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Taux de change : les mesures de Nicolas Kazadi ne sont qu’un vernis d’illusion

Face à la dépréciation monétaire vertigineuse, le ministre des Finances Nicolas Kazadi annonçait lors du briefing du 17 juillet une série de mesures pour requinquer le franc congolais et stabiliser le taux de change. Il s’agit notamment de : (i) l’arrêt des paiements en cash au guichet de la Banque Centrale du Congo ; (ii) le resserrement de la politique budgétaire tout en veillant davantage à la qualité de la dépense ; (iii) le resserrement du dispositif de la politique monétaire par la Banque Centrale du Congo ; (iv) la poursuite des interventions de la Banque Centrale du Congo sur le marché des changes pour renforcer l’offre des devises. A l’analyse, ces mesures – du déjà vu sur les bords du fleuve Congo – semblent n’être qu’un coup d’épée dans l’eau, et ne pourront pas stabiliser le franc de manière durable.

D’entrée de jeu, la deuxième mesure constitue un aveu de la délinquance financière dans laquelle le gouvernement a évolué pendant tous ces temps. En effet, c’est seulement maintenant que l’exécutif pense ‘‘resserrer la politique budgétaire’’ et veiller à ‘‘la qualité de la dépense’’, dans un pays où les ministres du Budget et des Finances laissaient filer la dépense comme des amateurs. Qu’est-ce qui va changer ? On se pose des questions.

Déjà, les Congolais se sont gaussé d’un ordre de mission qui a circulé dans les réseaux sociaux ce mercredi 2 août, signé par la chanteuse et toute nouvelle DG du Fonds de promotion culturelle Barbara Kanam Mutund. Par ce document, cette dernière envoit dix-sept personnes – dont, c’est le comble, le PCA Emmanuel Ngoy Dioko, mais aussi le DGA et fondateur de Wenge Musica Didier Massela Ndudi, et ses sept ‘‘assistants principaux’’ – en mission de service pour participer aux jeux de la Francophonie. Comme on le sait, l’exécution de la dépense publique passe par les quatre étapes requises en comptabilité publique, à savoir : l’engagement, la liquidation, l’ordonnancement et le paiement. Les ministères respectifs du Budget et des Finances, ainsi que la banque centrale ont-ils vraiment convenu de donner suite à cette bouffonnerie ?

Incertitude chez les cambistes

Il reste que, de toutes les mesures annoncées par le ministre des Finances, la plus emblématique reste l’intervention de la banque centrale sur le marché de change. Elle consiste en la vente aux banques commerciales des dollars américains pour racheter des francs afin de stabiliser la devise nationale. En RDC, il s’agit d’une mesure moult fois essayée, et dont l’efficacité n’est qu’un vernis d’illusion qui se termine en eau de boudin. Déjà, lorsque Nicolas Kazadi, annonçait ses mesures le 17 juillet, le dollar s’échangeait 2487,1117 Fc.

Depuis lors, la banque centrale a sorti 150 millions de dollars pour intervenir sur le marché. Pour quels résultats ? Le 19 juillet, le franc chutait encore légèrement, s’établissant à 2488,5062 Fc pour un dollar US. Le 24 juillet, il continuait sa chute, à 2 518,7833 Fc le dollar, avant d’atteindre le pic le 26 juillet à 2550 Fc le dollar US. C’est le 30 juillet que le franc s’est apprécié, à 2250 Fc le dollar. Et nombreux ont crié victoire, chantant – la larme à l’œil – les qualités de technocrate de Nicolas Kazadi, celui-là même dont l’ancien de la Banque mondiale Noël Tshiani se moquait en le qualifiant d’économiste généraliste pas à la hauteur pour faire face aux questions monétaires. Cette illusion d’optique n’a pour effet que de créer l’incertitude chez les cambistes qui, au final, retiennent du mieux qu’ils peuvent leur stock de dollars en attendant de voir les choses se stabiliser. Mais elle n’entraîne aucune baisse des biens de consommation et des services.

Si, dans la journée d’hier mercredi 2 août 2023, sur le marché parallèle de Kinshasa, le taux de change était de 2.330 Fc pour un dollar, sur le site de la Banque centrale, le compteur s’est arrêté au 31 juillet avec un taux d’un dollar à 2478,2209 Fc. En gros, cette mesure ne peut pas – et n’a jamais produit d’effets durables sur la stabilité monétaire. En outre, combien de fois la Banque centrale du Congo pourra-t-elle débourser toutes les deux semaines 150 millions de dollars pour soutenir le Franc ?  

Réalité conjoncturelle

On avait assisté à ce phénomène en 2009 sous le Premier ministre Adolphe Muzito. Tout au long de l’année, la BCC était intervenue à 12 reprises avec un total de 70 millions de dollars américains sans succès : rien qu’entre août et septembre, période de la plus forte intervention avec 15 millions de dollars, la dépréciation de la monnaie nationale passait de 4% pour à 6%, et sur l’année, le Franc congolais chutait déjà de 60%.

En 2016, sous le gouvernement Matata Ponyo, après près de trois ans d’une stabilité plus qu’exemplaire unique dans l’histoire du pays, une dépréciation monétaire latente frappe le pays à partir de fin-juin, entraînant une inévitable hausse des prix. Un dollar qui s’échangeait à 920 francs congolais passe à 965 franc congolais au taux officiel, voire à 1450 francs sur le marché parallèle, soit une dépréciation de 43%, entraînant la hausse vertigineuse de prix des denrées alimentaires et autres produits et services.

La Banque centrale du Congo décide alors d’intervenir sur le marché de change en vendant régulièrement aux banques commerciales 25 millions USD. Mais cela n’empêcha pas le franc de plonger.  

Au-delà d’impérieuses mesures structurelles qu’il faudra prendre, il importait d’abord de faire face à la réalité conjoncturelle. Avec une mobilisation des recettes d’à peine 25% pour les six premiers mois si on les calcule en dollars au taux du marché, le budget 2016 est une forfaiture avec ses recettes chiffrées à 16 milliards USD. Il faudrait initier une loi de finance rectificative. Ensuite, élaborer des plans d’engagement budgétaire et des plans de trésorerie réalistes, respecter scrupuleusement la gestion sur base caisse, et éviter ainsi des déficits et, par voie de conséquence, leur couverture par le financement monétaire.

Mbuta MAKIESSE