En faisant le pari de porter le budget de l’année 2023 à 16 milliards USD, le gouvernement congolais avait, notamment, misé sur un taux de croissance du PIB de 6,7%, et sur sa capacité à ‘‘relever la pression fiscale, en vue de converger progressivement vers le niveau de l’Afrique subsaharienne situé autour de 17,6%’’. Selon le gouvernement, cela passe par ‘‘la diffusion de la culture fiscale et douanières amorcées, ainsi que par l’intensification des missions de contrôles de gestion’’. Mais nombre d’agrégats macroéconomiques sont déjà dépassés avant même d’avoir atteint le milieu de l’année, ce qui menace durablement la soutenabilité budgétaire d’une loi de finance qui portait en lui tous les espoirs de Félix Tshisekedi en cette année électorale.
En effet, le budget 2023 reposait sur des principaux indicateurs et agrégats macroéconomiques dont le taux de croissance de 6,7% ; le taux d’inflation moyen de 8,9% ; le taux d’inflation fin période de 6,8%, un taux de change moyen de 2021,94 francs congolais pour un dollar US ; et un taux de change fin période de 2034,84 FC le dollar. Déjà, le taux de change prévu est dépassé depuis plusieurs mois (affichant 2307,6963 FC le dollar sur le portail de la Banque centrale du Congo), mais la situation est encore inquiétante pour la non-maîtrise de l’inflation – perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.
Diminution du pouvoir d’achat
Selon les statistiques livrées par la Banque centrale du Congo, au 27 mai, si le taux d’inflation hebdomadaire et le taux hebdomadaire cumulé – calculé par rapport à l’indice de la dernière semaine du mois précédent – peuvent faire illusion car respectivement à 0,448% et 2,024%, la réalité globale peut susciter des inquiétudes. En effet, le taux d’inflation cumulé de l’année est à 11,245%, le taux d’inflation en glissement annuel – calculé par rapport à l’indice de la semaine correspondante de l’année précédente – est de 20,392% ; et le taux d’inflation annualisé – qui correspond au taux d’inflation moyen sur les 12 derniers mois et permet de lisser les variations saisonnières – est de 30,198%.
C’est largement au-delà de prévisions. La première conséquence est la diminution du pouvoir d’achat de la population, dont les salaires ne sont pas indexés sur l’inflation, qui doit dépenser plus pour les mêmes biens et services. Mais il y a également des conséquences sur les engagements financiers de l’État qui sont significatives et touchent particulièrement les crédits affectés aux différents programmes du gouvernement. Sans oublier l’augmentation des coûts de production qui amènent souvent les entreprises à augmenter les prix de leurs produits, ce qui alimente davantage l’inflation. Ce qui, au final, peut contracter la croissance – déjà, si la croissance pour 2022 a été de 8,6%, principalement tirée par des investissements dans les mines dans l’ex-Katanga, la croissance hors secteur minier avait baissé, passant de 3,9 à 3,2 %.
Or, si la croissance baisse, cela risque d’hypothéquer le budget 2023 adopté à 16 milliards de dollars. Début mai, les recettes de l’Etat n’ont été, serait-on tenté de dire, que de 7.201,4 milliards de francs, soit 3,1 milliards de dollars pour les quatre premiers mois de l’année. Les porter à 3,56 milliards au taux budgétaire de 2021 FC contre un dollar comme le fait le ministre des Finances Nicolas Kazadi est un enfumage quand on sait que le taux de change reconnu par la banque centrale est aujourd’hui de 2307,6963 FC le dollar.
Mesures de correction
A l’évidence, la RDC n’a pas été à la hauteur des recommandations des instituions de Bretton Woods pour la maîtrise des agrégats macroéconomiques dans une conjoncture économique mondiale marquée aussi bien par la récente crise sanitaire de la Covid 19 que par les conséquences de la guerre en Ukraine. En mars dernier, le FMI et la Banque mondiale recommandaient vivement aux gouvernements des économies en développement d’agir vite ‘‘pour contenir les risques économiques’’, précisant qu’il leur ‘‘faudra en priorité constituer des réserves de change, améliorer la surveillance des risques financiers et renforcer leurs politiques macroprudentielles’’. Et, face à la hausse de l’inflation, ils appelaient ‘‘les décideurs publics (à) faire preuve de vigilance et prendre des mesures de correction circonspectes’’.
Autour de nous, la plupart de pays ont fait des efforts pour avoir des taux d’inflation dans les limites acceptables. Ils affichent des taux d’inflation moindres que ceux de la RDC. Pour la même période, l’Angola a un taux d’inflation hebdomadaire de 0,92%, un taux d’inflation cumulé de l’année de 3,55%, et un taux d’inflation annualisé de 10,59%. Les chiffres de l’inflation sont de 0,6% pour le taux mensuel moyen, et de 9,9% pour le taux d’inflation annualisé en Zambie, et le taux d’inflation en glissement annuel est de 8,7% et le taux d’inflation annualisé de 7,9% au Kenya, première économie de l’EAC.
LE TAUX D’INFLATION (BANQUE CENTRALE DU CONGO)

Aristote KAJIBWAMI







