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Avec un taux d’exécution budgétaire de 29% à mi-juillet, le ministre des Finances Doudou Fwamba amuse la galerie avec ses excédents de trésorerie de 400 millions

Au cours d’une rencontre avec quelques patrons de presse, le ministre des Finances Doudou Fwamba a annoncé la semaine dernière que le gouvernement Suminwa a réalisé un excédent cumulé de trésorerie de plus de 400 millions de dollars américains à fin juillet. Selon lui, ce serait la conséquence de l’orthodoxie de la gestion des dépenses publiques imposée depuis l’investiture de cette équipe gouvernementale. «Grâce à la batterie des mesures conjoncturelles en vigueur, nous avons réalisé à fin juillet, un excédent de trésorerie de plus de mille milliards de francs congolais, soit plus de 400 millions de dollars américains», s’est vanté M. Fwamba. Pourtant, à l’analyse, il s’agit de simples rodomontades, car le tableau budgétaire du pays n’a jamais autant viré au rouge.

Tout d’abord, le plan de trésorerie – différent du budget qui, lui, est une loi, la loi de finances, qui représente toute l’ambition de l’action du gouvernement – n’est qu’un outil de gestion et de pilotage de l’exécution du budget au regard des fluctuations de la conjoncture et des contraintes trouvées sur le terrain. Basé sur des prévisions réalistes de mobilisation des recettes, il est ajustable, variant périodiquement en fonction des données en présence. Il est élaboré concomitamment avec le plan d’engagement budgétaire.  

De telle sorte que faire cas de quelques pauvres centaines de millions de dollars d’excédents de trésorerie apparaît proprement ridicule. Surtout qu’il en a souvent été ainsi dans ce pays où le budget est parfois, voire souvent, adopté avec un excès de sentimentalisme qui l’éloigne de réalités économiques. Ainsi, début 2018, le gouvernement Bruno Tshibala avait réalisé, entre le 1er janvier et mi-mars un excédent de trésorerie de 275,23 milliards de francs, soit 172 millions de dollars américains, ce qui n’était pas chose aisée pour un exécutif qui préparait des élections en fin d’année chiffrées à un milliard de USD.

Très loin du compte

Même le gouvernement Badibanga, qui avait hérité d’un déficit de 500 milliards de francs, avait réussi à équilibrer les comptes du Trésor en à peine un mois, en s’imposant une cure d’austérité de 100 milliards de FC, affichant un excédent de trésorerie de 44 milliards de francs à fin-janvier 2017 et s’attirant, du coup, les félicitations d’Adolphe Muzito à l’époque.

Tout bien considéré, plutôt que de se contenter de monter en épingle des excédents de trésorerie, le plus important pour le ministre des Finances est de mettre en place des mécanismes qui doivent permettre d’atteindre, voire de dépasser les assignations budgétaires qui figurent dans la loi de finance 2024. Or là, tous les clignotants sont au rouge et, si on n’y prend garde, le pays risque fort de ne pas atteindre ses objectifs programmatiques, et d’être ridicule devant la communauté financière internationale.

En effet, avec un budget promulgué de 40 463,6 milliards de francs, soit, au taux moyen d’un dollar égale à 2 518 francs, l’équivalent de 16 milliards de dollars pour l’année 2024, la RDC est très loin du compte. Selon le condensé d’informations statistiques publié par la Banque centrale du Congo, au 19 juillet, la mobilisation totale des recettes n’était que de 13 012 378 millions de francs. Cela représente 32,8% pour une période qui va au-delà de la moitié de l’année. Mais si l’on tient compte du fait que le taux de change s’est lourdement détérioré par rapport aux prévisions budgétaires – le dollar américains s’échange aujourd’hui à 2 847,4278 francs, contre le taux budgétaire moyen de 2 518 francs – cette mobilisation des recettes équivaut juste à 4,6 milliards USD, soit seulement 29,04% des 16 milliards attendus !

Autrement, au lieu d’amuser la galerie avec des excédents de trésorerie qui ne veulent pas dire grand-chose, le ministre Doudou Fwamba devrait plutôt s’atteler à augmenter les recettes de l’Etat pour atteindre les objectifs budgétaires fixés dans la loi de finances 2024. Il s’agira, ainsi, de doter le gouvernement de moyens de son action.

ÉVOLUTION ANNUELLE CUMULÉE DES OPÉRATIONS FINANCIÈRES DU TRÉSOR (En millions de CDF)

Aristote KAJIBWAMI