Doudou Fwamba (à gauche) et Jules Alingete|Photo : générée par IA
En politique comme au football, l’usage de la VAR (l’assistance vidéo) réserve parfois de sacrés retours de bâton. Aujourd’hui englué dans les méandres d’une enquête judiciaire au parquet près la Cour de cassation — pour des faits aussi lourds que la fraude fiscale, la fraude douanière, le trafic d’influence et l’entrave à l’action de l’État au profit du groupe Rawji —, Jules Alingete Key découvre les joies du retour de manivelle. Et pour cause : les archives ressortent, et avec elles, des vérités incisivement consignées par ceux-là mêmes qui tiennent aujourd’hui les cordons de la bourse nationale.
TENAFEP et l’ère du spectacle médiatique
Rappelez-vous août 2021. À l’époque, l’Inspection Générale des Finances (IGF) régnait en maître absolu sur le tribunal du spectacle. Dans l’affaire dite du TENAFEP, l’institution orchestrait une offensive médiatique d’une violence inouïe contre Tony Mwaba, alors ministre de l’EPST, accusé sans ménagement du détournement de 16 millions de dollars.
Sauf que le ministre ne s’était pas laissé faire. Piqué au vif, Tony Mwaba avait immédiatement démasqué la manœuvre : une vengeance personnelle, purement et simplement. Le ministre révélait alors avoir bloqué en amont un virement suspect de 2 millions d’euros expédié depuis la Banque Centrale vers la société Veridos. Le but de l’opération ? Imposer aux élèves du primaire une carte biométrique à 5 euros dans un pays où la gratuité de l’enseignement est inscrite au marbre de la Constitution. Refus catégorique du ministre, menaces téléphoniques de l’IGF pour « protéger des amis », puis curieusement, l’ouverture immédiate d’un lynchage public contre lui, assurait M. Mwaba. Une méthode désormais bien connue.
La charge lucide de Doudou Fwamba
C’est précisément ce système mafieux de salissure organisée que Doudou Fwamba Likunde li Botey, alors DGA de la DGRAD et aujourd’hui ministre des Finances, avait eu le courage de dénoncer vigoureusement. Sur les réseaux sociaux, M. Fwamba n’avait pas pris de gants : « Voilà comment l’IGF procède : elle a recruté et paie un groupe de journalistes pour faire fuiter les résultats de ses enquêtes afin de créer le buzz et ternir l’image des gens ».

Face aux défenseurs aveuglés du « grand flic des finances », il enfonçait le clou avec un pragmatisme décapant : « Et l’IGF, elle doit ternir l’image des gens pour quel motif ? L’IGF a choisi de payer les journalistes pour faire fuiter les résultats de ses enquêtes et qualifier de facto les gens de MIYIBI (voleurs). (…) Quittons l’émotion. »
Le déni des règles élémentaires de l’audit
Car c’est bien là que réside le véritable scandale. Dans n’importe quel État de droit digne de ce nom, un contrôle financier obéit à des règles strictes, universelles et rigoureuses : l’investigation, la collecte de preuves matérielles, la communication des conclusions provisoires et, surtout, le respect sacré du principe du contradictoire. On écoute l’accusé, on vérifie ses arguments, puis on conclut.
En RDC, sous le règne d’Alingete, la méthode était infiniment plus expéditive : condamner d’abord sur la place publique, faire le buzz, détruire des réputations, et s’abstenir prudemment d’écrire le moindre rapport final. Qu’il s’agisse des dossiers dits des « Lampadaires », des « Forages » ou du « TENAFEP » qui ont défrayé la chronique, le constat est d’une vacuité affligeante : aucune enquête poussée à son terme, aucun rapport complet produit, mais des vies et des carrières hachées menu sur l’autel de la communication.
Fin de partie pour la justice du buzz
Le spectacle aura duré un temps, mais le rideau est définitivement tombé. La déchéance judiciaire de Jules Alingete ne fait pas que révéler les dérives d’un homme : elle met à nu l’escroquerie intellectuelle d’une méthode qui a substitué la justice du buzz à la rigueur de l’audit. En érigeant le lynchage médiatique en mode de gouvernance, l’IGF pensait s’acheter une immunité éternelle. L’histoire — et désormais la justice — se chargent de lui rappeler qu’un procès d’intention sur les réseaux sociaux ne remplace ni les preuves, ni la probité, ni la loi.
Mbuta MAKIESSE







