CHRONIQUE “Game is over” pour les apprentis putschistes du Niger, la CEDEAO va...

“Game is over” pour les apprentis putschistes du Niger, la CEDEAO va les broyer

C’en est fini avant d’avoir même commencé. Les apprentis putschistes qui, le 26 juillet à Niamey, ont eu l’idée saugrenue de renverser les institutions démocratiquement élues, doivent déjà penser à la façon dont ils vont faire leurs valises. La bande du général Aboudrahamane Tchiani, commandant de la garde présidentielle, est déjà sur la sellette. A l’issue de son sommet extraordinaire de dimanche 30 juillet à Abuja, la Communauté économique des états d’Afrique de l’ouest, CEDEAO, s’est voulue ferme et intransigeante contre ce putsch. A la clé : un ultimatum d’une semaine donné aux putschistes, pas un jour de plus, pour dégager.

Lors de la 63ème session de la conférence des chefs d’État de la CEDEAO qui s’est achevée dimanche 9 juillet à Bissau, capitale de la Guinée-Bissau, le tout nouveau président du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, a été élu président en exercice de l’organisation en remplacement du dirigeant bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo. Le nouvel élu a tôt fait d’annoncer les couleurs : activer la future force de la CEDEAO appelée à lutter contre le terrorisme ou à intervenir si nécessaire dans les États afin de rétablir l’ordre constitutionnel.

Le président Tinubu a fait des changements anticonstitutionnels l’une de ses priorités, insistant sur le fait que la démocratie était «la meilleure forme de gouvernement», bien qu’elle soit «très difficile à gérer». Ajoutant : «Nous en avons besoin pour être un exemple pour le reste de l’Afrique et du monde. Nous ne permettrons pas qu’il y ait coup d’État après coup d’État en Afrique de l’Ouest».

Blocus commercial et financier

On croyait tout éventuel apprenti putschiste averti. Hélas, il a fallu qu’un général de brigade nigérien soit en passe d’être remplacé à la tête de la garde présidentielle par le chef de l’Etat et commandant suprême des Forces armées nigérienne – qui en a les prérogatives constitutionnelles – pour qu’il tente un énième coup d’Etat. Certains applaudisseurs au Niger même et en Afrique pavoisent en voyant dans cette déstabilisation des institutions un acte de bravoure pour affranchir le pays d’une domination française alléguée. Et quelques milliers de manifestants – 3.000 tout au plus – viennent faire du bruit devant l’ambassade de France, drapeaux russes en renfort. Le président légitime du Niger a, lui, été élu par 2,5 millions de ses compatriotes.

Mais ces mises en scène ne font pas rire à Abuja. Dans la capitale nigériane où la CEDEAO tient sommet, l’heure est à l’intransigeance. D’abord, des sanctions économiques sévères ont été mises en place, notamment le blocus commercial complet contre le Niger, comprenant l’arrêt immédiat de tout échange commercial avec ce pays, et le blocage des avoirs du Niger à la Banque centrale des états d’Afrique de l’ouest. Ce qui revient à dire que la bande à Tchiani ne saura même pas payer les fonctionnaires. On ne voit pas comment ce pays totalement enclavé pourrait ne pas étouffer et mourir de suffocation.

Ensuite, cerise sur le gâteau : la CEDEAO previent que l’usage de la force n’est pas exclu. Une réunion des chefs d’état-major des forces armées et de défense de pays de la région est annoncée dans quelques heures. Le général Tchiani apprend à ses dépends qu’il ne devait pas s’aventurer dans ce coup d’Etat de trop. Coup d’Etat de trop, d’abord pour la région : l’Afrique de l’ouest est la région d’Afrique qui a enregistré le plus grand nombre de coups d’Etat, soit quatre (Mali, Guinée, Burkina Faso, et maintenant Niger), là où l’Afrique centrale n’en a connu qu’un seul (Tchad), un seul aussi en Afrique de l’est (Soudan), et aucun en Afrique australe et en Afrique du Nord.

Pour le Niger ensuite. Ce pays n’est pas condamné à vivre éternellement de putschs. Depuis son indépendance en 1960, celui-ci est le cinquième : en 1974, le colonel Seyni Kountché renverse le père de l’indépendance, le président Hamani Diori.

Profession : putschistes

Son chef d’état-major, le colonel Ali Saybou lui succède à sa mort en 1987. Après avoir démocratisé le pays au début des années 90, Mahamat Ousmane, un civil, est démocratiquement élu en 1993. Il est renversé deux ans plus tard par le colonel Ibrahima Barré Maïnassara. Ce dernier se fait élire la même année à l’issue d’une élection scandaleusement truquée. Il est assassiné lors d’un coup conduit par le commandant Daouda Malam Wanké en avril 1999.

Ce dernier organise des élections la même année, qui voient la victoire de l’ancien général Mamadou Tandja. Après deux mandats, il tient à organiser un référendum constitutionnel afin de pouvoir rempiler pour un troisième mandat. La Cour constitutionnel déclare ce référendum anticonstitutionnel, mais Mamadou Tandja n’en a cure : il passe en force. Mais une année plus tard, il est renversé par le commandant Salou Djibo, qui se proclame restaurateur de la démocratie au Niger. Il organise effectivement les élections et transmet le pouvoir en avril 2011 au vainqueur de la présidentielle, Mahamadou Issoufou. On croit dès lors que les démons de l’instabilité ont été définitivement vaincus.

Le président Issoufou est réélu en 2016. A l’issue de son second mandat, il est remplacé en février 2021 par son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, à l’issue d’une élection démocratique. Deux ans seulement après, menacé de révocation et piqué par on ne sait quelle mouche, le commandant de la garde présidentielle Aboudrahamane Tchiani se croit permis d’orchestrer un nouveau putsch ! L’armée nigérienne, décidément dirigée par des professionnels du putsch, semble plus compétente en coups d’Etat que dans la sécurisation du pays.

Belhar MBUYI