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Adolphe Muzito, le retour du technocrate de talent au Budget face à de lourds défis

Opposant de longue date et leader du parti Nouvel Élan, Adolphe Muzito s’impose comme l’une des figures marquantes du nouveau gouvernement congolais. L’ancien Premier ministre, qui avait déjà dirigé le ministère du Budget entre 2007 et 2008 avant de prendre la Primature, retrouve un portefeuille qu’il connaît sur le bout des doigts.

Économiste rigoureux, formé à l’Université de Kinshasa et ancien inspecteur des finances, il reste celui qui, en juillet 2010, avait conduit la RDC jusqu’au point d’achèvement avec les institutions de Bretton Woods, ouvrant la voie à l’annulation de 90% de la dette extérieure. Son retour intervient alors que l’économie congolaise connaît une relative stabilité, mais reste confrontée à d’importants défis, notamment en matière de gouvernance et de crédibilité des prévisions budgétaires.

Une économie résiliente mais en léger ralentissement

Selon la Note de conjoncture de la Banque centrale du Congo (BCC) du 18 juillet, la croissance reste positive au milieu de l’année 2025, soutenue par un secteur minier dynamique, malgré un environnement international tendu et des tensions sociales internes.

Le taux de croissance attendu est de 5,3 % pour 2025, contre 6,5 % en 2024. Ce ralentissement s’explique principalement par les incertitudes mondiales, mais la performance des industries extractives continue de tirer le PIB vers le haut.

L’inflation demeure sous contrôle : 0,13 % en variation hebdomadaire à la troisième semaine de juillet (contre 0,14 % la semaine précédente), 4,64 % en cumul annuel contre 8,32 % sur la même période en 2024, et 7,89 % en glissement annuel contre 15,26 % un an plus tôt. La baisse des prix des produits alimentaires, du logement et de certains services explique cette tendance favorable.

Le taux de change reste relativement stable : 2 876,52 CDF pour 1 USD sur le marché officiel et 2 890,63 CDF sur le marché parallèle au 18 juillet. La dépréciation depuis janvier est limitée à 1,08 % sur le marché officiel et 0,82 % sur le marché parallèle.

Un contexte mondial plus protectionniste

La conjoncture internationale complique néanmoins la donne. Le 12 juillet, les États-Unis ont relevé leurs droits de douane contre le Japon, la Corée du Sud et plusieurs pays des BRICS, alimentant un climat protectionniste qui pèse sur le commerce mondial, en particulier pour les exportateurs de matières premières comme la RDC.

Un ministère du Budget à professionnaliser

L’une des priorités d’Adolphe Muzito sera de restaurer le professionnalisme au sein du ministère du Budget, sérieusement entamé sous son prédécesseur Aimé Boji. Le projet de budget 2025 avait été entaché d’erreurs grossières :

  • Erreur d’augmentation des investissements : annoncé comme en hausse de 18,2 %, le poste “Équipements et constructions” passe de 17 899,2 milliards CDF en 2024 à 21 964,7 milliards CDF en 2025, soit +22,71 %, et non 18,2 %.
  • Erreur sur le poids des investissements : la Première ministre a affirmé que ce poste représentait 48,4 % du budget 2025, alors que la proportion réelle est de 44,06 %, donc inférieure aux 44,24 % de 2024.
  • Contradiction logique : un accroissement de seulement 18,2 % ne peut pas faire passer un poste de 15,1 % du budget à 48,4 %, sauf si le budget global baissait fortement — ce qui n’est pas le cas, puisqu’il est passé de 49 846,8 milliards CDF (environ 18 milliards USD), soit +21,6 % par rapport à 2024.

Ces approximations ont sapé la crédibilité du gouvernement auprès de l’opinion et des partenaires internationaux.

Des failles de gouvernance persistantes

Le rapport 2023 de la Cour des comptes pointe également des manquements graves, dont un usage abusif de la procédure d’urgence : 51,20 % des dépenses du budget général, soit 15 132,85 milliards CDF, exécutées sans respecter la chaîne de la dépense ; le remboursements irréguliers de la dette intérieure : plus de 778 milliards CDF payés par procédure d’urgence et 451 milliards CDF non certifiés ; les discordances chiffrées : un écart de 266,54 milliards USD entre l’encours de la dette calculé par la Cour et celui déclaré par la DGDP ; les dépassements budgétaires : plus de 15 467 milliards CDF au-delà des crédits votés ; la sous-consommation : plus de 16 261 milliards CDF de crédits non utilisés ; et les dépenses imprévues : 5 036 milliards CDF engagés sans inscription au budget.

Ces anomalies traduisent un manque d’orthodoxie budgétaire et une gouvernance défaillante, que Muzito devra impérativement corriger.

Un rôle clé pour le second mandat de Tshisekedi

Homme de terrain, économiste à la fibre social-démocrate, célèbre pour la publication de ses tribunes par lesquelles il lance des réflexions sur l’amélioration de la gouvernance politique, économique et sociale de la RDC, Adolphe Muzito revient avec la réputation d’un gestionnaire rigoureux. Sa mission est double : assainir la gouvernance budgétaire et restaurer la crédibilité des prévisions de l’État. Sa réussite pourrait peser lourd dans le bilan du deuxième mandat du président Félix Tshisekedi.

Belhar MBUYI