L’évaluation du programme conclu entre le Fonds monétaire international (FMI) et la République démocratique du Congo (RDC) met en lumière des avancées dans la mise en œuvre des réformes économiques, mais également des insuffisances importantes dans le respect de plusieurs engagements budgétaires et structurels. Parmi les indicateurs suivis dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC), trois critères quantitatifs jugés essentiels n’ont pas été atteints par le gouvernement congolais au cours de l’exercice 2025.
Lors des discussions techniques menées en mai 2026, le FMI a rappelé que le respect des critères de performance budgétaire demeure la pierre angulaire du programme économique conclu avec Kinshasa. Ces critères visent à garantir la stabilité macroéconomique, renforcer la crédibilité des finances publiques et préserver la soutenabilité de la dette publique.
Un déficit budgétaire largement supérieur aux prévisions
Le premier manquement concerne le solde budgétaire intérieur sur base caisse, considéré comme l’indicateur le plus sensible du programme. Le FMI impose un contrôle strict du déficit financé sur ressources intérieures afin d’éviter les déséquilibres budgétaires.
Pour décembre 2025, le programme prévoyait un déficit intérieur limité à 2.987 milliards de francs congolais. Toutefois, les réalisations ont atteint 4.655 milliards de francs, soit un dépassement de plus de 55 % par rapport à la cible fixée. Cette contre-performance traduit les difficultés persistantes du gouvernement à maîtriser ses dépenses dans un contexte marqué par les impératifs sécuritaires et les fortes pressions budgétaires.
Ce résultat intervient alors même que le FMI avait demandé un retour progressif à une trajectoire d’équilibre après les dérapages observés lors des exercices précédents, notamment en raison des dépenses liées à la sécurité et aux élections.
Les dépenses sociales en deçà des engagements
Le deuxième critère non respecté concerne le plancher des dépenses sociales, un objectif indicatif auquel le FMI accorde une importance croissante afin de garantir que les efforts d’assainissement budgétaire ne se fassent pas au détriment des populations.
À fin septembre 2025, le programme prévoyait un niveau minimal de dépenses sociales de 135 milliards de francs congolais. Les décaissements effectivement réalisés se sont limités à 95,6 milliards de francs, soit un taux d’exécution d’environ 71 % de la cible.
Cette sous-exécution concerne principalement les secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation et certaines infrastructures de base. Le FMI considère que ces dépenses constituent un élément essentiel de la lutte contre la pauvreté et demande un rééquilibrage plus marqué en faveur des secteurs sociaux dans le budget 2026.
Les dépenses exécutées en urgence hors contrôle
Le troisième échec porte sur les dépenses réalisées en procédure d’urgence. Dans le cadre de ses engagements de gouvernance budgétaire, le gouvernement s’était engagé à limiter le recours à cette procédure exceptionnelle afin de renforcer la transparence et la discipline dans l’exécution des finances publiques.
Le FMI exige que ces dépenses ne dépassent pas 10 % de l’ensemble des dépenses publiques, tandis que les autorités congolaises avaient pris l’engagement plus strict de les maintenir sous le seuil de 8 %.
Or, à fin septembre 2025, les dépenses exécutées en urgence ont représenté 17,40 % des dépenses publiques, soit près du double du plafond accepté par le gouvernement et largement au-dessus du seuil toléré par le FMI. Cette situation soulève des préoccupations quant au respect des procédures normales de passation des marchés publics et à la qualité du contrôle des dépenses de l’État.
D’autres critères sous surveillance
Au-delà de ces trois indicateurs non respectés, le FMI continue de surveiller plusieurs autres engagements majeurs du programme économique.
Parmi eux figurent notamment le contrôle de la masse salariale de la fonction publique afin d’éviter les dépassements budgétaires liés aux dépenses de personnel, ainsi que la non-accumulation d’arriérés de paiement sur la dette extérieure et intérieure.
L’institution de Bretton Woods maintient également une vigilance particulière sur la limitation du financement monétaire du déficit public par la Banque centrale du Congo. L’objectif est de préserver la stabilité du franc congolais et de contenir les pressions inflationnistes.
Des réformes structurelles toujours en attente
Les difficultés observées dans l’exécution du programme ne concernent pas uniquement les critères budgétaires. Plusieurs réformes structurelles convenues avec les partenaires internationaux accusent également d’importants retards.
