Nicolas Kazadi Kadima restera certes dans l’histoire comme le seul ministre des Finances qui a réussi l’incroyable prouesse de multiplier le budget de l’Etat par quatre en seulement quatre ans. Mais pas que ça : il sera aussi connu comme l’homme qui a légué au pays un puissant outil de modernisation de la gouvernance financière : la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP). Il aura fallu un ministre clairvoyant, novateur, moderniste et au fait des pratiques en cours sur le plan international de par son expérience pour la mettre en place. Economiste formé notamment à Paris Panthéon Sorbonne, et diplômé de la prestigieuse Ecole nationale d’administration française – là d’où sont sortis les présidents français Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron –, ancien cadre de la Banque centrale du Congo, de la Banque africaine de développement – où il a été directeur exécutif représentant la RDC, le Cameroun, le Burundi, le Congo et la République centrafricaine – et du PNUD – où il a été durant 15 ans conseiller économique et responsable des unités des stratégies et politiques pour la Guinée, de la Côte d’Ivoire, Madagascar, et le Togo, Nicolas Kazadi est un technocrate qui maîtrise son sujet. Dans une RDC désormais encline à la diabolisation pour des raisons politiciennes, même les grand-œuvres sont foulés aux pieds avec une candeur impitoyable.
Dans la gestion moderne des finances publiques, la DGTCP joue un rôle clé dans de nombreux pays à travers le monde. Sa nécessité réside dans sa fonction cruciale de gestion des finances publiques, de la trésorerie, de la comptabilité et de la dette publique. Elle assure l’efficacité de ces domaines, la transparence financière et la sauvegarde des intérêts de l’État sur plusieurs plans. Ainsi, en matière de gestion de trésorerie, la DGTCP gère les flux de trésorerie de l’État, assurant l’équilibre des ressources et des charges. Sur le plan de la comptabilité publique, elle élabore et applique les règles de comptabilité publique, garantissant la transparence et la fiabilité des comptes publics.
En ce qui concerne la politique financière, la DGTCP met en œuvre la politique financière de l’État, en proposant et en exécutant des mesures pour optimiser les finances publiques, et assure le contrôle et la surveillance des opérations financières, veillant au respect des règles et des instructions. Bref, la DGTCP contribue à la modernisation de la comptabilité publique, en alignant les pratiques sur les normes internationales. C’est donc un outil essentiel pour la gestion efficace des finances publiques, la transparence, et la sauvegarde des intérêts de l’État.
Pas d’empiètement avec les attributions du ministère du Budget
Plusieurs pays en ont compris la nécessité et l’ont mise en place au sein de leurs administrations financières respectives. C’est le cas de la Côte d’ivoire, pays dirigé par Alassane Ouattara, un économiste de renom, qui l’a créée en 2016. du Sénégal en …, du Burkina Faso en …, du Niger en …, du Togo en …. Même au de-là de l’Afrique.
Malheureusement, en RDC où est tout est sujet à critique, l’on a entendu des jugements négatifs à faire tomber à la renverse, selon lesquels la DGTCP empiéterait sur les attributions du ministère du Budget. Il n’en est rien : bien que placée sous l’autorité du ministère des Finances, la DGTCP a pour mission d’assister le ministre des Finances dans l’exécution du budget de l’État et la gestion des finances publiques. Le ministère du Budget, quant à lui, est responsable de l’élaboration, du suivi et du contrôle de l’exécution du budget de l’État.
D’ailleurs, les partenaires financiers internationaux avaient salué l’initiative de Nicolas Kazadi, alors ministre des Finances, et avaient décidé d’inclure la mise en place de la DGTCP parmi les réformes budgétaires et financières que le FMI encourage pour la RDC. Depuis lors, le FMI n’a eu de cesse d’exiger la mise en œuvre de la DGTCP et d’autres réformes pour améliorer la gestion publique des finances en RDC.
Plus précisément, le FMI, en collaboration avec la RDC, a défini des priorités de réforme qui incluent la mise en place de la DGTCP, la mise en place du Compte Unique du Trésor (CUT), et la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses. Ces réformes visent à renforcer la transparence, la gestion et l’efficacité des finances publiques.
Rôle crucial
La DGTCP, une fois opérationnelle, sera chargée de la mise en œuvre de la politique budgétaire, de la définition de la politique financière de l’État, de la réglementation et de la centralisation de la comptabilité, ainsi que de la gestion des flux financiers. Elle va jouer un rôle crucial dans la gestion des recettes, des dépenses et du patrimoine de l’État. Elle réduira sensiblement les risques de détournements des fonds de l’Etat.
Il est donc renversant de voir que, pour des raisons de luttes politiciennes contre M. Nicolas Kazadi, certains en viennent à critiquer la création de la DGTCP en la présentant comme un service inutile. En 2025, ne pas comprendre l’importance de cette direction qui a permis à de nombreux pays d’optimaliser la gestion de leurs finances publiques est franchement surprenant.
Mathilde KAN MUBANGU, Analyste financière







