Dans le bâtiment ocre-orange de l’avenue de l’Ouganda, dans le quartier administratif de la Gombe, dans le voisinage direct de la résidence de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila, Guylain Nyembo attend les chiffres de l’activité économique du pays en ce mi-août. L’ancien directeur de cabinet du président Tshisekedi a été nommé vice-Premier ministre et ministre du Plan. A charge pour lui, désormais, de planifier et programmer la politique de développement économique et social du pays, et de piloter les travaux macroéconomiques dans le cadre du plan de développement. Et lorsque le dernier condensé d’informations statistiques lui est présenté, l’homme, connu pour être stoïque, a failli se mordre la lèvre. Les chiffres sont, en effet, désastreux. Et c’est peu de le dire.
A fin juillet, en effet, toute la production est en net recul, et, à une exception près, est très loin du niveau de juin 2023. La production minière d’abord, pilier de l’économie congolaise depuis des décennies. La production du cuivre se chiffre à 1 289 101 tonnes, alors qu’elle était de 1 578 204 tonnes fin juin de l’année dernière, soit une baisse de 18,32%.
La belle exception demeure le cobalt, avec une production de 84 631 tonnes, contre 52 954 tonnes à fin-juin 2023, soit un niveau de production en progression à 159% par rapport à l’année dernière. Passée la particularité du métal bleu, tout le reste est en pleine déconfiture. En baisse constante depuis plusieurs années – avec 16 079 tonnes en 2021, 12 309 en 2022 – la production de zinc continue sa chute, et s’établit à 1 740 tonnes à fin juillet, soit une baisse de 76,82%. Même chose pour le diamant qui poursuit inexorablement sa chute de manière vertigineuse : de 14 088 000 carats en 2022, la production se chiffre désormais à seulement 2 216 000 carats, contre 4 356 000 carats à la période correspondante de 2023, soit une baisse de 49,13%.
Industrie grippée
Quant au pétrole brut, qui fait du producteur Perenco la première entreprise pourvoyeuse des recettes au budget de l’Etat – 624,1 milliards de francs, soit 248 millions de dollars américains au budget 2024 –, il n’est qu’à 2 192 000 barils, contre 5 115 000 en juin 2023, soit une baisse de 57,15%. Le tableau est pire encore pour le ciment brut, moteur de la construction : à fin-juillet 2024, la production atteint à peine 554 tonnes, contre 1 369 tonnes fin-juin 2023, soit une baisse de 59,43%.
Dans le secteur énergétique, les données ne sont guère brillantes. La production de l’eau potable est de seulement 80 592 000 de mètres cubes, contre 200 898 000 de mètres l’année dernière (-59,88%), et celle du courant électrique de 3 360 000 de mégawatts contre 7 867 000 mégawatts à la période correspondante de l’année dernière (-57,29%).
Le secteur agricole enregistre la même chute de la production des produits d’exportation. C’est le cas pour le café (-60,19%), le cacao (-23,5%), le caoutchouc (-50,77%), l’huile de palme (-57,12%), et l’huile palmiste (-57,15%). La contreperformance est pire encore pour les produits de l’exploitation forestière, avec le bois grume à -78,49%, et le bois scié à -57,14%.
De même, l’industrie est grippée. La production de farine de froment se fixe à 53 681 tonnes contre 127 283 tonnes en juin 2023 (-57,83%), les boissons alcoolisées sont à 1 520 000 hectolitres, contre 3 644 000 hectolitres (-58,29%), et les boissons gazeuses à 677 000 hectolitres contre 1 572 000 hectolitres en cumul juin 2023 (-56,99%).
Quadrature du cercle
Par voie de conséquence, la manutention s’en ressent : les chargements et déchargements dans les différents ports du pays sont à 470 000 tonnes métriques, contre 1 111 000 tonnes métriques en juin 2023, soit une baisse de 57,7%.
L’économie congolaise se trouve donc en pleine dépression, et les risques encourus sont énormes. «Avec une pareille dépression, la contraction de l’activité économique va certainement avoir une incidence sur les recettes budgétaires et, sans doute aussi – ce qui est à craindre – sur le taux de croissance. Ce qui risque de précipiter le pays dans une récession aux graves conséquences», prévient un banquier de la place contacté par nos soins. Effectivement, les recettes budgétaires à fin juillet ne dépassent guère les 30% des assignations annuelles de la loi de finance 2024.
Dans ces conditions, les mesures annoncées par le VPM en charge de l’Economie, Mukoko Samba, afin d’atténuer la vie chère mais en réduisant ou en supprimant certaines taxes douanières, vont avoir un effet dévastateur sur les recettes de l’Etat, car elles vont provoquer la baisse des recettes douanières. Mais comment baisser le coût de la vie devenue intenable, tout en maximisant les recettes financières de l’Etat ? Le gouvernement se retrouve engagé dans une quadrature du siècle insoluble.
Pour l’heure, Guylain Nyembo est à l’heure du constat. Le VPM semble sonné par l’ampleur des dégâts, et essaie d’étudier profondément la situation pour édicter des mesures d’urgence qui s’imposent.
Aristote KAJIBWAMI







