La ministre d’Etat et ministre du Plan, Mme Judith Suminwa Tuluka, dans son cabinet de travail |Photo : La voix du Kongo central
En RDC, le ministère du Plan fait office carrément de primature bis. Chargé de la planification et programmation de la politique de développement économique et social de la République à travers, notamment, la préparation du Plan de développement économique et social, la programmation de son exécution et suivi de sa réalisation ; la coordination des travaux de toutes les commissions créées pour la discussion des documents du plan ; la préparation du budget des dépenses en capital, programmation et suivi de son exécution ; la mise sur pied, en collaboration avec tous les organes de l’Etat concernés, des instruments scientifiques permettant d’appréhender la vie économique et sociale du pays dans son ensemble et dans ses différents secteurs, notamment les prévisions et budgets économiques nationaux, les enquêtes de conjoncture, les comptes économiques nationaux, le tableau intersectoriel ; la coordination et intégration des différents programmes sectoriels préparés par les ministères, les Entités territoriales décentralisées et les acteurs économiques et sociaux, le titulaire de ce ministère est un ministre un cran au-dessus de ses pairs. Coffre-fort des documents économiques de la nation, la communication du ministère du Plan revêt toute son importance.
A l’heure de l’Internet, le portail de ce ministère se doit d’être à la hauteur pour fournir au public ainsi qu’aux partenaires économiques du pays toute l’information nécessaire sur la situation économique de la RDC, les programmes, plans et autres outils mis en œuvre pour le développement du pays. C’est en tout cas ce qu’on constate avec bonheur dans d’autres pays. Jetez un coup d’œil sur le site du ministère ivoirien du Plan et développement pour vous en convaincre. L’actualité y est à jour, les structures – cabinet de la ministre, les directions et services rattachés, les directions générales, les services externes ainsi que les structures sous tutelles – sont correctement présentées ; l’historique, les missions et l’organisation du ministère sont clairement fournies ; et, surtout, le portail ouvre une fenêtre sur un autre site rattaché, le SIGED (pour Système intégré de gestion électronique des documents du ministère du Plan et développement) qui est une mine d’informations, avec 233 documents relatifs aux différents plans et programmes, et 23.519 documents d’archives téléchargeables en version PDF.
Aucun instrument de planification
Venez-en ensuite au portail du ministère du Plan de la RDC. Parler de catastrophe est un doux euphémisme s’il faut expliquer comment se présente ce site. Premier étonnement : déjà, sur la page d’accueil, sur les dix fenêtres d’actualité, huit renvoient à l’ancien ministre Christian Mwando Nsimba Kabulo qui a pourtant quitté le gouvernement depuis le 29 décembre 2022 ! Ensuite, cinq autres fenêtres sont affichées. La première, intitulée ‘‘Ministère’’, conduit sur une page qui était censée présenter les missions, les attributions ainsi que l’animateur principal du ministère. Cependant, il n’y a rien de tout cela, la page est vide. La fenêtre ‘‘Partenaires’’ donne sur une page où ne figure que le logo du PNUD. La troisième fenêtre, ‘‘Projets’’ – qui devrait être la plus importante du portail – donne sur une page où ne figure que trois éléments qui ne conduisent nulle part : le premier est relatif à la ‘‘Cartographie actualisée des projets des Infrastructures Économiques de Base de la République Démocratique du Congo’’. Les deux suivants ont pour intitulés ‘‘Nom du projet 2’’ et ‘‘Nom du projet 3’’. A côté d’un drapeau congolais, ils affichent chacun le même texte suivant en … Latin : «Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Pretium nibh ipsum consequat nisl vel pretium lectus. Ultrices dui sapien eget mi proin. Urna molestie at elementum eu. Ac tortor vitae purus faucibus. Gravida dictum fusce ut placerat orci nulla pellentesque. Turpis massa tincidunt dui ut ornare». La signification en est : «Il est important de prendre soin du patient, d’être suivi par le patient, mais cela arrivera à un moment tel qu’il y aura beaucoup de travail et de douleur. Le prix du produit lui-même est le même que celui du lit. J’ai besoin de la sagesse de Dieu. C’est une urne employée à l’élément football. Et le goût de la vie pure. On a dit à la femme enceinte qu’elle n’avait pas d’enfants à l’hôpital. Une vilaine masse de dui tincidunt à décorer». On tombe de nue ! Le chercheur rate de peu de faire un infarctus en constatant que le site n’a rien comme instruments de planification, toutes les sous-rubriques pourtant prévues, n’ont aucun contenu : cadrages macroéconomiques, indices de prix, note de conjoncture, politiques publiques, textes légaux, appels d’offre, offre d’emploi. A la place, comme si la ministre Judith Suminwa Tuluka était une réincarnation d’une impératrice de la Rome antique, il y a du Latin partout. Même sur la page réservée à la présentation du vice-ministre.
Mauvais cauchemar !
Ici aussi, au lieu de la biographie de Pascal Omana Bitika, on a plutôt droit à un long texte en latin dont nous reprenons juste un morceau choisi : «Etiam non quam lacus suspendisse faucibus. Sapien faucibus et molestie ac feugiat sed lectus. Egestas dui id ornare arcu. Venenatis cras sed felis eget. Tristique senectus et netus et. Fusce id velit ut tortor pretium. Gravida cum sociis natoque penatibus et magnis dis parturient. Turpis egestas maecenas pharetra convallis posuere morbi leo urna. Aliquam malesuada bibendum arcu vitae elementum. Quis hendrerit dolor magna eget est lorem. Egestas diam in arcu cursus euismod quis».
Ce qui veut dire : «Ce n’est pas comme si le lac lui avait étouffé la gorge. Un homme sage et serviteur, mais un homme bon. Dieu doit le décorer avec un arc. Si vous êtes empoisonné demain, vous avez besoin d’un déclencheur. Triste vieillesse et petits-enfants. Il veut que ce soit une grosse affaire. Ils donneront naissance à des femmes enceintes avec leurs partenaires, et ils accoucheront avec un travail pénible et une grande pression. Le désir misérable des mécènes de la vallée de mettre la maladie du lion dans l’urne. Certains s’attendent à boire l’arc de la vie. Quel est le fardeau du grand besoin d’Internet ? Vous avez besoin d’un diamètre dans l’arc du parcours d’Euismod». Franchement, on se croirait dans un mauvais cauchemar !
C’est à s’étrangler de rire – ou de pleurs, c’est selon –, mais c’est bien cela la réalité sous les tropiques congolais. L’information économique, qui est une donnée de première importance, est foulée aux pieds par une ministre dont on peut se demander si elle est vraiment à sa place ! Imaginons à présent ce qu’en pensent tous les partenaires extérieurs – cadres du Fmi, de la Banque mondiale, de la BAD, ou les bilatéraux qui, depuis Bruxelles, Londres, Paris ou Washington – visitent le site du ministère du Plan dans l’espoir d’y trouver les éléments d’une future coopération économique ou encore l’évaluation des programmes en cours ! Et, last but not least, comment un pays peut être respecté avec des choses pareilles ? Là est la question !
Belhar MBUYI