Parmi elles figure la réforme de la gouvernance des entreprises publiques négociée avec la Banque mondiale entre 2021 et 2023. Cette réforme prévoyait notamment le recrutement par appel à candidatures et sur base de critères de mérite des dirigeants actifs et passifs de quinze entreprises publiques stratégiques.
Selon la Banque mondiale, les faibles performances financières de nombreuses entreprises publiques trouvent leur origine dans des défaillances persistantes de gouvernance, caractérisées par l’absence de conseils d’administration suffisamment indépendants, des processus de nomination peu transparents et un reporting financier insuffisant.
La réforme n’a toutefois pas été mise en œuvre dans les délais prévus. Au contraire, certaines nominations intervenues récemment au sein d’entreprises publiques majeures ont suscité des réserves auprès des partenaires financiers. Face à ces critiques, le ministère du Portefeuille a finalement adopté en mars 2026 un arrêté instaurant un processus de sélection transparent, compétitif et fondé sur le mérite pour le recrutement des mandataires publics au sein de quinze entreprises du portefeuille de l’État.
Une autre réforme importante concernait la modernisation de la fiscalité des personnes physiques et le renforcement des mécanismes de transparence patrimoniale. La ‘‘Loi Kazadi’’, présentée par l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi et promulguée en tant que loi n° 23/053 du 30 novembre 2023 relative à l’Impôt sur les Sociétés et à l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques avait restructuré la fiscalité directe en créant un impôt global sur le revenu fondé sur un barème progressif.
Parallèlement, plusieurs mesures relatives à la déclaration du patrimoine des responsables publics devaient entrer en vigueur après une période transitoire de vingt-quatre mois accordée par le Parlement, soit à partir de décembre 2025. Or, depuis le départ du gouvernement de l’auteur de la loi, à ce jour, la mise en œuvre de ce texte n’est toujours pas effective.
Selon plusieurs sources proches des discussions avec les bailleurs, le retard accumulé dans la mise en œuvre de ces réformes aurait contribué à bloquer environ 400 millions de dollars d’appuis budgétaires extérieurs destinés à la RDC.
Une trajectoire d’endettement qui suscite des inquiétudes
La perte de ces financements concessionnels constitue l’une des principales explications de la forte baisse des ressources extérieures observée dans le projet de loi de finances rectificative 2026.
Les ressources extérieures destinées au financement des projets d’investissement ont ainsi reculé de 64 % par rapport aux prévisions de la loi de finances initiale, passant de 11.366 milliards de francs congolais à seulement 4.075 milliards.
Cette contraction reflète les difficultés du gouvernement à satisfaire certaines exigences des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de réformes structurelles.
Cette évolution soulève des préoccupations quant à la trajectoire future de l’endettement public. En effet, le recul des financements concessionnels, généralement accordés à des taux d’intérêt très faibles et sur de longues maturités, risque d’accroître le recours à des financements commerciaux plus coûteux.
Pour plusieurs observateurs, cette situation pourrait entraîner une augmentation progressive du coût du service de la dette et réduire les marges de manœuvre budgétaires de l’État. À terme, elle pourrait fragiliser la viabilité des finances publiques alors même que les programmes soutenus par le FMI et la Banque mondiale visent précisément à renforcer la soutenabilité budgétaire du pays.
Un test de crédibilité pour le gouvernement
Le non-respect des principaux critères budgétaires, les retards enregistrés dans les réformes structurelles et les difficultés de mobilisation des financements extérieurs constituent aujourd’hui un test majeur de crédibilité pour les autorités congolaises.
Si le FMI reconnaît les contraintes exceptionnelles liées à la situation sécuritaire dans l’Est du pays, l’institution insiste néanmoins sur la nécessité d’un meilleur contrôle des finances publiques, d’une accélération des réformes de gouvernance, d’une plus grande discipline budgétaire et d’une protection accrue des dépenses sociales.
La poursuite harmonieuse du programme FEC dépendra désormais de la capacité du gouvernement à corriger ces écarts, à rétablir la confiance des partenaires financiers internationaux et à respecter les objectifs fixés pour l’exercice 2026. De ces efforts dépendront non seulement le maintien de l’appui du FMI et de la Banque mondiale, mais également la préservation de la stabilité macroéconomique et financière de la République démocratique du Congo.
Aristote KAJIBWAMI







