FINANCE Conjoncture : une croissance robuste sous surveillance malgré des équilibres macroéconomiques préservés

Conjoncture : une croissance robuste sous surveillance malgré des équilibres macroéconomiques préservés

L’économie de la République démocratique du Congo (RDC) continue d’afficher une résilience remarquable dans un environnement international encore marqué par de nombreuses incertitudes. Selon la note de conjoncture hebdomadaire de la Banque Centrale du Congo (BCC), couvrant la période du 12 au 19 juin 2026, les principaux indicateurs macroéconomiques demeurent globalement orientés positivement. La croissance économique se consolide, l’inflation reste contenue, le franc congolais se stabilise davantage et les marchés internationaux des matières premières demeurent favorables aux exportations congolaises. En revanche, les finances publiques continuent de subir des tensions et plusieurs risques internes et externes nécessitent une vigilance accrue.

Une croissance économique soutenue par les industries extractives

Les dernières projections du Comité Permanent de Cadrage Macroéconomique (CPCM) confirment le dynamisme de l’économie congolaise. Le produit intérieur brut (PIB) réel devrait progresser de 6,2 % en 2026, contre 5,7 % enregistrés en 2025. Cette accélération repose essentiellement sur la forte contribution du secteur minier, qui demeure le principal moteur de l’économie nationale grâce à une demande mondiale toujours soutenue pour les minerais stratégiques.

Toutefois, dans le cadre du programme économique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), une prévision plus prudente table sur une croissance de 5,6 %. Cette légère différence traduit la volonté des institutions financières internationales d’intégrer davantage les risques liés à la conjoncture mondiale et aux contraintes structurelles internes.

Malgré cet écart d’appréciation, les deux scénarios confirment que la RDC reste parmi les économies africaines les plus dynamiques.

Une inflation maîtrisée, reflet d’une politique monétaire efficace

L’un des principaux enseignements de cette note de conjoncture demeure la maîtrise de l’inflation. Au cours de la troisième semaine de juin, le taux d’inflation hebdomadaire s’est établi à 0,19 %, contre 0,20 % la semaine précédente.

Depuis le début de l’année, l’inflation cumulée atteint 4,6 %, tandis que le taux en glissement annuel ressort à seulement 2,8 %, contre 8,5 % à la même période de l’année dernière. Ces performances situent largement l’évolution des prix en dessous de l’objectif de moyen terme fixé à 7 %, traduisant l’efficacité des mesures monétaires mises en œuvre par la Banque Centrale du Congo.

L’analyse de la structure de l’inflation montre que les hausses de prix demeurent principalement concentrées sur les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées, qui représentent près de 69,4 % de la variation hebdomadaire des prix. Viennent ensuite les dépenses liées au logement, à l’eau, à l’électricité, au gaz et aux autres combustibles, dont la contribution atteint 10,4 %.

Cette configuration confirme que le pouvoir d’achat des ménages reste essentiellement influencé par l’évolution des produits de première nécessité.

Des finances publiques confrontées à un déficit important

Sur le plan budgétaire, les finances publiques continuent de faire face à des pressions significatives.

Le plan de trésorerie de l’État pour le mois de juin prévoit un déficit de 332 milliards de francs congolais, résultant de recettes estimées à 1.970,1 milliards de CDF contre des dépenses de 2.302,1 milliards.

À la date du 18 juin, les recettes effectivement mobilisées s’établissent à 1.467,8 milliards de CDF, tandis que les dépenses exécutées atteignent déjà 1.942,8 milliards. Cette évolution confirme la persistance d’un déséquilibre budgétaire qui pourrait exercer des pressions supplémentaires sur les besoins de financement de l’État si les recettes ne progressent pas au même rythme que les dépenses.

La maîtrise de l’exécution budgétaire demeure ainsi un enjeu majeur pour préserver les équilibres macroéconomiques.

Le franc congolais retrouve des couleurs

Le marché des changes a enregistré une évolution favorable au cours de la semaine sous revue.

Au 19 juin 2026, le taux de change moyen s’établit à 2.240 francs congolais pour un dollar américain sur le marché interbancaire et à 2.295,84 francs sur le marché parallèle.

Par rapport à la semaine précédente, la monnaie nationale s’est appréciée de 2,31 % sur le marché interbancaire et de 1,69 % sur le marché parallèle.

En glissement annuel, le franc congolais affiche une légère dépréciation de 2,62 % sur le marché officiel, tandis qu’il enregistre une appréciation de 0,63 % sur le marché parallèle.

