Il est l’un des porte-voix du Kasaï les plus en vue de la diaspora depuis plusieurs années. Initiateur et animateur de la web-radio ‘‘Diyi dia Kasaï’’ pendant qu’il était basé à Liège en Belgique, fondateur ensuite de la ‘‘Fondation Kasaï d’abord’’, Dieudonné Dikita Makubakuba est actuellement coordonnateur de ‘‘Bena Kananga ASBL’’, une association qui regroupe de nombreuses personnes qui comptent parmi les élites du Kasaï central. Après un moment d’observation, il a, avec la sérénité qu’on lui connaît, décidé d’élever la voix afin de donner son opinion sur les enjeux de l’heure, dominés par la campagne électorale pour les élections générales du 20 décembre prochain. Sans haine ni passions. Micro !
C’est quoi Bena Kananga exactement ?
L’ASBL Bena Kananga est un regroupement des filles et fils de la province du Kasaï central qui militent pour le développement de notre province ; pour le renouvellement du leadership provincial qui soit à la fois efficient, efficace et collectif ; et qui fait le plaidoyer pour que les pouvoirs publics puissent prendre en compte les desiderata des populations du Kasaï central. Nous sommes à la fois un cercle de réflexion sur le devenir de notre province et un mouvement de plaidoyer.
Qu’avez-vous déjà fait comme plaidoyer pour faire avancer le développement du Kasaï central ?
Nous faisons beaucoup de choses, même si, vous le savez, le plaidoyer n’est jamais chose aisée à travers tous les pays du monde. Nous avons pris contact avec de nombreux responsables qui sont ou étaient en charge des dossiers relatifs au Kasaï central, afin de leur mettre la pression pour faire avancer les choses. Je citerai en exemple, le conseiller du chef de l’Etat Marcellin Bilomba en charge des questions économiques, qui était chargé de prendre contact avec des entreprises indiennes afin d’obtenir le financement de la construction du barrage hydroélectrique de Katende. Il a joué le jeu, il nous a donné toutes les explications, nous a rassuré… Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme espéré. Nous sommes actuellement en contact avec Monsieur Damien TWAMBILANGANA, Directeur général adjoint de l’Agence Nationale de l’Électrification et des Services Énergétiques en milieux Rural et périurbain (ANSER en sigle), nous avons organisé plusieurs réunions de travail avec lui, et il nous a rassuré sur la construction dans un proche avenir de la centrale hydroélectrique de Mbombo à Kananga.
De Katende à Mbombo, qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi abandonner un grand projet qui peut fournir 64 MW à la province, pour se focaliser sur un petit projet d’à peine 10 MW ?
Comme vous le dites si bien, chute Katende n’entre pas dans les prérogatives de l’ANSER. Elle nécessite des moyens énormes. Nous préférons d’abord avancer avec qui peut être fait rapidement, le reste suivra quand le gouvernement en aura disponibilisé les moyens.
Venons-en aux enjeux de l’heure. La campagne électorale bat son plein. Avez-vous opéré votre choix ?
Bien entendu, avec conviction et résolution, j’ai opté pour le candidat Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo pour la présidentielle. Et j’appelle tous les Congolais à lui accorder leurs suffrages afin qu’il puisse obtenir un deuxième mandat.
Pourquoi ce choix de votre part ? Pour des raisons d’origine ethno-provinciale ?
Mais pas du tout ! Ce choix n’a absolument rien à voir avec des questions d’ordre ethnique ou provinciale. D’abord, sur le plan politique, j’ai toujours vu en Félix Tshisekedi une sorte de mixage de Charles De Gaulle et de François Mitterrand. De Gaulle, parce que, fort de sa légitimité issue du suffrage universel, il a su reconfigurer le fonctionnement de notre modèle institutionnel à la dimension de sa forte personnalité, faisant finalement du président de la République la clé de voûte des institutions et le centre d’impulsion de l’action gouvernementale. Depuis qu’il est là, les Congolais se sentent réellement dirigés. Et comme Mitterrand parce que, son parti a été hier le pourfendeur de la constitution actuelle, autant que l’ancien chef socialiste français avait combattu la constitution de la cinquième République française, avant d’en incarner ensuite la légitimité. Je peux dire que, après Mobutu, nous avons un président à la dimension de la grandeur du pays.
Ça, c’est bien sur le plan de la philosophie politique. Et sur le plan de la gouvernance, de son bilan, pourquoi le soutenez-vous ?
