Depuis près de deux ans, la question de la dette publique de la République démocratique du Congo s’est imposée au cœur du débat économique et politique national. Tribunes alarmistes, chiffres brandis sans mise en perspective, procès d’intention adressés aux autorités : le sujet est devenu un terrain fertile pour la controverse, parfois au détriment de l’analyse rigoureuse. Certains vont jusqu’à accuser le président Félix-Antoine Tshisekedi d’avoir engagé le pays sur la pente d’un endettement « explosif », « injustifié » et « hypothéquant l’avenir des générations futures ».
Mais que disent réellement les faits ? Et surtout, que disent les indicateurs économiques pertinents, ceux que retiennent les institutions financières internationales, loin des raccourcis et des lectures anxiogènes ?
L’endettement n’est pas un péché économique
Il faut d’abord rappeler une vérité élémentaire, trop souvent oubliée dans le débat public : l’endettement n’est pas en soi un signe de faiblesse économique. Pour un pays en développement, il constitue même, dans bien des cas, un instrument indispensable de financement du développement, à condition qu’il soit maîtrisé, orienté vers des usages productifs et soutenable à long terme.
L’expérience congolaise elle-même le démontre. Le 1er juillet 2010, la RDC atteignait le point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE). Le VPM au Budget actuel était Premier ministre à l’époque, et c’est lui qui avait conduit le processus ayant abouti à cet événement historique marqué par l’effacement d’environ 90 % de sa dette extérieure, soit près de 13 milliards de dollars. Cette opération a permis au pays de repartir sur des bases assainies, de réintégrer progressivement le système financier international et de restaurer sa crédibilité macroéconomique après des décennies de gestion chaotique.
Mais cet allègement ne signifiait pas, et ne signifie toujours pas, une interdiction de recourir à la dette. Aucun pays au monde ne se développe sans emprunter.
Pourquoi les pays en développement recourent à la dette
Le recours à l’endettement obéit à des logiques économiques bien connues.
D’abord, l’insuffisance chronique de l’épargne intérieure. Faibles revenus par habitant, importance du secteur informel, base fiscale étroite : la RDC, comme la plupart des pays africains, ne dispose pas d’une capacité d’épargne suffisante pour financer seule des investissements lourds et immédiats dans les infrastructures, la santé ou l’éducation. La dette permet alors d’anticiper des ressources futures pour répondre à des besoins présents.
Ensuite, le financement des infrastructures structurantes. Routes, énergie, eau, télécommunications : ces investissements sont coûteux, de long terme et à rentabilité différée. Sans emprunt, leur réalisation serait excessivement lente, freinant la croissance, la compétitivité et l’intégration économique du pays.
Troisièmement, l’accélération de la croissance et du développement humain. Lorsqu’elle est bien orientée, la dette stimule la croissance, crée des emplois, renforce le capital humain et élargit l’assiette fiscale, rendant son remboursement soutenable.
Enfin, la dette joue un rôle crucial d’amortisseur face aux chocs économiques et sociaux — crises sanitaires, conflits, volatilité des prix des matières premières — en évitant des coupes brutales dans les dépenses essentielles.
Dette brute versus dette soutenable : le piège des chiffres isolés
C’est ici que le débat congolais pèche le plus souvent : on s’arrête aux montants bruts, sans les rapporter à la taille réelle de l’économie.
Oui, la dette publique de la RDC est passée d’environ 5,6 milliards de dollars en 2019 à près de 14,5 milliards aujourd’hui. Mais en économie, le chiffre de la dette n’a de sens que s’il est rapporté à un agrégat de référence, en l’occurrence le produit intérieur brut (PIB).
En 1997, dernière année du régime Mobutu, la dette publique s’élevait à environ 14 milliards de dollars pour un PIB estimé à 6 milliards : donc le ratio dette/PIB était de plus de 230 %, proprement insoutenable.
Aujourd’hui, avec une dette d’environ 14,5 milliards de dollars – en incluant les nouveaux concours du FMI et de la Banque mondiale – pour un PIB avoisinant 76 milliards, le ratio ressort à 19 %. Un niveau particulièrement bas, non seulement à l’échelle régionale, mais aussi mondiale.
Mieux encore : ce ratio n’a cessé de baisser depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. De 16,2 % en 2020, il est passé à 15,7 % en 2021, puis à 14,3 % en 2022 et 2023. Autrement dit, le président Félix Tshisekedi a fait preuve d’une gestion de l’endettement extrêmement prudente, en veillant à ce que l’économie congolaise croisse plus vite que sa dette.
Dette brute versus dette soutenable : le piège des chiffres isolés
La comparaison internationale est sans appel. Là où la dette publique dépasse 70 % du PIB en Afrique du Sud, 80 % en Angola, 86 % au Ghana ou encore 62 % au Rwanda, la RDC affiche l’un des ratios les plus faibles du continent. À ce niveau, parler de surendettement relève plus du slogan que de l’analyse économique.
La Banque mondiale va plus loin en privilégiant un indicateur encore plus pertinent : le ratio dette sur revenu national brut (RNB), qui mesure mieux la capacité réelle de remboursement d’un pays. Le dernier rapport de cette institution financière internationale intitulé «PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES MONDIALES. L’économie mondiale en pleine mutation, les perspectives restent sombres», sorti début décembre 2025, fournit le niveau réel d’endettement de tous les pays du monde.
Au terme de ce rapport, la RDC affiche un ratio d’environ 18 %, contre une moyenne de 49 % en Afrique subsaharienne. Elle figure ainsi parmi les cinq pays les moins endettés du continent.
