Dans le landerneau politique congolais, le populisme – et la bêtise qui va avec – n’ont pas de limite chez certains acteurs. Le cas d’Adolphe Muzito, président du parti Nouvel élan, et leader d’une aile de la coalition Lamuka. L’homme, qui n’est pas n’importe qui car ancien Premier ministre, vient de réchauffer une de ses vieilles rengaines : construire un mur entre la RDC et le Rwanda. Rien moins ! Sauf que la plus grande partie de cette frontière se trouve être le lac Kivu. Comment faire ? Bétonner le milieu du lac profond de 500 mètres pour y élever un mur sur une longueur de 89 kms ? L’homme y a-t-il vraiment pensé ? En ces temps de guerre où la réflexion déserte nombre de cerveaux, il y’en aura toujours pour applaudir à chaudes mains.
L’aile de la coalition Lamuka fidèle à l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito, a relancé sa proposition de construction d’un mur de séparation entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. C’est ce qui ressort d’une déclaration faite à Kinshasa, le mercredi 19 avril. Lamuka/Muzito marquait ainsi ‘‘son indignation et sa consternation’’ suite au ‘‘discours provocateur du président Rwandais Paul Kagame à l’égard du peuple congolais et de son territoire’’. D’où la solution, radicale : construire un mur pour séparer à jamais les deux pays, et éviter ainsi tout contact éventuellement provocateur à la guerre, et enlever définitivement au petit Rwanda toute possibilité d’envahir la RDC pour la balkaniser. Au diable les échanges commerciaux dont profitent chaque jour les populations des deux pays, qui vivent ensemble depuis des siècles et qui ont toujours entretenu des relations de toutes sortes. Au diable le transit des camions congolais par le territoire rwandais pour se rendre aux ports de Mombasa au Kenya et de Dar es Salam en Tanzanie.
Sauf qu’Adolphe Muzito a été Premier ministre pendant trois ans – de 2008 à 2011 – sans jamais penser à construire son mur bien aimé. Bien plus, si jamais, à l’impossible, il réussissait ce pari fou, comment réaliserait-il alors ses deux autres jolis projets concernant le Rwanda : faire la guerre au pays des mille collines et ensuite l’annexer au Congo, du moment que le mur empêcherait alors l’armée congolaise de pénétrer sur le territoire rwandais ?
Et puis, comment construire un mur dans ce lac ? A supposer qu’on y arrive même dans un film de fiction Hollywoodien, comment le faire sans provoquer une explosion limnique du gaz méthane mélangé au CO2, qui ferait de nombreux morts sur les rives rwandaise et congolaise ? Les Rwandais, las d’attendre des Congolais qui ne se décidaient guère, y ont implanté la société Kivu Watt, qui produit 26 MW de courant électrique, pendant que Adolphe Muzito, lui, n’a rien fait pour permettre à la RDC de produire aussi du courant dans ce lac Kivu, rêvant seulement d’aller y construire son mur, alors que Bukavu nage dans une épaisse obscurité.
Mais Adolphe Muzito a de la suite dans les idées : il veut lancer une campagne de chasse à l’homme pour dénicher tous les «infiltrés» – forcément rwandais ! – supposés être tapis dans nos différentes institutions. Le communiqué de Lamuka aile Muzito dit qu’il faudra « identifier et exfiltrer toute personne infiltrée dans nos institutions, nos forces de renseignement et dans notre armée’’. En Français facile, cela veut dire qu’il y des rwandais parmi nos ministres, députés, sénateurs, membres de la magistrature, officiers et soldats des forces armées, policiers, cadres et agents des différents services de sécurité, qu’il faut dénicher et renvoyer au Rwanda.
Mais comment les identifier ? Muzito et les siens ne le précisent pas. «Tout le monde sait comment la populace reconnaît les Rwandais dans ce pays : le patronyme, c’est-à-dire le nombre de la lettre R dans le nom, mais aussi, et surtout, la forme et la longueur du nez», lance un observateur. Georgia Meloni, la Première ministre d’extrême droite italienne, passerait carrément pour une enfant de choeur. Elle, autant que les français Zemmour et Le Pen, sont à mille lieux d’imaginer le dynamisme – et l’intensité – du discours facho qui fleurit sur les bords du fleuve Congo.
Aristote KAJIBWAMI







