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Scandale : comme un enfant, le ministre Nzangi se fait piéger par Boketshu, sème la haine, accuse l’Union européenne et outrage les FARDC

Une vidéo de Boketshu wa Yambo fait tabac sur les réseaux sociaux. On y voit ce dernier, accompagné d’un de ses proches, présentant une émission lorsque, subitement, le célèbre militant anti-système appelle et met l’appel en mode mains libres. Boketshu désigne son interlocuteur du nom de Muhindo Nzangi, et lui demande pourquoi la situation de l’est du pays est si compliquée alors que des fils de cette partie du pays comme lui, Julien Paluku et Mbusa Nyamuisi sont au pouvoir. L’homme sourit, et s’enquiert qu’il ne passe pas en direct, avant de se lancer dans des explications, pendant que Boketshu l’enregistre et le fait, justement, passer en direct. La voix ressemble bien à celle du ministre d’Etat et ministre du Développement rural. Nous l’avons contacté et lui avons demandé de confirmer ou de démentir qu’il s’agit de lui, mais il n’a pas donné suite.

En tout cas, on reconnaît bien le bouillant élu de Butembo au Nord Kivu, dans ses envolées et diatribes habituelles. «La situation est très, très compliquée ici. Donc Kagame avait infiltré notre armée avant le départ de Kabila, il avait tout préparé pour qu’après le départ de Kabila, il puisse réaliser l’annexion des territoires de Rutshuru, Masisi, Kalehe et Walikale. Il devrait les annexer directement au Rwanda. Comme il avait ses militaires rwandais au sein des FARDC, à tous les niveaux de commandement des FARDC, ils étaient bien positionnés au niveau de l’Est pour que, lorsque la guerre va commencer, qu’ils prennent cette partie pour en faire un territoire du Rwanda», déclare-t-il au téléphone.

Et de poursuivre : «Dans ce projet il a un grand appui, celui de l’Union européenne, la France et la Grande Bretagne sont les têtes de peloton qui sont d’accord avec ce projet. Tu sais, les minerais stratégiques dits trois T, Coltan, Cassiterite, Wolframite, leur grande concentration se trouve dans cette partie : Walikale, Masisi, et Kalehe. Tu vois, quand le président est arrivé au pouvoir, avec ce qui s’est passé, ils avaient pensé que cette fois-ci ils avaient un boulevard pour prendre tout ce dont ils avaient besoin. Quand le président s’est retourné contre eux, ils ont activé le plan B, celui de la guerre, dans la précipitation».

Et d’enchaîner : «Malheureusement, dans ce temps-là, nous n’avons pas encore les capacités d’organiser l’armée… à l’intérieur de l’armée… Quand nous sommes entrés au gouvernement, après le départ de Kanambe, de Kabila, c’est moi qui ai donné l’idée d’intégrer les patriotes Wazalendo dans la guerre. Alors, nous avons piloté ce projet et c’est ce qui a permis la résistance aujourd’hui. Mais ceux qui sont l’armée, vraiment, sur le plan nombre, nous avons la supériorité numérique, le président a acheté beaucoup de matériel, et nous avons la supériorité matérielle. Mais sur le plan du commandement, c’est là que c’est terrible».

Et d’ajouter : «Quand tu m’as appelé grand-frère, je suis en route vers Butembo, je suis allé pleurer auprès du président pour qu’il change le commandement de ce côté».

A ce moment, Boketshu intervient pour imputer la responsabilité au président de la République, pour avoir «déclaré que les Banyamulenge sont nos frères, alors que nous n’avons pas de tribu Tutsi». Réaction de Nzangi Muhindo : «ces histoires-là sont déjà passées, il avait dit ça dans un contexte …» Sur quoi Boketshu l’interrompt encore en disant que le chef de l’Etat congolais avait réaffirmé cela récemment sur la RTNC, face au journaliste Marius Muhunga. Fin de la vidéo.

Un ministre d’Etat en fonction prend ainsi le risque de mépriser, auprès d’un opposant violent et virulent, le sacrifice que consentent de nombreux militaires et leurs officiers sur différents fronts pour sauvegarder l’intégrité du territoire et l’unité du pays. Il livre les commandants des Forces armées qui risquent leur vie chaque jour sous le feu ennemi – certains sont tombés sur le champ d’honneur – à la vindicte populaire. Pourquoi livrer ce genre d’informations à un homme connu pour sa virulence contre le pouvoir en place ? Pour lui donner de la matière afin de dénigrer et d’attaquer le régime dans ses émissions ?

Sur les réseaux sociaux, la vidéo suscite des commentaires acerbes. «Comment un ministre peut-il se faire avoir comme un amateur comme ça ?», s’interroge une commentatrice, qui demande s’il ignorait que Boketshu est l’un des piliers de l’opposition violente à leur régime en Europe. «Ce n’est pas possible de voir un ministre dire de telles absurdités contre les Forces armées de son propre pays ! Il devrait être interpellé», s’insurge un autre. «Infiltrés ? Ce discours manipulateur fourre-tout ! Personne ne nous a jamais cité un seul cas d’un officier rwandais qui était infiltré dans les FARDC et qu’on a exclu de l’armée pour le renvoyer au Rwanda», dit un autre encore.

Dans tous les cas, on retrouve le discours habituel de Muhindo Nzangi, calqué sur celui de feu Honoré Ngbanda selon lequel il n’existe pas de groupe ethnique Tutsi en RDC, et que tous ceux qui ainsi se désignent ne seraient que des infiltrés au service du Rwanda pour détruire le Congo de l’intérieur. Un discours extrêmement dangereux qui a fait monter la haine anti-Tutsi dans le pays à des niveaux extrêmes, et complique la coexistence pacifique dans l’est du Congo.

Sur ce plan, Muhindo est égal à lui-même. En septembre et octobre 2020, alors député national, il avait interpellé le ministre de la Décentralisation de l’époque, Azarias Ruberwa, issu de la communauté Banyamulenge. Il avait dénoncé la création de la commune de Minembwe, crié haut et fort qu’il n’existait pas d’ethnie Banyamulenge en RDC, et qu’affirmer le contraire constituait un ‘‘égarement historique’’. Muhindo Nzangi est ministre d’Etat en charge du Développement rural. Il a parmi ses collègues de même rang au sein du gouvernement, Alexis Gisaro, ministre d’Etat et ministre des Infrastructures, membre de la communauté Banyamulenge. Nul ne sait s’il le considère comme un compatriote aux côtés de qui il se bat pour le bien du pays, ou comme un infiltré rwandais qui serait en train de saboter le Congo de l’intérieur.

Mbuta MAKIESSE