L’annonce des nouveaux tarifs d’immatriculation des véhicules, officialisée ce 3 janvier 2026 par le ministre des Finances Doudou Fwamba, aurait dû être une bouffée d’oxygène pour les caisses de l’Etat. Pourtant, elle vient de lever le voile sur un gouffre financier béant. Derrière les 115 USD requis pour une plaque sécurisée se cache une réalité alarmante : les recettes de l’État s’évaporent à vue d’œil, victimes d’une politique de change qualifiée par de nombreux analystes de « populisme monétaire ».
Le barème de la discorde
L’arrêté, signé depuis novembre 2025 mais rendu public le 3 janvier 2026, fixe les opérations d’immatriculation comme suit pour les personnes physiques comme suit : Immatriculation véhicule : 115 USD ; mutation : 24 USD ; Immatriculation personnalisée : 1 500 USD. Ces taux sont majorés de 50 % pour les personnes morales.
Si ces montants sont libellés en dollars, ils sont payables en francs congolais. Et c’est ici que le bât blesse : le taux de conversion appliqué est celui d’une monnaie maintenue sous respiration artificielle par la Banque centrale.
L’hémorragie financière : 21 % de recettes évaporées
L’analyse des chiffres révèle une gestion périlleuse des finances publiques par le Gouverneur de la Banque centrale, André Wameso. En décidant, mi-août 2025, d’injecter des millions ponctionnés sur les réserves de change pour racheter régulièrement les francs sur le marché bancaire, la BCC a créé une distorsion majeure. La dernière de ces injections en date a eu lieu le 18 décembre dernier, avec 50 millions de dollars qui ont servi à racheter des francs et maintenir le taux autour de 2 200 FC,
La démonstration du manque à gagner : Supposons une série de 1000 immatriculations totalisant 115 000 USD. Avec le taux “populiste” actuel (2 234 FC), le Trésor public encaisse 2 56 9100 000 FC. Mais si la Banque centrale n’était pas intervenue pour faire baisser artificiellement le taux de change, et que l’on avait gardé le taux de change de début août 2025 (2856 francs pour 1 dollar US), l’État aurait dû percevoir 327 750 000 FC.
En une seule opération, l’État perd 70 840 000 FC, soit une érosion brutale de 21 % des recettes. Multiplié par les milliers de véhicules du parc automobile national, le manque à gagner se chiffre en millions de dollars pour le Trésor public.
Une politique de “terre brûlée” économique
Pourquoi maintenir un tel cap ? André Wameso est aujourd’hui accusé de privilégier l’illusion d’une stabilité monétaire et de la dédollarisation de l’économie au détriment de la santé structurelle du pays. Ce populisme monétaire produit trois effets dévastateurs. Il s’agit, d’abord, de l‘assèchement des recettes de l’État : Comme démontré, chaque dollar perçu en francs rapporte moins qu’il ne le devrait, limitant la capacité du gouvernement à financer les infrastructures.
Ensuite : l’érosion des réserves : Injecter massivement des devises (50 millions USD en une seule fois) pour “racheter” du franc est une stratégie court-termiste qui brûle les munitions de la nation. Enfin : la destruction de l’épargne : En refusant la vérité des prix, la BCC empêche les ménages et les entreprises de s’ajuster réellement, créant une bulle qui finira inévitablement par éclater.
Un cri d’alarme des analystes
Pour les experts financiers, le constat est sans appel : André Wameso sacrifie l’avenir financier du pays pour une image de stabilité factice. « C’est une gestion cosmétique qui détruit les recettes de l’État au moment où le pays en a le plus besoin pour sa reconstruction », déplore un analyste indépendant.
Alors que le gouvernement lance sa plaque sécurisée pour moderniser le pays, la Banque centrale semble ramer à contre-courant, affaiblissant par sa politique monétaire la portée même des réformes fiscales.
MULOPWE Wa Ku DEMBA







