PAR BELHAR MBUYI
Dans une ordonnance présidentielle lue dans la soirée ce mercredi 7 mai par la porte-parole de la présidence de la République, Jules Alingete Key est remplacé à la tête de l’inspection générale des finances, IGF, par Christophe Bitasimwa Bahii. Il s’agit clairement d’une révocation qui a été maquillée en mise à la retraite car, pour une personne qui n’a pas encore atteint 65 ans – il en a 62 – et qui a déjà atteint ou dépassé le total de 180 mois de cotisations sociales, soit 15 ans – ce qui est effectivement le cas de Jules Alingete – il faudrait cependant que la demande de retraite émane du concerné lui-même. Qui peut sérieusement croire que l’ambitieux et désormais ex-IGF chef de service a gentiment sollicité sa mise en retraite ?
Cela étant, venons-en à l’essentiel. Quel est le bilan de Jules Alingete Key en matière de lutte contre la corruption en cinq ans passés à la tête de l’inspection générale des finances ?
Invité de l’émission ‘‘Fauteuil blanc’’ sur Télé 50 en février dernier, l’homme s’est livré à un plaidoyer pro domo qui a laissé tous les spécialistes des questions économiques pantois. Il a déclaré d’abord : «Si vous regardez les statistiques des finances publiques en 2019 et 2020, vous comprendrez d’où nous venons. À cette époque, la corruption était profondément ancrée dans l’ADN des gestionnaires. Être nommé à un poste était souvent perçu comme une occasion de s’enrichir. Aujourd’hui, grâce aux efforts entrepris, ce taux est passé de 80% à environ 50 %».
De quel ‘‘taux’’ parle-t-il, qui serait passé de 80 à 50% ? Calculé par quelle institution, structure ou service ? Nul ne sait.
Et ensuite – et c’est le plus important : «L’ONG qui publie l’Indice de perception de la corruption (IPC) a classé la RDC parmi les pays ayant le plus progressé. En cinq ans, nous avons gagné environ 15 places au classement de Transparency International. Cela prouve que des efforts considérables ont été fournis».
Effectivement, le seul outil pour juger de l’évolution de la corruption dans un pays demeure, à l’échelle internationale, l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transperency International. Tout le reste, c’est du verbiage. Et ça, Jules Alingete le sait. Cependant, les propos qu’il a tenus sur Télé 50 reflètent-ils la vérité ? NON ! Ils sont totalement faux et constituent un mensonge éhonté. En effet, à la page 10 du rapport de Transperency international 2024 publié en février dernier, les pays qui sont présentés comme ayant le plus progressé, sont dans l’ordre : Bahreïn, Côte d’ivoire, Moldavie, République dominicaine, Bhutan et Estonie. La RDC n’a été cité nulle part. C’est le premier mensonge. Ça c’est d’un.
De deux : lors de la prise de fonction du président Félix Tshisekedi en janvier 2019, la RDC était classée 168ème sur 180 pays pour l’indice de perception de la corruption (ICP), avec un indice de 18 sur 100. Elle était donc l’un des pays les plus corrompus du monde. En 2021, année de la nomination de Jules Alinegete Key à la tête de l’inspection générale des Finances, la RDC était classée 169ème sur 180 pays, avec un ICP de 19 sur 100. Soit un gain d’un seul point en deux ans. Le pays était toujours l’un des pays les plus corrompus au monde.
Et quel est le bilan de cinq ans de Jules Alingete ? Dans le dernier classement de Transparency International, la RDC est classée à la 163ème place sur 180 pays. Par rapport à 2021, elle gagne non pas 15 places comme l’affirme le désormais ex-IGF-Chef de service, mais plutôt 6. C’est le deuxième mensonge, une volonté de se faire valoir par des faussetés qui a été sa marque de fabrique tout au long de son mandat.
Ensuite, le gain de ces 6 places ne s’explique pas par un bond qualitatif de la RDC en matière de lutte contre la corruption. En effet, il s’agit plutôt du recul de plusieurs pays comme le Tadjikistan, le Burundi, Haïti, Birmanie, Soudan, Nicaragua, Soudan du Sud et Erythrée que d’une remontée de la RDC dont le score reste pratiquement le même, car l’ICP du pays est resté quasiment le même, passant seulement de 19 à 20 sur 100, soit un seul point en 5 ans. C’est comme un élève qui, au premier trimestre, est classé 36ème de la classe avec 19%, et qui se vanterait du fait qu’au deuxième trimestre, il est classé 30ème de la classe – un gain de 6 places – mais avec 20% ! Le pays demeure donc parmi les plus corrompus au monde avec un IPC catastrophique stable avant comme sous Jules Alingete.
Il existe, pourtant, des pays dont les efforts dans la lutte contre la corruption sont notables et visibles pour tous. Exemple de la Côte d’Ivoire. Aux mêmes périodes sous examen, le pays d’Alassane Ouattara a sensiblement amélioré sa gouvernance. En 2021, la Côte d’ivoire était classée 105ème sur 180 pays, avec un ICP de 36 sur 100. Quatre ans plus tard, ce pays se trouve à la 69ème place, soit un gain de 36 places, avec un ICP de 45 sur 100, soit une hausse de 9 points. Voilà des chiffres hautement significatifs.
Voilà le bilan de Jules Alingete Key en matière de lutte contre la corruption. Du verbiage pour un résultat nul, voilà comment peut se résumer le mandat de Jules Alingete Key à la tête de l’inspection générale des Finances. Le tout empreint de sorties médiatiques fracassantes pour amuser la galerie et entretenir sa popularité par le populisme. Sa seule réussite aura été de se rendre populaire par ses éternelles dénonciations-condamnations contre certains mandataires qui, bien souvent au final, ne donnent rien de concret.