Un coût de la dette exceptionnellement bas : un indicateur clé de prudence
Un élément central, souvent ignoré dans le débat public, mérite pourtant une attention particulière : le coût réel de la dette publique congolaise. Selon les statistiques officielles de la Direction générale de la dette publique (DGDP), le taux d’intérêt moyen du portefeuille de la dette publique de la RDC s’établissait à environ 1,11 % à fin décembre 2023.
Ce niveau est remarquablement faible, surtout lorsqu’on le compare aux standards internationaux et africains, où de nombreux États empruntent à des taux compris entre 6 % et 10 %, voire davantage sur les marchés financiers. Cette situation s’explique par la structure même de la dette congolaise, largement dominée par des financements multilatéraux concessionnels — Banque mondiale, FMI et autres partenaires — caractérisés par :
- des taux d’intérêt très faibles ;
- des maturités longues ;
- des périodes de grâce étendues.
Autrement dit, la RDC ne s’endette pas de manière coûteuse ou spéculative. Le président Félix Tshisekedi privilégie, avec raison, des ressources à faible coût, compatibles avec sa capacité de remboursement. Ce qui dénote une vision claire que le Chef de l’Etat a sur les impératifs de stabilité macroéconomique du pays.
Ce facteur est déterminant pour l’analyse de la soutenabilité. En économie publique, ce n’est pas tant le niveau absolu de la dette qui pose problème, mais l’écart entre le taux d’intérêt payé et le taux de croissance de l’économie. En effet, la RDC affiche des taux de croissance largement supérieurs à ce coût de financement : 8,9 % en 2022, 7,8 % en 2023, 7,9% en 2024, et encore entre 5,3 % et 6,3% attendus en 2025. Cette configuration — croissance supérieure au taux d’intérêt — est précisément celle qui garantit la soutenabilité de la dette. Or, dans le cas de la RDC, cet écart est largement favorable : avec ce niveau de taux de croissance, et un coût moyen de la dette proche de 1 %, le pays se trouve dans une configuration vertueuse où la croissance contribue mécaniquement à alléger le poids de la dette dans le temps.
Cette discipline a été reconnue par les agences de notation. En 2022, l’agence Bloomfield a attribué à la RDC la note BBB, correspondant à une catégorie « investment grade », avec une perspective relevée à positive en 2023. Un signal fort pour les investisseurs et les partenaires financiers.
Une dette au service du social et du développement
Dernière question, et non la moindre : à quoi a servi cet endettement ?
Loin des dépenses improductives du passé, les ressources mobilisées ont financé des politiques à fort impact social : la gratuité de l’enseignement de base, la gratuité de la maternité en cours de mise en œuvre, ainsi que des investissements structurants dans le cadre du programme de développement des 145 territoires.
Autant de choix qui traduisent une vision : utiliser la dette non comme une fuite en avant, mais comme un levier de transformation économique et sociale.
Saluer la prudence plutôt que nourrir la peur
Certes, la RDC reste confrontée à des fragilités structurelles : faible PIB par habitant, institutions encore perfectibles, capacité de mobilisation des ressources internes limitée. Mais précisément pour ces raisons, la prudence observée dans la gestion de la dette mérite d’être soulignée.
Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, et avec ses équipes économiques, le pays a évité le piège d’un endettement incontrôlé. Il a su préserver un cadre macroéconomique assaini, renforcer ses réserves de change et restaurer sa crédibilité financière.
À l’heure où de nombreux pays africains ploient sous le poids de dettes devenues insoutenables, la RDC fait figure d’exception. Non pas parce qu’elle n’emprunte pas, mais parce qu’elle emprunte avec mesure, lucidité et responsabilité.
C’est cette réalité, fondée sur les chiffres et les faits, qu’il convient aujourd’hui de reconnaître et de saluer.
Ratios endettement sur revenu national brut de pays africains
| Numéro | Pays | Ratio dette/RNB |
| Mozambique | 351 % | |
| Sénégal | 151% | |
| Maurice | 123% | |
| Zambie | 114% | |
| Rwanda | 94% | |
| Cap Vert | 87% | |
| Djibouti | 83% | |
| Angola | 80% | |
| Bénin | 67% | |
| Guinée-Bissau | 67% | |
| Gambie | 66% | |
| Lesotho | 65% | |
| Nigéria | 60% | |
| Liberia | 50% | |
| Burkina Faso | 49% | |
| Côte d’Ivoire | 49% | |
| Ghana | 47% | |
| Burundi | 47% | |
| Tanzanie | 47% | |
| Congo | 45% | |
| Soudan | 45% | |
| Afrique du Sud | 45% | |
| Togo | 43% | |
| Sao Tomé et Principe | 42,7% | |
| Mauritanie | 42% | |
| Madagascar | 39% | |
| Ouganda | 39% | |
| Gabon | 36% | |
| République centrafricaine | 36% | |
| Kenya | 35% | |
| Malawi | 35% | |
| Zimbabwe | 33% | |
| Sierra Leone | 31% | |
| Cameroun | 31% | |
| Niger | 28% | |
| Eswatini | 28% | |
| Mali | 25% | |
| Comores | 24,8% | |
| Guinée | 23% | |
| RD Congo | 18% | |
| Tchad | 16% | |
| Somalie | 15% | |
| Guinée équatoriale | 14% | |
| Botswana | 12% |
Source : Tableau confectionné avec les données de la Banque mondiale
Belhar MBUYI







