La question mérite bien d’être posée. Etablissement public sous tutelle du ministère du Plan, l’Institut national de la statistique, INS en sigle, a pour mission de «rassembler et analyser, principalement pour le compte du gouvernement, les informations statistiques nécessaires pour sa politique démographique, économique et sociale, afin de s’adapter aux mutations rapides de l’environnement économique et de la société congolaise». Mais en réalité, l’INS n’est que l’ombre de lui-même, réduit à n’être qu’une structure fantomatique qui ne produit, pour ainsi dire, rien du tout.
Alors que les équivalents à travers le monde mettent à la disposition de leurs gouvernements respectifs et du public en général des données économiques et démographiques régulièrement renouvelées, l’INS affiche un portail quasi vide. Au point que visiter son site web revient à se mettre inutilement sur les nerfs car tout y est pour vous énerver.
D’abord, sur la page d’accueil, il n’y a aucune information nouvelle, que ce soit sur l’actualité de la structure ou sur une quelconque publication. Juste un rappel des missions et objectifs de l’INS. Dans la fenêtre ‘‘publications’’, la plus importante pour l’établissement, en première page figurent trois documents sous la rubrique ‘‘documents récents’’ – pour récents, c’en est vraiment : l’enquête 1-2-3 qui date de 2012 ; l’enquête EDS (démographie et santé) de 2007 ; et l’enquête MICS2 de 2010. Et après ? Rien !
Dans l’autre rubrique importante de l’INS, celle relative aux statistiques, la page est introduite par cette belle phrase : «les informations proposées dans cette rubrique sont classées par thème et par sous-thème. Au sein de chaque thème, il est possible d’affiner l’affichage des documents selon le type de produit et le niveau géographique». Et, en tout et pour tout comme publications statistiques, il n’y a que deux pauvres graphiques, respectivement sur PIB pcr et les réserves internationales brutes, qui datent tous deux … de 2010, donc d’il y a 14 ans !
Rôle crucial
Lorsqu’on compare avec la structure correspondante d’un pays africain comme le Sénégal, on se rend compte que c’est un vrai régal de visiter le portail de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, ANSD. Ici, les informations sont produites à profusion et présentées de manière efficientes au public. La rubrique ‘‘Economie’’ regroupe les données produites par l’ANSD relatives à plusieurs rubriques. Il y a d’abord la croissance économique : PIB annuel et trimestriel, Tableaux des comptes économiques intégrés (TCEI), Tableau des ressources et des emplois (TRE), Matrice de comptabilité sociale (MCS), autres rapports et tableaux statistiques sur les comptes nationaux.
Ensuite, il y a les prix, constitués d’un ensemble d’indices, dont prix à la production industrielle, prix à la consommation, coût de la construction, prix des matériaux de construction, prix de production des services. Viennent par la suite les échanges extérieurs : statistiques du commerce extérieur, indice des prix du commerce extérieur, autres rapports sur le commerce extérieur. Et enfin, les statistiques d’entreprises : données économiques et financières, production industrielle, prix de production des services, enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail, indices du chiffre d’affaires dans les services et dans l’industrie, autres rapports d’enquêtes et d’études sur les entreprises dont les résultats du recensement général des entreprises (RGE).
Il y a également d’autres données portant sur la démographie, la société, la situation économique et sociale, et autres statistiques. La plupart des documents produits par l’ANSD sont également disponibles en dur pour ceux qui souhaitent les garder sous cette forme.
Tout bien considéré, les statistiques jouent un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement mondial. Leur utilisation lors des phases de conception mais aussi de mise en œuvre des cadres d’action politique des pays témoigne de leur importance. Les statistiques permettent également de mesurer les progrès accomplis dans l’implémentation des politiques publiques. Fonctionner sans de bonnes statistiques revient à avancer dans l’obscurité sans la moindre boussole. Au gouvernement congolais de prendre les dispositions idoines afin de relancer l’INS, le moderniser, et le mettre à niveau pour accomplir ses missions avec plus de compétences et d’efficacités. Il y va de l’intérêt du gouvernement lui-même.
Mbuta MAKIESSE







