L’Union sacrée ayant finalement accordé ses violons, l’élection du bureau définitif sera bientôt organisée par le bureau provisoire que dirige Pascal Kinduelo. A l’issue d’une rencontre avec le présidium de sa famille politique, le chef de l’Etat a tonné et remis l’ordre dans la boutique. C’est donc Jean Michel Sama Lukonde (AB) qui va conduire le ticket de l’USN. Il sera secondé par José Kalala wa Kalala (AV) comme premier vice-président, Modeste Bahati Lukwebo (AFDC-A) comme deuxième vice-président, Jean Bamanisa Saidi (MLC) comme rapporteur, Sylvain Mukengeshayi Kabongo (A3) comme questeur, et Isabelle Kalamba wa Umba AAP) comme questeure adjointe. Reste le poste de rapporteur adjoint réservé à l’opposition.
Pour ce poste, deux candidatures ont été enregistrées : celle de Salomon Idi Kalonda Della et l’autre de Jean Claude Baende Etafe Eliko. Si le premier est membre du plus grand parti d’opposition du pays, Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, le second est un membre du regroupement Dynamique progressiste, DYPRO, dont il est élu député de la ville de Mbandaka aux dernières élections du 30 décembre 2023. La DYPRO a désormais rejoint la coalition au pouvoir, son président, Constant Mutamba Tungunga, ayant été nommé ministre d’Etat et ministre de la Justice. Déjà à ce niveau, M. Baende ne peut pas concourir à un poste réservé à l’opposition.
Mais il y a pire. Le 6 février, la DYPRO a écrit à M. Baende pour le rappeler à l’ordre. Et pour cause : l’homme avait adhéré à un regroupement membre de l’Union sacrée – on parle de A24 – de la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka Saini. Constant Mutamba lui écrit alors : «Nous sommes saisis de votre adhésion à un regroupement politique de la majorité autre que la DYPRO, Opposition républicaine, qui a pourtant payé votre caution, grâce et au nom de laquelle vous avez été élu député national, car ayant atteint le seuil national de représentativité de 1%, résultant des efforts de tous ses députés nationaux».Un article de notre excellent confrère Ouragan à ce sujet peut consulté à ce lien : https://ouragan.cd/2024/02/jean-claude-baende-sermonne-par-la-dypro. Là aussi il ne peut être candidat à un poste réservé à l’opposition.
Piqué au vif, l’homme se présente aux sénatoriales comme indépendant. Et, conscient de son appartenance à la majorité, il postule au poste de rapporteur du bureau définitif, qu’il savait pertinemment bien réservé à sa famille politique de l’USN. Il élabore alors et diffuse une affiche électorale quant à ce.

Finalement, sentant qu’il n’aurait aucune chance dans cette plateforme où, en fin de compte, c’est le président Tshisekedi qui fait le dernier choix, il change de tactique et vise alors le seul poste réservé à l’opposition, celui de rapporteur adjoint, perpétuant un itinéraire en zigzag caractéristique de sa personnalité et de sa carrière politique.
Compétence et sens élevé de loyauté
En effet, l’ancien prêtre catholique défroqué avait créé en 2006 son parti, l’Alliance des démocrates humanistes, ADH, en 2005. Sachant que l’opposition avait le vent en poupe à l’Equateur, il rejoint Jean Pierre Bemba au sein de l’Union pour la nation. Ce qui lui permet de se faire élire député provincial de Mbandaka en 2006. M. Bemba le fait ensuite élire comme vice-gouverneur de l’Equateur dans un ticket avec José Makila Sumanda comme titulaire début 2007. Deux ans plus tard, Makila ayant été défenestré suite à une vague de corruption organisée par le pouvoir kabiliste, Jean Claude Baende tourne casaque et devient pro-Kabila. Il se fait ainsi élire gouverneur en 2009. Mais Kabila le révoque en 2013 pour malversations financières.
Depuis lors, il tangue : il crée une plateforme kabiliste avec Joseph Bangakya en 2018. Après l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, il rejoint l’opposition en adhérant à la DYPRO. Une fois élu, il retourne sa veste, et adhère à l’Union sacrée. Et le revoilà se revendiquant opposant, juste parce qu’il y a un poste à prendre. En somme, une instabilité politique à donner le vertige.
En face de Baende, c’est tout le contraire. Salomon Idi Kalonda Della est un homme de conviction, fidèle à son idéal. Gestionnaire discret et efficace, ce directeur financier du Tout Puissant Mazembe est un fidèle des fidèles de Moïse Katumbi Chapwe. Il rassemble en sa personne compétence et sens élevé de loyauté, et ne brinquebale pas d’un bord politique à un autre au gré des intérêts pécuniaires et alimentaires du moment.
Donc, logiquement, la candidature de Baende ne devrait même pas être retenue sur la liste définitive des candidats. Dans tous les cas, tout bien considéré, la majorité Union sacrée de la chambre haute devrait éviter d’imiter la MP kabiliste qui trichait même lorsque cela n’était d’aucune utilité. On rappelle volontiers qu’en 2012, lors de l’élection du bureau définitif de l’assemblée nationale de la deuxième législature de la troisième République, les kabilistes privèrent du poste de rapporteur adjoint au MLC qui y avait droit au regard du nombre de ses élus (21 députés à l’époque) et le confièrent à Jean Pierre Tshimanga Buana, un trimardeur politique issu d’un petit parti, le CAAC d’Alex Kande, qui n’avait que trois élus, et qui avait un représentant, Rémy Musungayi Bampale, au gouvernement en qualité de ministre de l’Industrie.
L’Union sacrée n’a aucun intérêt à perpétuer ce genre de pratiques de tricheries, si elle ne veut pas transformer le sénat, à l’entame de cette nouvelle législature, en zone de non droit et en creuset du déni de la démocratie.
Belhar MBUYI







