L’économie mondiale évolue actuellement dans un climat d’incertitudes croissantes, marqué par des tensions géopolitiques et une volatilité accrue des marchés énergétiques. L’escalade du conflit au Moyen-Orient a ravivé les inquiétudes inflationnistes, perturbant les trajectoires de désinflation engagées depuis plusieurs mois et incitant les grandes banques centrales à adopter une posture prudente. C’est ce qui ressort de la Note de conjoncture de la Banque centrale du Congo de mars 2026 qui analyse la situation économique jusqu’au 20 mars.
Une économie mondiale sous pression énergétique
La hausse brutale des prix du pétrole illustre ce regain de tensions. Le baril est passé d’environ 80 dollars à 108 dollars au 18 mars 2026, sous l’effet des perturbations persistantes, notamment dans le détroit d’Ormuz. Cette flambée énergétique constitue un facteur clé de résurgence des pressions inflationnistes à l’échelle mondiale.
Dans ce contexte, les principales institutions monétaires privilégient l’attentisme. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a décidé, lors de la réunion du Comité fédéral d’open market (FOMC) du 18 mars 2026, de maintenir son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Les nouvelles projections tablent sur une inflation de 2,7 % d’ici la fin de l’année, légèrement supérieure aux prévisions initiales, traduisant un ralentissement du processus de désinflation. Si le marché du travail reste robuste, avec un taux de chômage attendu à 4,4 %, la Fed n’envisage qu’une seule baisse de taux en 2026, conditionnée à l’évolution des données économiques et géopolitiques.
La prudence est également de mise en Europe. La Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés, avec un taux de dépôt fixé à 2,0 % et un taux de refinancement à 2,15 %. Elle anticipe une inflation de 2,6 % en 2026, dans un contexte de croissance modérée estimée à 0,9 %. L’institution souligne que la hausse des prix de l’énergie pourrait peser à la fois sur le pouvoir d’achat et sur l’activité économique.
Face à ces tensions, les autorités américaines ont annoncé des mesures exceptionnelles visant à stabiliser le marché pétrolier, notamment par l’assouplissement temporaire des sanctions contre certains pays producteurs comme le Venezuela et la Russie. L’objectif est d’accroître l’offre mondiale et de sécuriser les circuits d’approvisionnement.
Une économie nationale globalement stable
Sur le plan intérieur, la situation économique demeure relativement stable, caractérisée par une inflation maîtrisée et une évolution contrastée du taux de change. Le marché parallèle enregistre une appréciation de la monnaie nationale, tandis que le segment interbancaire subit des pressions à la dépréciation.
Une croissance soutenue malgré un léger ralentissement
Selon les données consolidées à fin décembre 2025, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 5,8 %, contre 6,1 % en 2024. Ce léger ralentissement masque toutefois une dynamique sectorielle encourageante, notamment en dehors du secteur extractif.
Estimation de la croissance économique

Source : Banque centrale du Congo
Le secteur tertiaire s’impose comme un moteur essentiel de la croissance, avec une progression de 5,7 % et une contribution de 2,7 points à l’expansion globale. Cette performance repose sur le dynamisme des activités liées à l’hôtellerie, au commerce, aux transports ainsi qu’aux télécommunications. L’essor de ces branches reflète notamment l’expansion des services numériques et le développement de l’offre hôtelière dans les grands centres urbains.
Cette dynamique a permis de porter la croissance du secteur non extractif à 4,8 %, contre 4,0 % en 2024, traduisant une amorce de diversification de l’économie.
Un secteur extractif en phase de normalisation
Le secteur primaire, dominé par les activités minières, a connu un ralentissement relatif. Sa croissance s’est établie à 6,8 %, contre 9,2 % l’année précédente, avec une contribution à la croissance globale ramenée à 2,3 points. Cette évolution s’explique principalement par une progression moins soutenue de l’extraction de minéraux non ferreux, en particulier dans le segment du cobalt, marqué par des ajustements temporaires.
Toutefois, la production de cuivre a dépassé les attentes initiales, contribuant à atténuer les effets négatifs liés à la suspension temporaire des exportations de cobalt.
Un secteur secondaire en retrait relatif
Le secteur secondaire a enregistré une contribution plus modeste à la croissance, à hauteur de 0,6 point contre 1,2 point en 2024. Cette performance repose essentiellement sur le secteur de la construction, dont la croissance, bien que solide à 9,2 %, s’inscrit en ralentissement par rapport à l’année précédente. Cette évolution reflète le rythme d’exécution des grands projets d’infrastructures routières à travers le pays.
Des perspectives favorables pour 2026
Malgré les incertitudes extérieures, les perspectives économiques demeurent positives. Les projections tablent sur une accélération de la croissance à 6,2 % en 2026. Cette amélioration serait soutenue à la fois par la vigueur des activités extractives et par la consolidation des secteurs hors mines.
Dans un environnement international instable, la résilience de l’économie nationale apparaît ainsi comme un atout majeur. Toutefois, le maintien de cette dynamique dépendra de la capacité à poursuivre les efforts de diversification économique et à renforcer la stabilité macroéconomique face aux chocs externes.
Belhar MBUYI







