Sacs de farine de maïs en vente à Lubumbashi (photo Ya Biso News).
C’est encore la grande pénurie de maïs à Lubumbashi et dans le Haut Katanga. La décision des autorités zambiennes de réduire les exportations de maïs nuit gravement aux provinces méridionales de la RDC, le Haut Katanga surtout, mais aussi le Lualaba voisin, où le prix de cette denrée de première nécessité a pris de l’ascenseur. Les autorités nationales congolaises supplient carrément la Zambie pour qu’elle reconsidère sa décision d’interdire ses exportations de maïs vers la RDC, en disant souhaiter un accord noir sur blanc pour protéger le commerce futur des denrées alimentaires afin d’éviter les pénuries.
Selon les conclusions d’une enquête menée par l’ONG Mbou-Mont-tour (MMT), plus de 90% de la farine de maïs consommée à Lubumbashi, chef-lieu du Haut Katanga, provient de la Zambie. Quelques chiffres suffisent pour démontrer la gravité de la situation actuelle. Début mars, un sac de maïs de 25 kg était vendu 25 000 francs congolais (11,36 USD) à Lubumbashi. Actuellement, le même sac se vend 100 000 francs congolais (43,47 USD). Sur place, le gouverneur Jacques Kyabula est dépassé et ne sait où donner de la tête. Au point que le vice-Premier ministre et ministre de l’Economie, Vital Kamerhe, a dû donné de la voix le vendredi 21 avril, au conseil des ministres, attribuant la hausse du prix de maïs à la faible production locale de ce produit agricole.
M. Kamerhe a noté également plusieurs autres causes exogènes dont la réduction de l’offre zambienne et le cout élevé d’importation de cette denrée d’Afrique du Sud et la détérioration du climat dans la région.
Déficit de production locale
«Les causes de cette situation sont liées notamment au déficit de la production locale face à la demande, aux restrictions des exportations zambiennes et au coût élevé des importations, ainsi qu’à la détérioration des conditions climatiques, qui affecte la production agricole dans la sous-région», a déclaré Vital Kamerhe. En effet, en avril, la Zambie a imposé des restrictions à l’exportation sur le maïs, une mesure qui a affecté les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba en RDC, qui bordent la Zambie et dépendent fortement des importations en provenance de Lusaka.
“Des pourparlers avec la Zambie devraient être entamés en vue d’obtenir un accord d’approvisionnement ferme”, a ajouté M. Kamerhe. Et de poursuivre que le gouvernement de la RDC devrait engager des pourparlers similaires avec le gouvernement sud-africain. Questions : pourquoi les conditions climatiques évoquées par Vital Kamerhe n’affectent que la RDC et non la Zambie, pays qui dispose des mêmes végétations et des conditions climatiques similaires que le sud de la RDC ? Pourquoi ce pays voisin se retrouve finalement dans le rôle jadis dévolu au Congo, celui de grenier de la région ? Le VPM congolais, lui-même diplômé en économie agricole, et chaud partisan du fameux ‘‘Fome Zero’’ (en français «Faim zéro») – programme gouvernemental brésilien, lancé par le président Luiz Inácio Lula da Silva en 2003, avec pour objectif d’éradiquer la faim et l’extrême pauvreté au Brésil – n’en donne pas d’explication. Tout au plus, assure-t-il travailler, au niveau de la commission économique et financière du gouvernement, pour apporter une solution à cette question de rareté de maïs au pays.
De son côté, le Premier ministre, Jean Michel Sama Lukonde a exprimé ses inquiétudes sur le problème d’approvisionnement en maïs que connaissent le Grand-Katanga et le Grand-Kasaï. Mais comment le pays présenté comme possédant la plus grande quantité de terres arables d’Afrique – 80 millions d’hectares – capable de nourrir tout le continent en est réduit à totaliser pas moins de neuf provinces – quatre de l’ex-Katanga et cinq de l’espace Kasaï – en proie à la famine faute de production suffisante de maïs ? Le chef du gouvernement n’en donne pas non plus d’explication.
Interdictions cycliques
Les interdictions d’exportation de maïs zambien vers la RDC sont devenues cycliques ces dernières années. Il y a six mois, la Zambie et la RD Congo signaient un accord d’exportation de produits alimentaires zambiens vers le Congo pour un total de 24 millions de dollars. Cet accord négocié par l’agence zambienne de développement, portait sur l’approvisionnement en poussins d’un jour, en saucisses de poulet, en poisson, en porc, en semences de maïs, en farine de maïs, en échantillons de maïs et en haricots.
Cependant, le 4 septembre 2020, la Zambie avait temporairement interdit les exportations de maïs et de farine de maïs jusqu’à ce que le pays obtienne 1 million de tonnes de céréales de stock de sécurité. Concernant l’interdiction d’exportation, le ministre de l’Agriculture Michale Katambo avait alors déclaré : «Nous avons temporairement interdit toutes les exportations jusqu’à ce que nous soyons en sécurité alimentaire».
Une année plus tard, le gouvernement zambien avait autorisé les négociants locaux en céréales à exporter du maïs vers la RDC, malgré le moratoire du pays sur les exportations de cette céréale. Le porte-parole du gouvernement zambien, Kampamba Mulenga, qui est également ministre de l’information, avait expliqué que cette décision était due à un grand besoin en RDC : “Étant en sécurité alimentaire en termes de suffisance de maïs, nous continuons à recevoir des demandes d’autres pays voisins confrontés à des pénuries de céréales, et en raison de la faim imminente, nous avons permis à nos homologues de la RDC d’acheter 25 000 tonnes de maïs auprès de négociants locaux en céréales”.
Avant d’interdire encore ces exportations en avril 2023 …
Mbuta MAKIESSE







