Les États-Unis accélèrent leur offensive pour sécuriser leur approvisionnement en minerais critiques. Lors d’une réunion organisée vendredi au département d’État avec de hauts dirigeants du secteur minier, le président Donald Trump a annoncé environ 3 milliards de dollars de nouveaux investissements dans des projets liés aux minerais critiques et aux batteries. L’objectif affiché est clair : réduire la dépendance américaine aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine et restaurer une capacité minière et industrielle nationale.
Pour Washington, l’enjeu dépasse largement la seule question commerciale. Le cuivre, le cobalt, les terres rares, le graphite, le lithium et d’autres minerais sont désormais considérés comme des ressources stratégiques indispensables à la défense, à l’industrie, à l’énergie et aux technologies de pointe.
« Nous remettons nos mineurs au travail et nous redonnons aux États-Unis la place qui leur revient de droit en tant que superpuissance minière mondiale », a déclaré Donald Trump, en présentant les nouveaux investissements comme un moyen de créer des milliers d’emplois et de renforcer la sécurité économique américaine.
3 milliards de dollars pour reconstruire la chaîne minière américaine
Parmi les opérations annoncées figure notamment un prêt conditionnel de 1,4 milliard de dollars accordé par le Bureau des investissements stratégiques du département de la Défense à Sila Nanotechnologies, spécialisée dans les composants pour batteries lithium-ion.
Le Pentagone doit également consacrer 400 millions de dollars au développement de la production de scandium en Australie, tandis que Niron Magnetics, entreprise américaine spécialisée dans les aimants, bénéficiera d’un investissement de 150 millions de dollars.
Par ailleurs, la Banque d’import-export américaine travaille sur un financement de plus d’un milliard de dollars destiné au projet de cuivre Santa Cruz d’Ivanhoe Electric, en Arizona. Un investissement de 25 millions de dollars doit également contribuer au lancement d’un projet de graphite en Alabama.
Washington entend aussi investir dans les ressources humaines. Plus de 180 millions de dollars doivent être consacrés au renforcement des programmes de formation et d’enseignement destinés à l’industrie minière, afin de former une nouvelle génération de travailleurs américains du secteur.
Derrière cette multiplication de projets se trouve une doctrine désormais assumée : les États-Unis ne veulent plus être vulnérables à la décision d’un autre pays lorsqu’il s’agit de ressources indispensables à leur économie ou à leur défense.
Même ses alliés ne doivent pas devenir une nouvelle dépendance
Cette stratégie donne une autre lecture aux accords conclus récemment entre Washington et plusieurs pays producteurs de minerais, dont la République démocratique du Congo.
La RDC et les États-Unis ont signé en décembre 2025 un accord de partenariat stratégique portant notamment sur les minerais critiques, les infrastructures et la gouvernance. Le dispositif prévoit notamment l’identification d’actifs miniers stratégiques congolais susceptibles de faire l’objet de projets dans le cadre du partenariat.
Mais il serait erroné d’interpréter cet accord comme la volonté américaine de substituer une dépendance à la Chine par une dépendance à la RDC.
Washington cherche précisément à éviter toute dépendance excessive à l’égard d’un fournisseur étranger, quel qu’il soit.
La politique américaine vise donc simultanément deux objectifs : sécuriser l’accès aux ressources disponibles à l’étranger et reconstruire, sur le territoire américain, les capacités d’extraction, de transformation et de fabrication nécessaires pour ne plus être à la merci d’une rupture d’approvisionnement.
La Maison-Blanche l’a clairement formulé dans sa politique sur les minerais critiques : les États-Unis doivent accroître leur production et leur transformation domestiques afin de réduire leur dépendance à l’étranger. Même lorsqu’un minerai est extrait aux États-Unis, Washington considère que la sécurité d’approvisionnement n’est pas garantie si sa transformation dépend encore d’un autre pays.
C’est là toute la subtilité de la stratégie américaine.
La RDC, partenaire stratégique, mais pas fournisseur exclusif
La RDC occupe néanmoins une place particulière dans cette nouvelle architecture.
Le pays dispose d’importantes réserves de cuivre et de cobalt, deux ressources essentielles à de nombreuses chaînes industrielles. Pour Washington, établir un partenariat avec Kinshasa permet donc de diversifier les approvisionnements et de réduire le poids de la Chine dans certaines chaînes de valeur.
Mais la logique américaine est celle de la diversification, et non celle du remplacement d’un monopole par un autre.