Cette amélioration résulte notamment des interventions régulières de la Banque Centrale du Congo sur le marché des changes ainsi que de sa politique de régulation de la liquidité bancaire.

Un environnement international relativement favorable

L’évolution récente des marchés internationaux offre des perspectives encourageantes pour l’économie congolaise.

La détente des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, favorisée par un accord entre les États-Unis et l’Iran, a provoqué une baisse sensible des prix du pétrole, désormais établis à 79,9 dollars le baril, soit un recul hebdomadaire de 11,7 %.

Pour la RDC, cette baisse constitue un facteur favorable puisqu’elle pourrait contribuer à limiter les coûts d’importation des produits pétroliers et, indirectement, les pressions inflationnistes.

Parallèlement, les minerais d’exportation congolais continuent d’évoluer à des niveaux élevés. Le cuivre s’échange à 13.701,4 dollars la tonne, en hausse de 1,6 % sur une semaine, tandis que le cobalt demeure stable à 55.604 dollars la tonne. Seul l’or enregistre un léger repli de 1,3 %, à 4.123,4 dollars l’once.

Ces niveaux de prix restent globalement favorables aux recettes d’exportation et aux entrées de devises.

En revanche, les produits agricoles importés présentent des évolutions contrastées. Le prix du riz demeure stable à 269,4 dollars la tonne. Le blé augmente de 3,4 % pour atteindre 222,7 dollars la tonne, tandis que le maïs progresse de 1,4 % à 153,5 dollars.

Depuis la fin de l’année 2025, le riz et le blé ont respectivement augmenté de 22,9 % et 19,6 %, alors que le maïs affiche une baisse cumulée de 5,3 %.

Les contraintes structurelles demeurent

Malgré ces performances macroéconomiques encourageantes, plusieurs difficultés continuent de freiner le développement économique du pays.

Les contraintes logistiques, la dégradation des infrastructures routières desservant les zones agricoles ainsi que les difficultés d’approvisionnement continuent d’alimenter les coûts de transport et de distribution des produits alimentaires.

Face à ces défis, la Banque Centrale du Congo poursuit une politique active de régulation de la liquidité bancaire tout en maintenant ses interventions sur le marché des changes afin de préserver la stabilité monétaire.

Des risques qui appellent à la prudence

La Banque Centrale identifie plusieurs risques susceptibles d’affecter les perspectives économiques.

Sur le plan international, une éventuelle résurgence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourrait provoquer une nouvelle flambée des prix du pétrole. La volatilité persistante des cours des matières premières, le maintien de conditions financières restrictives dans les grandes économies ainsi qu’un éventuel ralentissement de la croissance mondiale constituent également des facteurs de vulnérabilité.

Au niveau national, les principaux risques concernent une éventuelle hausse des prix des carburants, une forte demande de devises pouvant exercer une pression sur le taux de change, ainsi que l’expansion des dépenses publiques susceptible d’accentuer les déséquilibres budgétaires.

Les recommandations de la Banque Centrale

Pour consolider les acquis macroéconomiques, la Banque Centrale recommande plusieurs actions prioritaires.

Elle préconise notamment des investissements ciblés dans les secteurs productifs à travers la création de banques publiques dédiées à l’agriculture, aux infrastructures et à l’industrie afin de réduire durablement la volatilité des prix des produits de grande consommation.

L’institution insiste également sur la poursuite d’une gestion rigoureuse de la liquidité bancaire, la diversification des sources d’approvisionnement énergétique ainsi que le renforcement du tissu productif national afin de limiter la dépendance aux importations.

Enfin, une meilleure coordination entre les politiques budgétaire et monétaire apparaît indispensable pour préserver la stabilité macroéconomique et soutenir une croissance durable.

Une stabilité encourageante à consolider

La photographie économique de la RDC à mi-juin 2026 traduit une amélioration progressive des fondamentaux macroéconomiques. La croissance demeure vigoureuse, l’inflation est contenue, le franc congolais affiche une stabilité appréciable et les cours internationaux des principaux minerais exportés restent favorables.

Toutefois, la persistance des déficits budgétaires, les contraintes structurelles qui affectent la production nationale et les risques liés à l’environnement international rappellent que ces performances demeurent fragiles. La poursuite des réformes économiques, l’amélioration des infrastructures, la diversification de l’économie et le renforcement de la gouvernance budgétaire constitueront des leviers essentiels pour transformer cette stabilité conjoncturelle en une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois.

Rica MITSH