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Grave violation de la vie intime de Biselele : l’ANR sur le banc des accusés, l’ACAJ saisit la justice

L’affaire avait l’effet d’une bombe le week-end dernier. Alors que l’ancien conseiller privé du chef de l’Etat attendait la décision du tribunal de grande instance de Gombe à propos de sa demande de main levée et/ou de liberté provisoire, des vidéos intimes de lui sont propagées sur les réseaux sociaux. Dans le rôle de l’accusée : l’Agence nationale des renseignements, ANR, qui détient ses téléphones depuis son interpellation le 14 janvier 2023, et d’où les vidéos ont été extraites. C’est un scandale : comment un service de sécurité, dont une bonne part de personnel est composé d’officiers de police judiciaire assermentés, et censé protéger tous les citoyens, peut-il se permettre pareille violation de la vie privée d’un citoyen ?

Dans le landerneau politico-médiatique, on n’en revient pas qu’un tel scandale puisse éclabousser la grande centrale du renseignement congolais. «Je n’ai jamais été d’accord d’utiliser la vie privée des gens pour nuire aux autres… Je ne te connais pas personnellement et je ne te pratique pas ; mais je te demande d’être fort au regard de cette épreuve», écrit le journaliste Peter Tiani, directeur général de Perfect TV, sur son compte Twitter. «N’ayant rien trouvé de consistant contre lui malgré la lourdeur des accusations qui pesaient sur lui, ils le libèrent mais s’assurent de le salir dans un autre registre. C’est un gars que je n’ai jamais apprécié mais je trouve le cynisme de ses anciens amis exécrable. Boza batu te (vous n’êtes pas humains)!», renchérit Jackson Mukunda, membre du Plaidoyer pour le changement en RDC

De son côté le juriste et ancien magistrat Frédéric Bola se montre plus pédagogique dans l’expression de sa condamnation. «M. Fortunat Biselele est une victime. Il ne peut être blâmé. Sur le plan moral, c’est sa vie privée qu’il mène dans sa sphère privée et non publique. Il n’a point des comptes à nous rendre. Sur le plan juridique, il a droit au respect de sa vie privée et au secret de la correspondance, de la communication ou de toute autre forme de communication (art 31 de la Constitution). La publication de ses images et vidéos volées constitue des faits infractionnels prévus et punis par les art. 175 et 176 du Code pénal, ainsi que par les art. 179 et 181 de la loi n° 20/07 du 25.11.2020 relative aux télécommunications. Les Procureurs généraux près les Cours d’appel de Kinshasa devraient poursuivre et traîner devant les Tribunaux leurs auteurs. Une plainte préalable de M. Biselele n’est nullement requise», écrit-il sur son compte Twitter.

Enquête judiciaire crédible

Dernier à rentrer dans ce concert de condamnations, l’Association pour l’accès à la justice, ACAJ. Elle a ainsi saisi le procureur général près la Cour de cassation pour ‘‘atteintes répétitives à la vie privée des gens’’ dans une lettre signée ce lundi 24 juillet 2023. L’organisation de défense des droits de l’homme s’émeut du fait «depuis plusieurs jours des vidéos attribuées à M. Biselele Kayipangi alias Bifort, et qui n’ont aucun lien objectif avec les faits pour lesquels il est poursuivi devant le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa-Gombe, sont abondamment diffusées et relayées, à son insu, dans plusieurs réseaux sociaux».

Concernant les présumés auteurs de cette forfaiture, Georges Kapiamba poursuit : «M. Biselele Kayipangi alias Bifort accuse spécifiquement les enquêteurs de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) d’être auteurs directs de la distribution et de la diffusion dans les réseaux sociaux des images privées tirées de ses téléphones, saisis le jour de son arrestation, et auxquels il n’a pas accës depuis lors. En prime, plusieurs messages circulant dans les réseaux sociaux menacent de rendre publiques d’autres images puisées des mêmes appareils de téléphone».

Considérant donc la persistance de «ces pratiques constitutives d’atteinte à la vie privée et par ailleurs incompatibles avec l’Etat de droit», l’ACAJ demande au procureur près la Cour de cassation d’ordonner une enquête judiciaire crédible afin d’identifier les auteurs et complices de ces faits graves aux fins de les déférer devant les juridictions compétentes.

En outre, pour des raisons de crédibilité et de transparence et eu égard au fait que la PNC et l’ANR sont sérieusement mises en cause dans ces différentes violations des droits de l’homme, l’ACAJ suggère que ces investigations soient confiées «des instances dont la neutralité et l’impartialité ne seraient pas susceptibles d’être remises en question».

A ce propos, une femme ressortissante du Kasaï central, braillard des réseaux sociaux devant l’Eternel, connue pour ses extravagances et que beaucoup surnomment ‘‘la vache folle’’ à cause de son extrême vulgarité, s’est également donnée en spectacle sur son compte Tik Tok, affirmant donner les détails des prochaines vidéos intimes de M. Biselele qui seront bientôt diffusées sur la toile. Il est surprenant qu’à ce jour, la justice n’ait rien fait pour obtenir d’elle plus de renseignements sur ce.

Aristote KAJIBWAMI