Une évidence : avec seulement 21% du taux d’accès à l’électricité, la RDC fait partie des pays africains les moins bien servis en matière de desserte en courant électrique. Elle est loin derrière des pays comme le Rwanda (49%), le Kenya (77%), la Côte d’ivoire (95%), ou carrément Maurice et les Seychelles (100%) qui n’ont pourtant pas ses potentialités en hydroélectricité. Outre cette extrême faiblesse du taux d’accès à l’électricité, il se pose, surtout ces derniers mois, le problème d’une fourniture du courant entrecoupée de coupures intempestives. Sans courant, sans eaux, les Kinois vivent un véritable enfer par ces moments de canicule. Pendant ce temps, le gouvernement et sa société nationale d’électricité, SNEL, ne se gênent nullement de continuer d’escroquer le pauvre peuple congolais.
Prenons l’exemple d’un pays développé comme la France où la consommation de l’électricité est parmi les plus élevées du monde. Selon le site Hellowatt, spécialisé sur les questions énergétiques, la consommation mensuelle d’une famille moyenne habitant un appartement 60 m2, et utilisant l’électricité pour le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la cuisson est en moyenne de 602 kWh, avec un compteur 6 kVa. Cependant, dans le cas où la même famille utilise le gaz pour le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la cuisson, la consommation mensuelle tombe à 109 kWh. Nous sommes là dans un pays où le courant est permanent, 24 heures par jour, 365 jours par an.
Mais à Kinshasa, la SNEL, dont les compteurs sont foutus depuis des lustres et ne prélèvent rien comme données de consommation, se permet, avec sa fourniture de courant clopin-clopant, de fixer des forfaits imaginaires pour la consommation de ses clients. Et dans une commune comme Lemba, la consommation forfaitaire mensuelle est souvent fixée à 300 kWh ! Soit plus qu’en France pour une commune où, généralement, l’on n’utilise ni le chauffage, ni l’eau chaude sanitaire.
Douce façon d’escroquer
En outre, c’est le gouvernement, par le biais du ministère de l’Economie, qui fixe le tarif applicable pour chaque catégorie de consommateurs, et il l’augmente chaque mois, comme si le commun des Congolais disposait des revenus qui varient à la hausse chaque mois. Rien que pour cette année, il était de 243 francs en janvier ; 248 francs en février ; 250 francs en mars ; et 252 francs en avril. «C’est une douce façon d’escroquer le peuple, en augmentant légèrement le tarif chaque mois, pour que les gens ne se rendent pas beaucoup compte. Sur une année, c’est une vraie charge qui réduit de beaucoup le pouvoir d’achat de la population», se désole Alain Betoko, habitant du quartier Salongo.
Par ailleurs, la SNEL facture aussi l’éclairage public, qui n’existe pas. Ce qui apparaît également comme l’escroquerie des ménages. «La moyenne mensuelle de prélèvement à N’sele est évaluée à environ 100.000 dollars américains. La situation est générale dans la ville de Kinshasa, qui compte environ 17 millions d’habitants, selon les estimations de la Banque centrale du Congo. Plus de 5 millions de ménages sont assujettis à la taxe d’éclairage public, qui rapporte 2,5 millions $, soit 30 millions $ l’an. Où vas cette somme colossale», s’interroge le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local, CREFDL, dans un rapport paru le 7 décembre dernier.
Sous d’autres cieux, l’augmentation des tarifs d’électricité ne se fait pas au hasard, et doit être bien régulé. Fin 2015, la Compagnie ivoirienne d’électricité avait augmenté les tarifs de la consommation d’électricité de 16% à partir du 1er janvier 2016. Face au mécontentement général, le 1er mai 2016, le président Alassane Ouattara s’en émut au cours d’un discours à la nation lors de la fête du travail.
Plongé dans le noir
«J’ai moi aussi constaté ces augmentations. Je me suis interrogé et je m’en suis inquiété», avait alors déclaré le président ivoirien. Avant d’ajouter : «J’ai donc décidé de l’annulation pure et simple de l’augmentation de janvier 2016», déclenchant des cris de joie et des applaudissements nourris des travailleurs. Et d’annoncer que les factures seront corrigées et le trop-perçu sera rendu à tous les abonnés.
Les Ivoiriens passèrent alors aux guichets de la CIE pour se faire rembourser le trop-perçu de quatre premiers mois de l’année. Et tout se passa dans l’ordre.
Pendant ce temps, en RDC on facture des consommations forfaitaires imaginaires, et on augmente malicieusement le tarif chaque mois, même en ce moment où les délestages tiennent lieu de ligne directrice de la gouvernance énergétique du pays, et où la population de la capitale est, lourdement, plongée dans le noir.
MULOPWE wa ku DEMBA







