Formé à l’académie royale britannique, officier haut en couleur et volontiers bling-bling, le général Mohoozi Kainerugaba détonne surtout pour sa propension à diffuser des tweets d’un niveau désespérant. A l’époque où il était chef d’état-major de la Force terrestre des UPDF – Ugandan people’s defense forces, l’armée ougandaise – il avait, notamment, menacé de marché sur Nairobi en deux semaines. Son président de père, Yoweri Kaguta Museveni, lui avait interdit carrément de twitter, avant de le démettre. L’homme a depuis lors été promu chef d’état-major général des forces armées. Et il a repris avec ses tweets provocateurs. Cible principale : la RDC. Face à ces provocations, le gouvernement congolais semble tétanisé.
La dernière en date, c’est cet ultimatum dramatique, menaçant d’une action militaire contre Bunia, une ville de l’est de la RDC. En effet, dans un message publié sur X (anciennement Twitter) le 15 février 2025, le général Kainerugaba a exigé que « toutes les forces » à Bunia se rendent dans les 24 heures, sous peine d’être attaquées par les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF). « Bunia sera bientôt aux mains de l’UPDF, personne ne peut tuer mon peuple et s’en tirer impunément », s’indigne le général Muhoozi.
Pour justifier sa menace, le général Kainerugaba a allégué que des membres du groupe ethnique Bahima, étroitement lié à l’élite dirigeante ougandaise, étaient attaqués en RDC. « Mon peuple, les Bahima, est attaqué. C’est une situation très dangereuse pour ceux qui attaquent mon peuple. Personne sur cette terre ne peut tuer mon peuple et penser qu’il n’en souffrira pas ! », a-t-il averti.
Très vraisemblablement, il faisait allusion au massacre commis par la milice dite Coopérative pour le développement du Congo, CODECO, dans un site des déplacés à Djaiba en Ituri et qui avait fait près de 80 morts, essentiellement des membres de la communauté Hema. Les Bahema de l’Ituri sont un peuple d’éleveurs proches des Bahima de l’Ankole en Ouganda, communauté dont la famille Museveni est ressortissante. Il y a plusieurs siècles, ces deux groupes ethniques, autant que beaucoup d’autres dans cette région interlacustre, partagent la même origine que l’on situe dans un royaume appelé Kitara, considéré comme ayant été un incubateur des peuples par des spécialistes.
Un authentique écervelé
Les 15 et 16 février derniers, le général Muhoozi a publié deux tweets avec des photos des soldats ougandais, avec comme textes « Bunia…Wachwezi wana kuja » (Bunia … les Wacwezi arrivent, en Swahili), et « Last pic from the Bachwezi today » (dernière photo des Bacwezi aujourd’hui, en Anglais). L’homme évoque ici les Bacwezi, souverains du Kitara qui sont considérés par certains comme les ancêtres des éleveurs Hima et Tutsi de la région.
Ces menaces interviennent dans un contexte d’instabilité croissante dans l’est de la RDC, où les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont réalisé d’importants gains territoriaux. Pendant ce temps, selon un journal ougandais, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa, a refusé de commenter les propos de Kainerugaba lorsqu’elle a été interrogée lors du sommet de l’Union africaine.
L’Ouganda a déjà déployé plus de 1 000 soldats dans l’est du Congo, officiellement déployés pour combattre la milice islamiste des ADF. Cependant, des experts de l’ONU suggèrent que l’Ouganda soutient également les rebelles du M23, une affirmation que l’Ouganda a niée à plusieurs reprises.
Le général Kainerugaba n’est pas étranger à la controverse. En 2022, il avait qualifié les combattants du M23 de « nos frères » et avait déjà menacé d’envahir le Kenya. Le mois dernier, il avait provoqué l’indignation en déclarant qu’il voulait « décapiter » l’ancien chanteur à succès devenu leader de l’opposition Bobi Wine, avant de se rétracter plus tard.
Intellectuellement, pourtant, le général ougandais est un homme bien formé qui a tout pour être équilibré. Formé à l’Académie militaire égyptienne, il accumule ensuite diplômes et formations : d’abord à l’Ecole de formation aux combats blindées de Karama en Ouganda, ensuite au Collège de commandement et d’état-major de l’armée américaine de Fort Leavenworth, et puis au Collège de défense nationale sud-africain, avant un diplôme en sciences politiques à l’Université de Nottingham en Grande Bretagne.
Tous ces diplômes ne l’empêchent pas cependant de se comporter sur les réseaux sociaux comme un authentique écervelé. Le plus inquiétant, pour les observateurs, est que cet officier est considéré comme le probable successeur de son père à la tête de l’Ouganda. Tout le monde se demande avec angoisse et anxiété quel genre de président il sera, s’il continue à twitter.
Rica MITSH







