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Cuivre : la flambée des cours ouvre une fenêtre d’opportunité pour la RDC, deuxième productrice mondiale

Le marché mondial du cuivre se tend rapidement. Entre l’accélération des expéditions vers les États-Unis, la hausse des commandes chinoises et les inquiétudes croissantes sur l’offre, le métal rouge se rapproche de niveaux historiques. Une situation qui pourrait profiter directement à la République démocratique du Congo (RDC), devenue en 2025 le deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili.

Cette semaine, à Londres, les contrats à terme sur le cuivre ont franchi la barre des 14 000 dollars la tonne, ravivant les anticipations d’un nouveau record. Les opérateurs du marché estiment que les cours pourraient rapidement dépasser le précédent sommet, établi à plus de 14 500 dollars la tonne lors de la vague d’achats spéculatifs observée en Chine au début de l’année.

Mais, cette fois, la hausse des prix repose moins sur la seule spéculation que sur une combinaison de tensions commerciales, de mouvements de stocks et de perspectives de demande particulièrement solides.

Les États-Unis et la Chine se disputent le cuivre

La tension actuelle s’explique notamment par les stratégies opposées des deux principales économies mondiales.

Aux États-Unis, les stocks de cuivre se sont fortement accrus à l’approche d’une éventuelle décision de l’administration Trump sur les droits de douane applicables au métal. Les négociants cherchent ainsi à constituer des réserves sur le marché américain avant une éventuelle modification des règles commerciales.

En parallèle, les expéditions vers la Chine se sont intensifiées afin de répondre à une demande qui reste soutenue et de rééquilibrer les marchés physiques.

Cette redistribution des flux intervient alors qu’une importante opération d’arbitrage encourage également les expéditions de cuivre vers les États-Unis. Le phénomène a contribué à propulser les contrats à terme sur le Comex de New York à des niveaux records.

Depuis l’année dernière, ces mouvements de stocks et de métal physique se sont considérablement accélérés, les opérateurs attendant toujours de savoir si Washington étendra ses mesures tarifaires aux différentes catégories de cuivre, notamment au métal brut.

À ce stade, aucune décision définitive n’a encore été annoncée par le président américain Donald Trump. La question des droits de douane demeure néanmoins un instrument majeur de la politique américaine visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais jugés stratégiques.

Le président américain doit par ailleurs rencontrer des dirigeants du secteur minier à Washington afin de mettre en avant les efforts destinés à développer la production et le traitement des minerais critiques, dans un contexte de compétition accrue pour l’accès aux ressources stratégiques.

La RDC au cœur de la nouvelle bataille du cuivre

Cette tension mondiale intervient à un moment particulièrement favorable pour la RDC.

Avec une production d’environ 3,4 millions de tonnes en 2025, le pays a consolidé sa position de deuxième producteur mondial de cuivre, devant le Pérou et derrière le Chili. Ses exportations de cuivre métal ont également progressé pour atteindre environ 3,4 millions de tonnes en 2025, contre 3,1 millions en 2024.

Pour Kinshasa, l’envolée des cours constitue donc une opportunité économique majeure.

Chaque hausse du prix international du cuivre renforce mécaniquement la valeur des exportations congolaises et peut accroître les recettes fiscales, douanières et minières de l’État. Mais l’enjeu pour la RDC va désormais au-delà de la simple augmentation des revenus.

Le pays cherche de plus en plus à tirer davantage de valeur de ses ressources naturelles, notamment en développant la transformation locale et en limitant l’exportation de minerais sous des formes peu valorisées.

Cette volonté s’est encore illustrée récemment avec la décision congolaise d’interdire l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, avec la possibilité de dérogations dans certaines circonstances. L’objectif affiché est de favoriser davantage de transformation sur le territoire national et de permettre au pays de capter une part supérieure de la valeur ajoutée générée par ses ressources.

Une position stratégique dans un marché sous tension

La situation actuelle pourrait donc renforcer le poids de la RDC dans les négociations avec les grands groupes miniers et les puissances industrielles.

Le cuivre est devenu indispensable à de nombreux secteurs stratégiques : réseaux électriques, véhicules électriques, infrastructures, énergies renouvelables, électronique et, de plus en plus, centres de données et infrastructures liées à l’intelligence artificielle. La demande mondiale devrait ainsi rester structurellement élevée alors que la mise en production de nouvelles grandes mines exige des investissements considérables et plusieurs années de développement.

Dans ce contexte, disposer de réserves importantes et d’une capacité de production en forte croissance constitue un avantage géopolitique considérable.

La RDC se retrouve ainsi au centre d’une compétition qui dépasse largement les frontières du marché des matières premières. La Chine, déjà très présente dans le secteur minier congolais, cherche à sécuriser ses approvisionnements. Les États-Unis, de leur côté, veulent diversifier leurs sources d’accès aux minerais critiques et réduire leur dépendance à l’égard de certaines chaînes d’approvisionnement dominées par Pékin.

Kinshasa dispose donc d’un levier de négociation particulièrement important : le cuivre congolais devient plus stratégique au moment même où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements.

Transformer la flambée des prix en véritable rente nationale

Le défi pour la RDC sera toutefois de transformer cette conjoncture favorable en gains durables pour l’économie nationale.

La hausse des cours peut certes gonfler les recettes d’exportation. Mais elle ne garantit pas à elle seule une meilleure redistribution de la richesse minière. Tout dépendra de la capacité de l’État à optimiser la fiscalité, renforcer la transparence dans le secteur, améliorer les infrastructures et l’énergie, développer la transformation locale et négocier des partenariats permettant au pays de conserver une part plus importante de la valeur créée.

La RDC possède déjà l’un des principaux atouts de cette nouvelle économie mondiale : la ressource elle-même.

Avec sa position de deuxième producteur mondial et une production qui continue de progresser, le pays est en mesure de profiter de la tension actuelle sur le marché du cuivre. Les exportations congolaises ont d’ailleurs presque doublé en cinq ans, passant d’environ 1,8 million de tonnes en 2021 à plus de 3,4 millions en 2025.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de cuivre la RDC peut produire.

Elle est désormais de savoir combien de richesse la RDC peut réellement conserver de chaque tonne extraite de son sous-sol.

Dans un marché où le cuivre pourrait continuer à battre des records, cette question devient plus stratégique que jamais.

Belhar MBUYI