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Rigueur budgétaire et paradoxe macroéconomique, le gouvernement revoit son budget 2026 à la baisse

Face à l’Assemblée nationale, le gouvernement congolais a présenté son projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026. Malgré des indicateurs macroéconomiques au vert et des cours de matières premières en pleine embellie, le budget global subit une révision à la baisse de 7,4 %, s’établissant désormais à 21,9 milliards de dollars. Une cure d’austérité paradoxale dictée par le tarissement des ressources extérieures et les exigences de cadrage du FMI.

C’est un exercice de vérité comptable et de réalisme politique auquel s’est livré le Vice-Premier Ministre du Budget devant les élus légitimes du peuple. Au nom du gouvernement dirigé par la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, le projet de loi de finances rectificative (collectif budgétaire) pour l’exercice 2026 a été soumis à l’examen de l’Assemblée nationale. Verdict : le budget de la République Démocratique du Congo est ramené à 21,9 milliards de dollars américains (soit 50 295 milliards de FC), affichant un taux de régression de 7,4 % par rapport aux 22 milliards initialement prévus.

Pour le gouvernement, cette révision à la baisse ne traduit pas une panne de croissance, mais plutôt un réalignement structurel. En effet, ce correctif intervient dans un contexte de stabilisation interne inédit, mais fortement dépendant des flux financiers internationaux.

Des indicateurs macroéconomiques pourtant étincelants

Le grand paradoxe de ce collectif budgétaire réside dans la vigueur de la santé économique court-termiste du pays. L’économie congolaise fait preuve d’une résilience remarquable, caractérisée par une révision à la hausse des prévisions de croissance, qui passent de 5,3 % à 5,6 %, pour un Produit Intérieur Brut (PIB) nominal culminant à 122 milliards de dollars.

Sur le front de la stabilité monétaire, les efforts de maîtrise paient : l’inflation moyenne annuelle est solidement ancrée à 3,5 %, tandis que le Franc congolais s’offre une bouffée d’oxygène face au billet vert. Le taux de change se chiffre à 2 290 FC pour un dollar, contre une projection initiale de 2 467 FC.

À cela s’ajoute une conjoncture minière internationale exceptionnellement favorable. Le cuivre, poumon financier du pays, galope de 10 246 à 12 000 dollars la tonne, tandis que le cobalt bondit de 34 235 à 50 000 dollars la tonne métrique.

Le couperet des ressources extérieures et le diktat du FMI

Si tous les clignotants endogènes sont au vert, pourquoi alors réduire la voilure budgétaire ? L’explication tient en un point névralgique : la baisse drastique des ressources extérieures. Moins dépendante de l’aide internationale qu’auparavant, la RDC subit le tarissement de certains appuis financiers extérieurs, ce qui a mécaniquement contracté les prévisions globales.

De plus, cette rectification est le fruit direct des conclusions de la troisième revue du programme conclu avec le Fonds Monétaire International (FMI). Pour valider les critères de performance et maintenir la confiance des bailleurs de fonds, Kinshasa a dû adopter un cadrage budgétaire rigoureux en dépenses et en recettes, garantissant la cohérence des soldes publics. Le gouvernement a également dû composer avec les incertitudes géopolitiques mondiales, notamment le conflit au Moyen-Orient et ses risques de perturbation sur les circuits énergétiques mondiaux.

Dans le détail, la configuration du budget se rétracte de manière homogène :

  • Le budget général recule de 7,5 % pour s’établir à 19,8 milliards de dollars (45 320 milliards de FC).
  • Les budgets annexes baissent de 7,3 % à 389,6 millions de dollars.
  • Les comptes spéciaux affichent une régression similaire de 7,3 % à 1,78 milliard de dollars.

Mobilisation interne : la fiscalité au secours des contre-performances de la DGRAD

L’autre enseignement de ce discours est l’accent mis sur la souveraineté fiscale. Le gouvernement affiche une ambition à long terme : porter la pression fiscale à 17 % à l’horizon 2035 (contre 12,5 % dans ce collectif et 12,3 % initialement) pour propulser la RDC dans le club des pays à revenu intermédiaire.

À court terme, les régies financières avancent en ordre dispersé. La DGRAD (recettes non fiscales) enregistre une contre-performance avec une baisse de 2,3 % de ses recettes — une situation liée au secteur minier qui fera l’objet d’un examen approfondi en commission. Heureusement, le civisme fiscal et l’efficacité des autres régies compensent ce manque à gagner : les douanes et accises bondissent de 10,3 % et les recettes fiscales de 5,6 %.

Il en résulte une hausse globale des recettes courantes de 5 %, dégageant 739,5 millions de dollars de plus-value, portant l’enveloppe interne à 15,2 milliards de dollars. Pour combler le déficit résiduel et financer ses projets, l’Exécutif mise sur les marchés financiers avec l’intégration d’une première tranche d’Eurobonds de 650 millions de dollars et une augmentation des obligations du Trésor à hauteur de 308 millions de dollars.

Sécurité, infrastructures et social : les priorités sanctuarisées

Malgré la cure de minceur de l’enveloppe globale, le gouvernement Suminwa maintient le cap sur ses priorités régaliennes. Les recettes additionnelles ont été minutieusement réaffectées : 45 millions de dollars pour les salaires, 87 millions pour les transferts et subventions, 162 millions pour les investissements sur ressources propres et 360 millions pour les dépenses exceptionnelles.

Le cœur de l’action publique reste dicté par l’urgence sécuritaire à l’Est, face à l’agression rwandaise via le M23. Les secteurs de la Défense et de la Sécurité se taillent la part du lion, suivis de près par le chantier des infrastructures (modernisation des aéroports, des routes et du réseau ferroviaire). Une attention particulière est accordée à l’amélioration des conditions de vie des forces de l’ordre, avec la construction de casernes militaires et de logements pour les policiers.

Enfin, la jeunesse et le rayonnement international ne sont pas en reste. Le budget rectifié préserve le financement du Programme présidentiel de l’emploi et de l’entreprenariat des jeunes, tout en intégrant les lignes de crédit nécessaires à la participation historique de la RDC aux phases préparatoires de la Coupe du monde de football de ce mois de juin 2026.

En sollicitant la recevabilité de cette loi de finances rectificative, le VPM du Budget pose les bases d’une gouvernance caractérisée par la vérité des chiffres. Entre austérité extérieure subie et dynamisme économique interne maîtrisé, la RDC choisit la voie de la responsabilité financière pour stabiliser sa marche vers l’émergence.

Belhar MBUYI