Les États-Unis ont ainsi multiplié les accords et partenariats avec différents pays producteurs. Leur politique officielle souligne que les accords conclus avec des partenaires comme l’Australie, l’Arabie saoudite, la Malaisie, la Thaïlande et le Japon doivent permettre de diversifier les chaînes d’approvisionnement tout en renforçant la production américaine.
La RDC est donc appelée à devenir un partenaire important dans cette stratégie, mais elle ne saurait constituer, à elle seule, la solution au problème américain.
Washington veut casser le modèle chinois
L’urgence américaine s’explique principalement par la place prise par la Chine dans les chaînes mondiales des minerais critiques.
Le problème ne se situe pas seulement au niveau de l’extraction. Il concerne surtout la transformation, le raffinage, la fabrication des matériaux intermédiaires et la production des composants industriels.
C’est pourquoi Washington cherche à construire une chaîne complète, allant de la mine au produit fini, sur le territoire américain ou dans un réseau de pays partenaires jugés suffisamment fiables.
Cette volonté est particulièrement forte dans le domaine des terres rares. Les États-Unis disposent de ressources et d’une capacité minière, mais restent confrontés à des déficits importants dans certaines étapes de transformation. La Maison-Blanche souligne elle-même qu’une dépendance étrangère au stade du raffinage peut rendre inutile une partie des efforts réalisés au niveau de l’extraction nationale.
Le défi est donc industriel autant que minier.
Le cuivre et le cobalt congolais au cœur du calcul américain
Dans cette nouvelle compétition, le cuivre et le cobalt congolais prennent une importance particulière.
Le rapprochement entre Washington et Kinshasa répond ainsi à une logique de sécurisation des approvisionnements américains, mais également à une volonté de favoriser l’émergence de nouvelles chaînes de valeur échappant à la domination chinoise.
Pour la RDC, cette situation représente une opportunité considérable.
Mais elle impose également de comprendre la stratégie de son partenaire américain : les États-Unis veulent accéder aux minerais congolais sans pour autant devenir dépendants de la RDC.
Autrement dit, Washington veut les ressources du Congo, mais il veut aussi développer ses propres mines, ses propres raffineries, ses propres usines et ses propres technologies.
Une compétition qui dépasse le simple accès aux minerais
La réunion organisée à Washington illustre ainsi une transformation profonde de la politique minière américaine.
Le gouvernement fédéral a déjà engagé plus de 10 milliards de dollars dans le développement des filières américaines des terres rares et des aimants permanents, tandis que le Pentagone a multiplié les investissements directs dans des entreprises stratégiques.
L’administration Trump cherche désormais à accélérer cette dynamique, avec un objectif qui relève autant de la politique industrielle que de la sécurité nationale.
La Maison-Blanche considère d’ailleurs que la dépendance excessive aux minerais étrangers constitue une vulnérabilité stratégique susceptible d’affecter la défense, les infrastructures, les télécommunications, l’énergie et les technologies avancées.
Dans ce contexte, le partenariat avec la RDC doit être lu comme un élément d’une stratégie mondiale de diversification, et non comme une délégation de la sécurité minérale américaine à Kinshasa.
Pour la RDC, une opportunité… mais aussi un avertissement
Pour Kinshasa, le message est double.
D’un côté, la compétition entre les États-Unis et la Chine accroît la valeur stratégique des ressources congolaises. La RDC peut tirer parti de cette rivalité pour attirer davantage d’investissements, améliorer ses infrastructures, développer la transformation locale et obtenir de meilleures conditions dans ses partenariats miniers.
De l’autre, Washington montre qu’il entend progressivement produire lui-même ce qu’il importe aujourd’hui.
La RDC ne peut donc pas se contenter d’être considérée comme un simple réservoir de minerais stratégiques. Elle doit chercher à construire ses propres capacités industrielles, à transformer davantage ses ressources sur place et à négocier des partenariats qui lui permettent de conserver une part plus importante de la valeur créée.
Car le véritable enjeu de la nouvelle guerre des minerais n’est plus seulement de savoir qui possède les ressources.
Il est de savoir qui contrôle la chaîne de valeur, de la mine jusqu’au produit industriel final.
Et sur ce terrain, les États-Unis viennent de rappeler une chose essentielle : ils peuvent avoir besoin de la RDC, mais ils ne veulent dépendre de personne.
Rica MITSH