Pour des choses simples. D’abord, en quatre ans, il a plus que doublé le budget de l’Etat. Ceci est un véritable exploit. Un homme salué par tous pour son expertise dans les questions économiques et financières comme Alassane Ouattara a mis plus de 8 ans pour doubler le budget de la Côte d’Ivoire hérité de son prédécesseur, mais Fatshi l’a fait en moins de 4 ans. Ensuite, il y a toutes ces mesures sociales que nous ne devons pas oublier de sitôt : la gratuité de l’enseignement de base, qui a permis à plusieurs millions d’enfants qui étaient abandonnés d’intégrer l’école. Il y a également maintenant la couverture maladie universelle dont nous expérimentons la gratuité de la maternité à Kinshasa. Il y a aussi ce programme ambitieux du développement des 145 territoires (PDL-145) qui va permettre, pour la première fois, de ne pas oublier la périphérie au profit du centre, afin que le Congo de nos terroirs, où vit la majorité de notre peuple, puisse aussi se développer. Il y a aussi les questions sécuritaires. Félix Tshisekedi tient tête aux agresseurs du pays, et réorganise efficacement notre outil de défense. Enfin, il est celui qui a le programme le plus pragmatique.
En quoi son programme est-il plus pragmatique ?
Eh bien, j’ai lu ce programme, il ne tient pas des délires populistes comme on le voit chez d’autres candidats. J’ai beaucoup apprécié les six engagements majeurs, à savoir : 6,4 millions d’emplois à créer dans les cinq prochaines années ; plus de pouvoir d’achat ; plus de sécurité pour tous ; une économie plus diversifiée et plus compétitive ; plus d’accès aux services de base ; et des services publics plus efficaces. De même, les trois initiatives présidentielles prioritaires y qui figurent me paraissent plus réalistes, d’autant plus que le PDL-145 est déjà en cours d’exécution. Reste à y ajouter les chaînes de valeur agricoles, et les villes assainies.
Mais le bilan du président au Kasaï central chez vous au Kasaï central n’est pas très élogieux. On dit que pas grand-chose n’y a été réalisé, ni la chute Katende, ni la route Kananga-Kalamba-Mbuji sur laquelle comptent les centre-Kasaïens pour le désenclavement de leur province.
Beaucoup d’actions sont en cours. C’est le cas de la nationale numéro 1 qui vient de Tshikapa vers Kananga, et qui est construite par la société Arab Contractors. Les travaux n’avancent pas comme souhaité, mais ils sont en cours. La volonté du président de la République est là, et demeure ferme. Ça, nous l’avons noté. Il y a eu un problème de collaborateurs qui n’ont pas été efficaces. Dans le programme 2023-2028 du président Tshisekedi, j’ai noté la présence du projet chute Katende, et de la route de Kalamba-Mbuji. J’invite donc tous les centre-Kasaïens à soutenir le chef de l’Etat et à lui apporter massivement leurs voix. Mais aussi à l’accompagner dans la mise en œuvre de son programme, après sa réélection.
Un fils du Kasaï central qui était candidat, Dely Sesanga, vient de rallier la candidature de Moïse Katumbi. Votre réaction ?
Il a fait son choix, je n’ai aucun commentaire à faire là-dessus.
Dans une élection à un seul tour, est-ce qu’il ne risque pas de ravir des voix à Felix Tshisekedi, ce qui peut s’avérer dangereux pour votre candidat ?
Je n’ai aucune crainte là-dessus. En 2018, le Kasaï central avait voté à plus 98% pour Félix Tshisekedi. Je suis convaincu que son score sera le même cette année encore, si pas plus d’ailleurs. Donc nous n’avons pas de temps à perdre, nous avançons.
Que demandez-vous au candidat Félix Tshisekedi ?
Nous lui faisons pleinement confiance pour appliquer ses promesses envers notre province, la province de sa chère mère et notre maman à tous, la vénérable Maman Marthe Kasalu Tshisekedi. Je tiens à insister sur le fait que cette fois-ci, le président doit veiller à ce que le Kasaï central soit au centre de ses préoccupations. Il doit y mener des actions à impact visible et à fort impact social, sur les axes de développement ci-après : la voirie urbaine à Kananga et Tshimbulu, la route Kananga-Kalamba-Mbuji, les barrages de Katende et de Mbombo, la desserte en eau potable pour nos populations, la réhabilitation des écoles et hôpitaux existants et la construction de nouveaux, les routes de desserte agricole au niveau de tous nos territoires. Pour cela, le président doit être bien entouré. Nous lui rappelons cette vieille maxime : à vin nouveau, outres nouvelles. Il doit se débarrasser sans états d’âme des anciens collaborateurs qui n’ont pas été à la hauteur, pour les remplacer par ceux qui peuvent l’aider plus efficacement au cours de son deuxième mandat. C’est fondamental.
Propos recueillis par Belhar MBUYI







