Sur sa page Twitter, Noël Tshiani s’affiche avec feu Mars Kadiombo.
Et revoici Noël Tshiani. On le croyait disparu corps et bien, coulé dans l’océan de l’anonymat, le seul lieu où devrait demeurer cet agitateur d’extrême-droite sans base électorale connue. Hélas, il s’est rappelé au souvenir des Congolais, sur le créneau qui lui permet de mieux donner le meilleur de lui, celui des absurdités dont il sait si bien gratifier son petit monde. Dans un tweet publié ce vendredi 23 juin 2023, l’homme appelle le parlement à voter pour sa proposition de loi sur la congolité, dite ‘‘de père et de mère’’.
«La Loi Tshiani de père et de mère est sur la table de l’Assemblée nationale. Une nouvelle session parlementaire débutera le 15 Sept 2023. Je demande aux députés nationaux de voter massivement cette loi pour protéger la souveraineté nationale et honorer nos martyrs de l’indépendance», écrit l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale reconverti en politicien d’extrême droite sur sa page Twitter. Appeler le parlement à changer les règles du jeu électoral lors de la session de septembre, c’est-à-dire au beau milieu du match, alors même que la CENI commence bientôt à enregistrer les candidatures à tous les postes ? C’est la meilleure des comédies pour terminer la semaine ivre du rire à gorge déployée, par ces temps de stress causé par une actualité guère apaisante.
C’est un baroud d’honneur pathétique et, franchement, un troubadour à la petite semaine qui se couvre de ridicule sans même y avoir été invité. Le bon peuple congolais en ricane fièrement de bonheur, tels des petits spectateurs du Dîner des cons, merveilleux film comique du réalisateur français Francis Veber, outrés de voir que le gros gourmand ne veut pas quitter la table, même lorsqu’il devient trop clair que l’assiette promise ne viendra jamais, malgré sa danse du ventre. Railleries et lynchage en place publique sont les seules récompenses pour le benêt qui s’est évertué à jouer le malsain rôle d’amuser la galerie juste pour le plaisir de quelques feudataires grisés de leur miraculeuse importance et accrochés aux avant-postes du pouvoir.
Sacrifice pour la survie du Congo
Sauf que le gong a sonné, et le jeu s’est arrêté net. La proposition-distraction n’avait pour but que de distraire l’opinion, et de mettre durablement à rude épreuve les nerfs d’un adversaire. Elle n’ira nulle part. Elle a été désavouée par tout ce que le pays compte de forces sociales, de puissantes églises catholique romaine et protestante aux plus grandes organisations de défense des droits de l’homme ASADHO et ACAJ, mais aussi par les partenaires internationaux qui comptent. Curieusement, elle n’a trouvé aucune force politique sérieuse pour la soutenir officiellement.
Au passage, chacun aura remarqué, dans le tweet de Noël Tshiani, cette prétendue ambition d’honorer les martyrs de l’indépendance en adoptant cette proposition-bidon. C’est oublier que parmi les pères l’indépendance de la RDC figure, justement, un certain Jean-Pierre Finant. Qui n’a pas été n’importe qui : premier vice-président du Mouvement national congolais/Lumumba (MNC/L) pour la province Orientale, il a participé à la conférence de la Table ronde de Bruxelles qui a préparé le Congo à son indépendance. Aux élections générales de mai 1960, il est élu à la fois député provincial et député national du territoire de Bondo, dans la province actuelle de Bas Uele, avant d’être élu premier gouverneur congolais de la province Orientale le 11 juin 1960 par 69 voix sur 72.
Ce nationaliste lumumbiste mourra en martyr à Mbuji-Mayi en 1960, dans la province d’origine de Noël Tshiani, sauvagement assassiné par d’affreux sécessionnistes qui avaient proclamé l’indépendance du Sud-Kasaï pour balkaniser le pays. Ils étaient tous congolais nés de père et de mère congolais, alors que Finant était né d’une mère d’ethnie Zande de province Orientale et d’un père belge. C’est d’ailleurs le père de la grande chanteuse Abeti Massikini. Il a sauvegardé la souvernaité nationale alors que les balkanisateurs de Mbuji-Mayi voulaient faire éclater le pays.
Comment dès lors prétendre honorer la mémoire des martyrs de l’indépendance, tout en crachant sur la mémoire de tous ceux qui, à l’image de Jean Pierre Finant jusqu’à Mamadou Ndala, étaient nés d’un seul parent congolais, mais ont sacrifié jusqu’à leur vie pour la survie du Congo ? Si la question demeure posée, la distraction-Tshiani est, désormais, terminée. Définitivement. Le comédien doit quitter la scène.
Aristote KAJIBWAMI







