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L’opposition ivoirienne en mode raz-de-marée populaire, pendant que l’opposition congolaise nage en plein naufrage politique

Mobilisation record de l’opposition ivoirienne à Yopougon le 9 août 2025 (à g.), et des opposants congolais (à d.)Photo : Droits tiers

Le 9 août 2025, Yopougon, plus grand quartier populaire d’Abidjan, a été le théâtre d’une mobilisation massive contre le quatrième mandat d’Alassane Ouattara, jugé anticonstitutionnel par ses détracteurs. À l’appel d’une large frange de l’opposition, des milliers de manifestants ont aussi dénoncé la radiation de quatre figures politiques majeures : Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé.

Cette démonstration de force, comparée par certains aux grandes marches d’octobre 2002, illustre la capacité de l’opposition ivoirienne à fédérer, cristallisant à la fois la colère sociale, le rejet de l’exclusion politique et la frustration face à l’absence de dialogue.

En RDC, une opposition absente du terrain

À l’inverse, l’opposition congolaise apparaît atone, incapable de se démarquer du discours officiel ou de proposer une alternative crédible face à la crise politique, économique et sécuritaire. Sur des sujets majeurs – examen d’État annulé puis rétabli au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, fermeture des agences bancaires en zone contrôlée par l’AFC/M23 qui préjudicient le peuple de ces provinces – ses principales demeurent silencieuses.

Martin Fayulu, qui revendique toujours la victoire à la présidentielle de 2018, se retrouve affaibli : aligné sur la rhétorique du président Félix Tshisekedi tout en le critiquant, il peine à mobiliser, même à Kinshasa où il se retrouve parfois désespérément seul lors des marches qu’il organise. Ses rares initiatives, le ralliement au président Tshisekedi avec qui il entend créer un camp dit de la patrie, suivi par un appel à un dialogue sous l’égide de la Cenco et de l’ECC, renforcent son image d’homme politique pitoyablement illisible.

Moïse Katumbi, chef d’Ensemble pour la République, est en exil en Europe. Son parti, privé de leadership fort, ne fait pas davantage entendre sa voix. Christian Mwando Nsimba, président du groupe parlementaire et ancien ministre du Budget et des Finances du Katanga, reste discret sur les grands dossiers économiques et sociaux. Résultat : les dénonciations des dérives de la gouvernance viennent désormais… du camp présidentiel. En effet, face à l’inexistence des opposants, ce sont les bonzes du régime qui jouent eux-même les deux rôles : pouvoir et opposition.

Une liste de scandales ignorés par l’opposition

De la gestion controversée du contrat Sicomines – avec 40 millions USD de jetons de présence pour les négociateurs – aux carrés miniers gérés dans l’opacité, en passant par la dégradation des routes à Kinshasa, les bouchons qui rendent la circulation infernale dans la capitale, les détournements massifs ou la crise du système éducatif, les sujets de contestation ne manquent pas. Pourtant, aucune voix forte de l’opposition ne s’élève.

Le PPRD et sa plateforme FCC, déjà affaiblis, sont invisibles politiquement. L’installation de Joseph Kabila dans une zone sous contrôle rebelle de l’AFC alimente l’incompréhension. L’opposition étant inexistante et ne pouvant de ce fait représenter une alternative crédible, une partie de la jeunesse se tourne vers un jeune au comportement espiègle issu des rangs kabilistes, Constant Mutamba, ex-ministre de la Justice et figure populiste controversée, malgré les accusations de détournement de 19 millions USD dans une affaire de prison fictive.

“Opposition ya pete”

Le président Félix Tshisekedi, qui connaît très bien le microcosme politique congolais, n’a certainement pas eu tort de qualifier, dans l’un de ses discours, l’opposition congolaise de “opposition ya pete” (opposition faiblarde) et de “opposition ya nzala” (opposition crève la faim). En effet, depuis que l’UDPS, le parti du chef de l’Etat, est au pouvoir, aucun parti de l’opposition n’arrive à mobiliser même un millier de personnes lors des manifestations “populaires” qu’ils organisent. L’UDPS est partie avec son opposition au pouvoir.

Un sursaut encore hypothétique

L’opposition congolaise prévoit une réunion stratégique à l’étranger pour préparer le dialogue national initié par la Cenco et l’ECC. L’Ecidé et Lamuka de Martin Fayulu n’y sont pas conviés. Reste à savoir si cette rencontre pourra sortir l’opposition de son coma politique et lui redonner une capacité à proposer un projet, mobiliser les foules et incarner une véritable alternative.

MULOPWE Wa Ku DEMBA