Avec les nouvelles exigences imposées en matière de sécurité routière, le contrôle technique des véhicules devient obligatoire pour tous les automobilistes. Un principe acceptable en soi, puisqu’il s’agit de vérifier l’état des véhicules, d’identifier les défaillances mécaniques et de garantir le respect des normes de sécurité et d’environnement. Mais à Kinshasa, cette mesure, pourtant nécessaire, a été détournée en une véritable opération de rackettisation institutionnelle au détriment d’une population déjà à bout.
Le gouvernement provincial de Kinshasa dirigé par le gouverneur Daniel Bumba a publié il y a quelques mois une grille tarifaire révisée pour le contrôle technique. Officiellement, les prix ont été ajustés pour « renforcer la sécurité routière ». En réalité, ils varient désormais de 54 à 87,68 dollars — des montants totalement déconnectés du niveau de vie des Kinois, qui voient encore une fois le pouvoir provincial transformer une obligation citoyenne en instrument de pression financière.
Une mesure nécessaire transformée en fardeau
Les motocyclistes devront désormais payer 50 USD, plus 4 USD de TVA et 14 000 francs de frais bancaires. Les véhicules légers se verront facturer 60 USD, auxquels s’ajoutent 5,28 USD de TVA et les mêmes frais bancaires. Les camionnettes, jeeps et mini-bus se retrouvent à 70 USD, plus 5,56 USD de TVA, tandis que les camions atteignent 80 USD et 7,68 USD de TVA. Comme si cela ne suffisait pas, chaque propriétaire devra passer ce contrôle deux fois par an : un véritable coup de massue financier.
Selon les autorités, cette flambée tarifaire viserait à « améliorer la conformité mécanique » et à réduire les accidents. Une justification qui peine à convaincre dans une ville où l’État ne garantit ni routes convenables, ni éclairage public, ni véritable politique de mobilité. Comment prétendre améliorer la sécurité routière alors que les nids-de-poule, les embouteillages monstres et l’absence totale d’infrastructures modernes continuent de mettre en danger la vie des citoyens ?
Kinshasa plus cher que l’Europe et l’Amérique
Pire encore, la comparaison avec d’autres pays montre à quel point la décision kinoise relève de la méchanceté pure et simple dans le but non avoué de faire souffrir le peuple. La RDC est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant d’à peine 1 885 USD. Pourtant, les Kinois sont contraints de payer pour un simple contrôle technique des sommes parfois trois à dix fois supérieures à celles exigées dans des pays qui disposent d’économies beaucoup plus solides.
Prenons la voiture particulière : à Kinshasa, le contrôle coûte 71 dollars, frais bancaires inclus. Comme il faut s’y soumettre deux fois par an, cela représente 142 dollars annuels. Pendant ce temps, au Rwanda, qui dispose d’un PIB par habitant en PPA beaucoup plus élevé que la RDC (4.000 USD), le même service coûte 24 dollars. Au Sénégal : 15,88 dollars. En Côte d’Ivoire : 24 dollars. En Namibie : 14,7 dollars. À Maurice : 13 dollars. Et même dans les pays développés, les prix sont nettement plus bas : 27,12 dollars en Pologne, 35 dollars au Luxembourg, et entre 15 et 30 dollars dans plusieurs États américains.
Un racket institutionnalisé
Comment expliquer qu’un Kinois, qui survit difficilement avec moins de 5 dollars par jour, doive payer plus qu’un Luxembourgeois, un Américain ou un Mauricien ? Comment justifier un tel écart sinon par la volonté manifeste de pressurer une population déjà épuisée par la misère, l’inflation et la précarité ?
En observant cette grille tarifaire scandaleuse, on ne peut s’empêcher de conclure que la mesure n’a pas été pensée pour améliorer la sécurité routière, mais pour remplir les caisses d’une administration coupée des réalités – mais aussi les poches des dirigeants politiques et des propriétaires des entreprises sélectionnées pour ce marché. Une administration qui semble considérer la population non pas comme des citoyens, mais comme une source inépuisable de revenus extorqués sous couvert de règlementation.
En définitive, la nouvelle tarification du contrôle technique à Kinshasa apparaît comme l’un des exemples les plus criants d’injustice institutionnalisée : une mesure imposée sans compassion, sans cohérence et sans respect pour les conditions de vie des Kinois. Une décision qui témoigne d’un mépris profond pour la population et d’une incapacité flagrante à gouverner pour le bien commun.
L’opposition muette comme une carpe
Au-delà de l’indignation populaire, un silence assourdissant étonne : celui de l’opposition politique. Une opposition déjà qualifiée de « faiblarde et crève-la-faim » par le président Félix Tshisekedi, et qui semble aujourd’hui confirmer cette image en détournant le regard. Alors que les Kinois s’asphyxient sous le poids de tarifs injustifiables, aucun parti, aucun leader, aucun député provincial n’élève la voix pour dénoncer cette dérive tarifaire. Pas une interpellation, pas une conférence de presse, pas même un communiqué.
Cette apathie révèle un malaise profond : soit l’opposition n’a plus les moyens politiques de jouer son rôle de contre-pouvoir, soit elle a tout simplement renoncé à défendre la population. Dans un contexte où les institutions devraient s’équilibrer pour protéger le citoyen, ce mutisme complice trahit un abandon flagrant de mission. Pendant que le gouvernement provincial impose des mesures écrasantes, ceux qui devraient s’y opposer préfèrent regarder ailleurs. Une désertion qui, au final, laisse le Kinois seul face à un État qui prétend le servir, mais qui ne cesse de le pressurer.
| N° | Pays/Ville | Richesse (PIB/Hab en PPA 2024) en USD | Prix du contrôle technique voiture particulière en USD |
| 01. | Kinshasa | RDC : 1884 | 71×2 = 142 par an |
| 02. | Rwanda | 4.000 | 24 par an |
| 03. | Sénégal | 5.499 | 15,88 par an |
| 04. | Côte d’ivoire | 8.055 | 23,12 par an |
| 05. | Namibie | 11.730 | 14,57 par an |
| 06. | Kenya | 7.523 | 11,6 par an |
| 07. | Andorre | 42.588 | 25 tous les 2 ans |
| 08. | Espagne | 36.300 | 35 tous les 2 ans |
| 09. | Emirats arabes unis | 42.512 | 35 |
| 10. | Luxembourg | 89.800 | 35 tous les 2 ans |
| 11. | USA | 75.491 | 15 à 30 selon les Etats par an ou par 2 ans selon les états |
| 12. | Bruxelles | Belgique : 63.083 | 46 pour 4 ans |
Mbuta MAKIESSE







