Aimé Boji Sangara, ministre d’Etat en charge du Budget.
Le franc congolais qui se déprécie plus fortement que prévu, la mobilisation des recettes qui bat de l’aile, l’inflation qui déploie ses ailes, le gouvernement qui affiche des difficultés pour faire face à ses obligations… L’année économique n’a guère bien commencé pour la RDC. Pourtant, le pays doit faire face à des gros impératifs en 2023, notamment le projet de tous les espoirs électoraux – le programme de développement des 145 territoires – mais aussi le financement du quatrième cycle électoral, qui comprend les élections présidentielle, et législatives nationales et provinciales prévues au 20 décembre.
Selon la Note de conjoncture de la Banque centrale du Congo (BCC) d’avril 2023, citée par l’ACP, le Franc congolais a connu une dépréciation de 3,6% la semaine du 14 au 21 avril sur le marché officiel. «Au 21 avril 2023, le taux officiel s’est établi à 2.115,36 CDF le dollar américain, enregistrant une dépréciation hebdomadaire de 3,67%», écrit la publication de la BCC. C’est déjà plus que le taux de change prévu à fin période, qui est de 2.034 CDF le dollar américain.
Sur le marché parallèle, la dépréciation hebdomadaire de la monnaie nationale a été de 0,27%, situant le cours vendeur à 2.327,63 CDF pour un dollar américain. «Dans les grandes villes des provinces, le taux de change moyen s’est situé à 2.283,76 CDF le dollar américain, enregistrant une dépréciation hebdomadaire de 0,09%», lit-on dans la Note de conjoncture.
Recettes à seulement 17,7%
De même, si le taux d’inflation attendu à fin de l’année est de 6,8%, au 22 avril, le taux de change cumulé de l’année, obtenu en comparant le prix total du panier au cours d’un mois donné à celui relevé pour le même mois de l’année précédente, se chiffre déjà 8,43% ; le taux d’inflation en glissement annuel – pourcentage de croissance de l’indice des prix à la consommation (IPC) du mois en cours par rapport au mois correspondant de l’année précédente – de 18,47% ; et le taux de change annualisé – correspond au taux d’inflation moyen sur les 12 derniers mois – de 30,105%.
Pire encore, les recettes publiques ont été mobilisées à hauteur de seulement 17,7% par rapport à la programmation mensuelle de 4.290,4 milliards CDF. Une véritable contreperformance. Toutes les régies financières n’ont pas brillé dans la mobilisation des recettes. Ainsi, la Direction générale des impôts, DGI, n’a totalisé que 380,9 milliards de CDF sur une prévision de 3.544,2 milliards ; la Direction générale des douanes et accises, DGDA : 250,2 milliards sur des projections de 407,3 milliards ; et la Direction générale des recettes administratives, domaniales et de participation (DGRAD) : 129,5 milliards de CDF, sur 278,49 milliards attendus. Quant aux dépenses, elles ont concerné essentiellement les salaires et le fonctionnement des institutions. Pas grand-chose pour les dépenses en capital, c’est-à-dire les investissements.
Budget plus réaliste
On rappelle que, à la fin du premier trimestre, les recettes s’étaient élevés à 1,7 milliard de dollars américains, alors qu’on attendait plutôt 3,7 milliards USD, soit moins de la moitié des assignations. Tout indique que l’objectif d’un budget de 16 milliards devient difficile, si pas carrément impossible à atteindre.
Le gouvernement fait même face à des difficultés pour faire face à ses obligations, notamment le versement des salaires des fonctionnaires dans les délais, les députés nationaux et les sénateurs totalisent deux mois d’arriérés, alors que les députés provinciaux en ont plus encore. Ministre des Finances, Nicolas Kazadi évoque «une difficulté de trésorerie exceptionnelle qui a fait qu’on a eu la situation qu’on a connu sur le salaire», sans plus d’explication. .
Malgré les assurances du ministre des Finances, et le silence de son collègue du Budget Aimé Boji Sangara, il y a un vrai risque de voir le gouvernement être contraint par les partenaires internationaux d’élaborer un collectif budgétaire rectificatif, afin de faire voter un budget plus réaliste. Deux postes de dépenses, particulièrement importants, risquent de pâtir aussi bien de cette faiblesse de la mobilisation des recettes que d’un éventuel budget rectificatif : le programme de développement des 145 territoires, et le financement des opérations de la CENI.
Aristote KAJIBWAMI







