Séance de vaccination quelque part en RDC|Photo : Unicef
Chaque année, la Semaine Mondiale de la Vaccination nous rappelle que les vaccins sont « humainement possibles » et qu’ils sauvent des millions de vies. En RDC, ce défi prend une dimension herculéenne. Dans un pays grand comme l’Europe de l’Ouest, où les infrastructures manquent et où les conflits déplacent des populations entières, vacciner chaque enfant est un acte de bravoure quotidien.
Un tableau contrasté : Des chiffres qui interpellent
Le constat de l’Institut National de la Statistique (INS) pour la période 2023-2024 est sans appel : seuls 21 % des enfants congolais ont complété leur calendrier vaccinal. Plus inquiétant encore, environ un quart des enfants de 12 à 23 mois n’ont reçu aucune dose de vaccin.
Toutefois, l’année 2024 a montré des signes de résilience. Selon le Programme Élargi de Vaccination (PEV) : 4,4 millions d’enfants ont été vaccinés au DTC3 (Diphtérie-Tétanos-Coqueluche),une campagne massive lancée fin 2024 vise à protéger 62 millions d’enfants et adolescents contre la rougeole et la rubéole,l’introduction du vaccin contre le paludisme ouvre une nouvelle ère pour réduire la mortalité infantile.
Les trois murs du défi vaccinal
Pour comprendre pourquoi la couverture reste faible, il faut regarder au-delà des seringues. Trois obstacles majeurs se dressent,l’accessibilité Géographique : Dans des provinces comme le Lualaba ou la Tshopo, certaines aires de santé nécessitent 5 à 10 jours de voyage en pirogue ou à moto. L’innovation, via l’usage de drones pour acheminer les doses, commence à offrir des solutions, mais reste encore marginale.
L’Insécurité et les Déplacements : L’Est du pays (Nord-Kivu, Ituri) reste une zone rouge. Les déplacés de guerre sont les plus vulnérables. « Quand une famille fuit les combats, la carte de vaccination est la dernière chose qu’elle emporte », explique un agent de santé à Goma.
La Désinformation
Les rumeurs tenaces sur la stérilité ou les effets secondaires alimentent l’hésitation vaccinale. Le coût caché (frais de transport ou paiement illicite de la carte de vaccination) pèse aussi lourdement sur les ménages ruraux.
Des solutions locales pour un impact global
L’espoir réside dans la décentralisation des solutions. Le “Plan Mashako”, initié pour redynamiser la vaccination de routine, montre que l’implication des chefs communautaires et des relais sociaux est la clé. Dans le Haut-Katanga, des pères de famille sont devenus des “ambassadeurs de la vaccination” après avoir été sensibilisés sur les risques réels des maladies évitables.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a également renforcé la logistique avec des moteurs hors-bord et des canots rapides pour atteindre les populations des îlots du fleuve Congo.
Appel à l’action
Pour que la vaccination ne soit plus un luxe mais un droit effectif en RDC, le gouvernement et ses partenaires doivent :
Sanctuariser le budget de la vaccination pour éviter les ruptures de stock, garantir la gratuité réelle, en luttant contre les frais informels demandés aux parents,innover dans la chaîne du froid, notamment grâce à l’énergie solaire.
La vaccination est le socle de la couverture santé universelle. En cette semaine mondiale, le message est clair : chaque dose compte, car chaque enfant sauvé est un futur bâtisseur pour la nation congolaise.
Dina LEONARD







