, qui continueront de recevoir des doses, neuf autres pays bénéficieront de fournitures, ont indiqué l’OMS, l’Unicef et l’Alliance du vaccin (Gavi) dans un communiqué. Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, du Libéria, du Niger, de la Sierra Leone et de l’Ouganda.
Un pas dans la bonne direction
Les premiers vaccins devraient arriver au dernier trimestre 2023 et être déployés début 2024. Tedros a déclaré qu’un deuxième vaccin contre le paludisme, le R21/Matrix-M développé par l’Université d’Oxford et produit par le Serum Institute en Inde (SII), “est en cours d’examen pour pré-qualification” par l’OMS, une procédure visant à garantir que les produits de santé à fournir aux pays à faible revenu sont sûrs et efficaces.
“Il est vraiment important de se rappeler presque chaque minute qu’un enfant meurt du paludisme… les vaccins sont un outil supplémentaire dans la boîte à outils pour lutter contre la maladie grave, les décès qui surviennent”, a déclaré Kate O’Brien, directrice à la Division de l’immunisation et des vaccins de l’OMS. Pour qui ce vaccin constitue “un pas en avant vraiment essentiel.”
Le vaccin “est un pas absolument dans la bonne direction, et c’est l’avant-première de plusieurs autres millions de doses qui seront distribuées”, a-t-elle déclaré.
L’OMS, l’Unicef et Gavi estiment que la demande mondiale de vaccins contre le paludisme devrait atteindre 40 à 60 millions de doses par an d’ici 2026, puis entre 80 et 100 millions de doses par an d’ici 2030.
Rica MITSH, avec AFP







