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Procès Mutamba : La galaxie pro-Alingete à court d’arguments, fait rire par ses pirouettes médiatiques et sa diversion

Par Aristote KAJIBWAMI

Durant son règne de cinq années à la tête de l’Inspection générale des finances (IGF), Jules Alingete Keita a été l’enfant chéri d’une certaine presse. Instrumentalisant l’arsenal médiatique à son service, il en faisait un levier de diabolisation contre ses opposants ou ceux dont il convoitait les fonctions – comme l’ex-ministre des Finances, Nicolas Kazadi. Souvent, ces campagnes de lynchage n’étaient adossées à aucun rapport formel de l’IGF rédigé par ses inspecteurs – réputés pour leur sérieux. Il ne s’agissait que de « fatwas » médiatiques décrétées par un homme se croyant investi du pouvoir de juger et condamner ses compatriotes.

Aujourd’hui, la posture a changé. Acculé par les révélations d’une mémorable enquête de Finance-cd.com et Chronik’Eco qui restera dans les annales de l’histoire médiatique du pays, Alingete se retrouve sur la défensive – “contre le mur”, comme diraient les Kinois. Sa riposte ? Une tentative laborieuse de contre-feu médiatique, qui amuse plus qu’elle ne convainc. Car face à des enquêtes sérieuses, nourries de faits et de documents, ses défenseurs peinent à produire la moindre réfutation rigoureuse.

Des contre-attaques sans substance

Depuis plusieurs semaines, des chroniqueurs indépendants ont apporté des éclairages troublants : celui qui se présentait comme le parangon de la bonne gouvernance pourrait bien être, selon ces analyses, l’un des rouages centraux d’un vaste système de prédation. Chaque fois, le public attendait une réponse au fond, point par point. Chaque fois, il n’a eu droit qu’à une diversion : attaques personnelles, accusations stériles, posture victimaire. La rengaine ? Jules Alingete serait la cible d’un complot des « prédateurs » de la République.

Dernier épisode en date : une enquête minutieuse, qui secoue les cercles politiques et la présidence elle-même, révèle comment l’ex-IGF aurait orchestré le détournement d’une partie des fonds du FRIVAO. Encore une fois, plutôt que d’opposer des faits, la machine médiatique d’Alingete s’est livrée à des attaques contre… des personnalités non concernées.

Kazadi, bouc émissaire commode

Ainsi, Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances, est une cible récurrente. Des accusations obsolètes sur les dossiers des forages ou des lampadaires refont surface, comme si l’ignorance persistait. Or, rappelons-le : le ministre des Finances est avant tout l’agent payeur de l’Etat. Il ne conçoit ni ne pilote les programmes sectoriels. C’est la responsabilité des ministères concernés. Cela a d’ailleurs été clairement établi dans les affaires Kamerhe (100 jours) et Matata Ponyo (Bukanga Lonzo).

On pousse même la mauvaise foi jusqu’à lui imputer une supposée surfacturation du Centre financier de Kinshasa. Pourtant, avec un coût de 1.800 dollars/m², ce bâtiment est l’un des moins chers d’Afrique. À titre comparatif, la Tour F d’Abidjan, actuellement en construction, culmine à 3.500 dollars/m². Pire encore, les relais d’Alingete font mine d’ignorer le communiqué officiel du 9 janvier 2025, où l’IGF elle-même dément toute enquête sur le Centre financier : « Ce projet se déroule sans problème. Les rumeurs relèvent de la pure manipulation politique ».

Des montages grossiers, des silences gênants

Plus grave encore : les justifications apportées par les défenseurs d’Alingete sur la gestion des fonds FRIVAO relèvent d’une malhonnêteté intellectuelle criante.

Reprenons les faits. La décision de la Cour internationale de justice (CIJ) du 9 février 2022 répartit clairement les 325 millions USD versés par l’Ouganda :

  • 225 millions pour les préjudices humains (69,23 %)
  • 40 millions pour les préjudices matériels (12,3 %)
  • 60 millions pour l’exploitation illégale des ressources naturelles (18,46 %)

Pour gérer ces sommes, la RDC a mis en place le FRIVAO, selon le décret 19/20 du 13 décembre 2019. Ce fonds est le gestionnaire exclusif des montants versés par Kampala.

Alors, sur quel fondement Jules Alingete a-t-il introduit une rubrique de ‘‘frais de gestion’’ de 5 %, soit 9,7 millions USD, au bénéfice du ministère de la Justice ?
Pourquoi 18% de ces fonds – près de 32 millions de dollars – ont-ils été détournés du circuit du Trésor pour atterrir dans un compte inconnu  ?

Une autre question fondamentale demeure sans réponse : pourquoi M. Jules Alingete Keita n’a-t-il adressé aucune ampliation de ses correspondances ou décisions ni au chef de l’État, ni au Premier ministre, encore moins aux ministères des Finances et du Budget ? Cette omission délibérée ne saurait être interprétée comme une simple négligence administrative. Elle révèle plutôt une volonté manifeste d’agir en dehors des circuits institutionnels établis, en construisant un réseau opaque échappant à tout contrôle hiérarchique. En réalité, il s’agissait de créer un circuit financier parallèle, taillé sur mesure, dans le but d’institutionnaliser la prédation et de verrouiller l’accès à l’information sur les fonds en jeu.

Nous attendons toujours les réponses de la galaxie pro-Alingete.

La nébuleuse Zion Construction

C’est dans cette opacité que s’inscrit l’affaire dite de la prison fictive de Kisangani, initiée par le ministre démissionnaire Constant Mutamba. Le marché a été confié à Zion Construction, une société fantôme au capital de 5.000 dollars, sans siège connu, dont l’actionnaire majoritaire n’est autre que Willy Musheni, proche de Jules Alingete.

Autre étrangeté : l’adresse officielle de Zion Construction correspond à celle d’une société chinoise, Hong Feng, déjà bénéficiaire d’un contrat de construction du bâtiment de l’IGF, signé par… Alingete lui-même. Coïncidence troublante ? Encore une fois, silence radio de ses partisans.

Un silence révélateur

Face à ces questions précises, ni Jules Alingete ni ses relais ne répondent. Aucun argument juridique, aucune justification administrative, aucun document à l’appui. Seulement des invectives, des pirouettes et des fuites en avant.

Ce silence en dit long. Car s’il y avait des réponses, elles auraient été apportées. Mais faute de pouvoir contester les faits, la galaxie pro-Alingete préfère agiter la poussière et espérer noyer le poisson.

Mais, comme dirait Michel Sardou, les attaques des pro-Alingete sont juste la même eau qui coule, le même raisin qui saoule, sauf qu’ici, la même chanson ne fait plus danser les foules d’une opinion publique désormais avertie, et qui ne se laisse plus distraire.