Ça devait être la fête, l’apothéose, pour boucler la tournée électorale de Moïse Katumbi dans la partie orientale du pays. Comme partout où le candidat d’Ensemble pour la République est passé, la ferveur populaire était au rendez-vous. Ce sont d’immenses foules qui ont fait le déplacement de l’aéroport de Kindu, capitale provinciale du Maniema, avant de l’accompagner jusqu’à la place Mapon. Moïse Katumbi et les siens savouraient leur énième succès lorsque l’irréparable est arrivé.
En effet, alors qu’un long fleuve humain déferlait tranquillement sur le boulevard Joseph Kabila, des militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social, UDPS en sigle, le parti du président sortant, ont surgi, et commencé à lancer des projectiles sur la foule des partisans de Katumbi. On enregistre quelques blessés. En réaction, les militants d’Ensemble, plus nombreux, contre-attaquent et font reculer les assaillants qu’ils dispersent dans les avenues adjacentes.
Ce climat de tension amène la police à intervenir. Des coups de feu à balles réelles sont tirées. Mais une balle atteint un cadre d’Ensemble, Me Dido Kakisingi, responsable de la jeunesse du parti de Moïse Katumbi pour la province du Maniema, qui tombe, raide mort. Son corps est conduit dans une morgue de la ville. La tension devient plus forte, et les affrontements redoublent d’ampleur. A leur tour, les militants d’Ensemble caillassent la résidence du gouverneur de province.
Malgré ce remue-ménage, la foule qui accompagne Katumbi reprend son bonhomme de chemin, chantant à la gloire de son champion. Derrière, les militants de l’UDPS sont revenus pour attaquer la résidence de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, allié de Moïse Katumbi. “On a vraiment l’impression qu’il y a une équipe désespérée par la tournure du match qu’elle est prise de panique. Elle pousse ses supporters à envahir le terrain pour créer un incident et saborder le match”, fait observer un analyste de Kinshasa.
Mais sur place à la tribune, l’ambiance est électrique. La chanson ‘‘Bayibi mingi’’ (ils ont beaucoup volé) emballe les milliers de supporters présents sur le lieu. C’est dans ces circonstances que Moïse Katumbi prend la parole. Il garde une minute de silence en mémoire du défunt, avant de présenter les membres de sa délégation. Dans son discours du jour, il fustige «cette intolérance des gens qui ne représentent rien dans la province, mais qui profitent des leviers du pouvoir d’Etat pour essayer de museler l’opposition». Par la suite, il dénonce «un pouvoir basé sur des promesses fallacieuses», avant d’expliquer son propre programme de gouvernement s’il est élu en décembre prochain.
Aristote KAJIBWAMI







