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Agression à Tirlemont : Pero Luwara a été sauvé par le maire et un député, un agresseur arrêté, la presse belge s’emballe

La Belgique est secouée depuis plusieurs jours par l’agression violente de Claude Pero Luwara, journaliste et opposant congolais réfugié dans le pays, pris pour cible à Tirlemont (Brabant flamand) le 27 août dernier. L’affaire fait la Une de la presse belge, tant francophone que néerlandophone, et suscite des interrogations sur la sécurité des réfugiés politiques sur le sol européen.

Une attaque ciblée et préméditée

Selon le récit du journaliste au quotidien néerlandophone libéral Het Laatste Nieuws (HLN), journal le plus populaire de Belgique, six hommes encagoulés l’ont violemment attaqué alors qu’il sortait de son véhicule, aux alentours de 19h30, devant son domicile. « Je venais de sortir de la voiture, je prenais des affaires dans le coffre, quand j’ai reçu un violent coup sur la tête. Je suis tombé. Ils étaient au moins six ou sept autour de moi. Les coups pleuvaient. J’ai vu un couteau », témoigne-t-il dans La Libre Belgique, un journal francophone d’orientation chrétienne-démocrate.

Mais pour Pero Luwara, cette agression n’avait rien d’un simple passage à tabac. « Ils ne sont pas venus pour me menacer, ils sont venus pour me tuer. C’était un commando », a-t-il affirmé à HLN. Depuis quelques années, il s’est imposé comme le critique le plus virulent du président congolais Félix Tshisekedi, qu’il attaque sans relâche dans ses interventions publiques et sur les réseaux sociaux, où il compte des centaines de milliers d’abonnés. Il est incontestablement la voix de l’opposition congolaise la plus forte.

“Et ces attaques ne sont pas non plus tombées du ciel : le régime du président congolais a offert une récompense de 4 millions de dollars à quiconque aiderait à son « arrestation »”, écrit HLN. En effet, sa tête a été mise à prix par le gouvernement de Kinshasa. L’ex-ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, avait promis 4 millions de dollars pour sa capture, une information rappelée par plusieurs journaux belges.

Sauvée in extremis par deux élus

La scène aurait pu virer au drame sans l’intervention de deux responsables politiques belges. Selon la VRT, la télévision publique belge néerlandophone, le maire de Tirlemont, Jonathan Holslag (DURF), et le député Elias Cool (Vlaams Belang), chef de groupe au Parlement fédéral, se trouvaient à proximité au moment de l’agression.

« J’ai vu un groupe de six hommes s’acharner sur quelqu’un. Ils frappaient sans relâche », a rapporté Cool. Les deux élus se sont précipités, provoquant la fuite des assaillants. « Après l’agression, la victime gisait en sang sur le trottoir. Sans notre intervention, les conséquences auraient été bien pires », a souligné le député.

Le parquet de Louvain a confirmé l’agression. La victime a été transportée à l’hôpital avec des blessures jugées légères. Un suspect de 25 ans, originaire de Denderleeuw, a été arrêté et interrogé, tandis que cinq autres individus sont toujours recherchés.

Une affaire qui interroge la Belgique

Cette attaque a mis en émoi la classe politique et les services de sécurité belges. Le maire Jonathan Holslag a exprimé sa stupeur : « Nous avons appris que la victime est un dissident dont la tête est mise à prix à 4 millions d’euros. Je suis surpris que cela ait échappé à nos services de renseignement. »

La politologue belgo-congolaise Nadia Nsayi appelle à ne pas sous-estimer l’affaire : « C’est un signal inquiétant. Cette agression montre que les tensions politiques du Congo peuvent aussi se répercuter ici, en Belgique », confie-t-elle à HLN.

De son côté, le parquet poursuit l’enquête pour déterminer les motivations exactes et les éventuelles ramifications de cette tentative d’assassinat.

Une voix de l’opposition congolaise qui refuse de se taire

Installé en Belgique après avoir obtenu le statut de demandeur d’asile, Pero Luwara est devenu une figure de l’opposition congolaise en exil. Ses critiques contre le président Tshisekedi, parfois virulentes et personnelles, lui ont valu une notoriété grandissante mais aussi de puissants ennemis.

Invité récemment sur TV5 Monde après son agression, il affirme ne pas céder à la peur : « Que vais-je faire maintenant ? Je ne vais certainement pas me taire », a déclaré le journaliste qui a réitéré ses accusations contre le pouvoir de Kinshasa dans ce qui lui est arrivé.

Rica MITSH