De gauche à droite : Jeffrey Sachs, du Centre pour le développement durable de l’université Columbia à New York ; Albert Muchanga, commissaire de l’Union africaine ; Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement ; Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente, et Kevin Urama, économiste en chef et vice-président du Groupe de la Banque africaine de développement. |Photo : Département de la communication et des relations extérieures de la BAD
Le Groupe de la Banque africaine de développement a publié la semaine dernière «Performance et perspectives macroéconomiques de l’Afrique», une publication semestrielle qui paraît au premier et au quatrième trimestre de chaque année. Particulièrement attendue par les décideurs politiques, les investisseurs internationaux, les chercheurs et autres partenaires du développement, ce rapport offre une évaluation actualisée et fondée sur des données probantes des performances macroéconomiques récentes et des perspectives à court et à moyen terme du continent dans le contexte de l’évolution dynamique de l’économie mondiale. On y apprend que malgré une croissance en baisse, la RDC reste malgré tout l’économie la plus compétitive de l’Afrique centrale.
Dirigé par le nigérian Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement, l’événement, qui a eu lieu au siège de la BAD à Abidjan en Côte d’Ivoire, a connu la participation de nombreuses personnalités du monde politique, de la finance, du secteur économique et du milieu de la recherche scientifique. On peut citer, notamment, Jeffrey Sachs, du Centre pour le développement durable de l’université Columbia à New York ; Albert Muchanga, commissaire de l’Union africaine ; Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente du Groupe de la BAD, et Kevin Urama, économiste en chef et vice-président du Groupe de la Banque africaine de développement.
Introduisant la publication du Rapport, M. Adesina a déclaré que l’Afrique comptera, en 2024, onze des vingt pays ayant la croissance économique la plus forte au monde. En effet, poursuit-il, la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel du continent devrait s’établir en moyenne à 3,8 % cette année et 4,2 % en 2025. Ces chiffres sont supérieurs aux moyennes mondiales estimées à 2,9 % et 3,2 %, selon le rapport. L’Afrique devrait rester la deuxième région connaissant la croissance la plus forte après l’Asie.
Stimuler davantage la croissance
Les onze premiers pays africains, qui devraient connaître de solides performances économiques en 2024, sont le Niger (11,2 %), le Sénégal (8,2 %), la Libye (7,9 %), le Rwanda (7,2 %), la Côte d’Ivoire (6,8 %), l’Éthiopie (6,7 %), le Bénin (6,4 %), Djibouti (6,2 %), la Tanzanie (6,1 %), le Togo (6 %), et l’Ouganda (6 %).
«Malgré un environnement économique mondial et régional difficile, quinze pays africains ont enregistré une croissance de leur production de plus de 5 %», a déclaré le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, appelant à des pools de financement plus importants et à plusieurs interventions politiques pour stimuler davantage la croissance du continent.
Une croissance dont l’élan a ralenti dans un contexte d’incertitude croissante quant à la santé de l’économie mondiale. Les chocs qui ont frappé les économies africaines depuis 2020 ont nui à la croissance, avec des conséquences à long terme. La fragmentation géoéconomique, évidente dans la réponse mondiale aux effets de la pandémie de Covid-19, a été exacerbée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et pourrait être amplifiée par l’éclatement récent du conflit au Moyen-Orient», écrivent les experts du Groupe de la BAD.
À ces facteurs s’ajoutent d’autres perturbations intérieures et extérieures, notamment des poches d’instabilité politique sur le continent, une faible demande d’exportation due à la tiédeur de la croissance mondiale, le ralentissement de l’économie chinoise, le resserrement de la politique monétaire des grandes économies et le coût plus élevé des emprunts qui en découle. «La croissance du produit intérieur brut (PIB) réel moyen de l’Afrique est tombée à 3,2 % en 2023, selon les estimations, contre 4,1 % en 2022, en grande partie à cause de chocs multiples. Malgré la baisse de la croissance moyenne en 2023, 15 pays africains – menés par l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, Maurice et le Rwanda – ont affiché des augmentations de production de plus de 5 %. La forte croissance de ces pays reflète l’impact positif d’un rebond des dépenses d’investissement», lit-on dans le rapport.
Croissance rapide
Cependant, malgré le ralentissement de la croissance en 2023, les économies du continent restent résilientes, la croissance devant atteindre 3,8 % en 2024. Ce taux de croissance, généralisé dans tous les secteurs, sera élevé dans 41 pays africains, et même supérieur de plus d’un point de pourcentage à celui de 2023 dans 13 d’entre eux. Malgré des performances sobres en 2023 et avec une expansion prévue en 2024, l’Afrique reste la deuxième région ayant la croissance la plus rapide, après l’Asie, dépassant les 3 % de la moyenne mondiale en 2023, et le continent devrait compter 11 des 20 économies affichant la croissance la plus rapide au monde en 2024. De même, le ralentissement de la croissance moyenne en 2023 et les projections de croissance pour 2024 masquent des variations considérables d’une région à l’autre. Leur dispersion reflète en grande partie les différences de politique intérieure, notamment le découplage des économies de la dépendance à l’égard des produits de base, le renouvellement des investissements stratégiques dans les secteurs de croissance clés, et la promotion de la consommation privée, ainsi que des facteurs externes tels qu’une reprise éventuelle sur les principaux marchés d’exportation.
Concernant le continent, le rapport indique la croissance en Afrique centrale devrait se modérer, passant de 3,8 % en 2023 à 3,5 % en 2024, avant de remonter à 4,1 % en 2025. Malgré donc cette modération de la croissance, qui devrait passer de 6,2 % en 2023 à 4,7 % en 2024, avant de monter à 5,3 % en 2025, la République démocratique du Congo restera le pays le plus performant de la région. «La modération de la croissance prévue en 2024 peut être attribuée à l’intensification des conflits armés dans la région est du pays ainsi qu’au ralentissement prévu de la croissance en Chine, une destination majeure des exportations de minerais de la RDC. L’amélioration des perspectives de croissance du pays en 2025 reflète la reprise de la consommation privée et les solides performances du secteur extractif, soutenues par l’augmentation des investissements miniers et des exportations», soutient le rapport.
Améliorer la capacité des économies africaines
Le groupe de la BAD émet plusieurs recommandations afin d’améliorer la capacité des économies africaines à résister aux chocs et à renforcer les amortisseurs pour accélérer la réduction de la pauvreté. Pour lever les obstacles à la transformation structurelle nécessaire à une croissance économique plus rapide et durable, il faudra donc mettre en œuvre un ensemble de politiques à court, moyen et long terme.
Ainsi, il s’agira, à court terme, de s’attaquer à l’inflation persistante ; appliquer une politique monétaire appropriée consistant à trouver un juste équilibre entre la poursuite du resserrement de la politique monétaire et le lancement d’une politique d’assouplissement dans les pays où une baisse substantielle de l’inflation est prévue ; utiliser la politique monétaire pour limiter la transmission des pressions sur les taux de change ; et s’attaquer au fardeau de la dette à l’aide de réformes de la gouvernance pour renforcer la capacité de gestion de la dette
A moyen et long terme, il s’agira d’accroître la mobilisation des ressources nationales pour accélérer l’assainissement budgétaire et la transformation structurelle de l’Afrique ; d’adopter une approche politique à plusieurs volets pour stimuler la transformation structurelle de l’Afrique et renforcer sa résistance aux chocs ; et de réformer l’architecture actuelle de l’aide financière mondiale pour l’adapter aux besoins de financement des pays africains.
Belhar MBUYI







