C’est une campagne qui commence sur les chapeaux de roue. Comme annoncé, Moïse Katumbi Chapwe a lancé sa campagne électorale ce lundi 20 novembre 2023 à Kisangani. Dès la matinée, la ville était sens dessus-dessous, en branle-bas de mobilisation. C’est donc un long fleuve humain qui a accueilli et accompagné le président d’Ensemble pour la République sur les 17 kilomètres qui séparent l’aéroport international de Bangboka jusqu’à la place de la Poste, décidément noire de monde, où s’est tenu le meeting. Face à la marée humaine, Moïse Katumbi savoure sa joie, et lance ainsi sa campagne électorale sous les bons auspices.
Emu, c’est Dieudonné Bolengetenge, le secrétaire général d’Ensemble pour la République, qui a pris le micro en premier pour sensibiliser les siens. “Nous avions dit depuis 2016 que nous devons faire de lui président. Le candidat du peuple, le numéro 3, Monsieur Moïse Katumbi Chapwe, est là. C’est le candidat de la population, il faut le voter massivement car c’est lui l’espoir des Congolais”, déclare-t-il, suscitant un tonnerre d’applaudissements de la foule. C’est alors au tour de M. Katumbi de prendre la parole. Il commence par exprimer sa volonté de servir le peuple congolais de manière désintéressée. «Lorsque je serai président de ce pays, je n’aurai pas de salaire, parce que Dieu m’a déjà béni. Je ne serai pas comme les autres qui ne connaissent pas leur salaire. Quand on ne connaît même pas son salaire, peut-on être un homme sérieux ?», lance-t-il, une critique à peine voilée contre le président sortant Félix Tshisekedi.
Le candidat d’Ensemble promet ensuite de redresser l’économie congolaise, de lutter contre la corruption et d’assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Il fait, de même, part de son ambition de transformer le Congo en un pays prospère et uni après des décennies de crises politiques et conflits armés.
Arrêter la spirale des mensonges
L’ancien gouverneur du Katanga dit “non” à toute gouvernance de promesses non tenues qui ne fait qu’endormir le peuple sans aucune solution durable. «J’ai constaté qu’à Kisangani, il n’y a pas de routes. C’est comme si on était en pleine guerre mondiale. Je vous demande d’être vigilants. Allez-vous accepter encore de nouvelles promesse?», interroge-t-il la foule qui lui répond en hurlant un non à vous casser les tympans. «Cinq ans de promesses suffisent. Il a promis l’eau et l’électricité qui n’existent pas, mêmement pour les routes, les écoles et les hôpitaux. Il faut arrêter la spirale de mensonge avec le démagogue qui est en train d’endormir le peuple congolais», renchérit Moïse Katumbi devant une foule acquise à sa cause.
«J’avais dit que Kisangani doit être Bulaya (L’Europe). Dieu m’a envoyé pour travailler afin de sauver le pays. Sous ma présidence, il ne sera pas question de nommer les membres de famille dans les ministères. Mon directeur de campagne, c’est la population», déclare-t-il. Avant d’ajouter, clachant les tenants du pouvoir actuel : «Quand il y a la guerre, ils boivent du champagne. Ils organisent des concerts. Nous allons mettre fin à la jouissance. Ils sont insouciants du drame que vivent les déplacés de guerre. Quand ils viendront ici, il faudra leur dire au-revoir».
Katumbi fait alors observer que le pays a considérablement régressé avec notamment d’innombrables violations des droits de l’homme. «Ils ont arrêté Salomon Kalonda Idi Della, Mike Mukebayi et mis en clandestinité le député Ensemble Daniel Nsafu au moment où les voleurs, les pilleurs de la République sont libres et se pavanent avec l’argent de l’État dans nos villes», assène-t-il. Pour remédier à cette situation, le candidat n°3 appelle les Congolais à user de l’ultime arme en leur disposition, c’est-à-dire la carte d’électeur, pour «imposer le changement, et mettre fin à l’impunité et au régime de bradage des intérêts de la population».
Surveiller les opérations de vote
Katumbi Chapwe a saisi l’occasion de son meeting pour appeler la population à surveiller énergiquement les opérations de vote du début jusqu’à la fermeture des bureaux de vote. «Il n’est pas question de quitter les bureaux de vote avant de nous être assuré que nos voix ont été prises en compte», a-t-il indiqué. Avant de saluer les autres candidats à la présidence qui l’ont rallié : Matata Ponyo, Seth Kikuni, et Franck Diongo.
L’homme s’est engagé à résoudre les problèmes de la population, rappelant au passage son expérience de gestionnaire dans les secteurs aussi bien privé que public, car ayant été patron de grandes entreprises et gouverneur de province. Il a donné comme exemple de sa volonté de transformer le pays la construction, par ses propres moyens, du bloc opératoire de l’hôpital de référence de la commune de Makiso à Kisangani, promettant du coup de démolir tous les vieux bâtiments pour construire un nouvel hôpital une fois élu président de la République.
Par la suite, Moïse Katumbi s’est adressé aux étudiants de Kisangani, afin de savoir lesquelles des promesses faites par le régime actuel ont été réalisées dans le secteur de l’enseignement supérieur. «Chers étudiants, avez-vous finalement des bourses d’études ?», a-t-il demandé. ‘‘Non’’, lui répond massivement la foule massée devant lui. Le leader d’Ensemble rebondit en déclarant que toutes les promesses de Félix Tshisekedi sont demeurées creuses. Même la gratuité de l’enseignement de base, mesure phare du quinquennat du chef de l’Etat congolais, a été brocardée par Moïse Katumbi, qui l’a déclarée ‘‘fausse et mal exécutée’’. En réaction, la foule s’est écriée qu’elle n’existait même pas.
Terminer la guerre avec nos militaires
Abordant la situation sécuritaire, il a dénoncé un état des lieux catastrophique à Beni, Butembo et Goma au Nord-Kivu ainsi qu’à Bunia, Aru et ailleurs. «Un papa ne pleure pas d’incapacité devant les enfants. Je suis un homme d’action. Celui qui osera toucher à mon pays, il verra. Nous allons terminer la guerre avec nos militaires. Nous avons des bons militaires qui ne demandent que d’être bien payés», a-t-il soutenu. L’occasion faisant le larron, il a renvoyé à Félix Tshisekedi sa propre accusation : «Celui qui nous accuse d’être les candidats de l’étranger, curieusement, c’est bien lui qui a recruté les mercenaires étrangers. Pire, au lieu d’augmenter les salaires des militaires et policiers congolais et renforcer les capacités de l’armée et de la police pour défendre l’intégrité du territoire et sécuriser les personnes et leurs biens, il a donné des salaires rocambolesques à ces étrangers ».
M. Katumbi a également demandé à la population de sanctionner sévèrement le pouvoir actuel, qu’il a accusé d’avoir ‘‘volé le peuple avec la taxe illicite RAM’’ ; promis de construire une armée véritablement républicaine, bien équipée avec des soldats bien formés et bien payés ; et s’est engagé à assurer une justice distributive, notamment dans la tension salariale entre les différentes catégories de la société, surtout entre les dirigeants et le peuple. «On paye mieux les étrangers que nos propres militaires. Les députés touchent 21 000 dollars mais les fonctionnaires, les militaires, les enseignants ont un salaire dérisoire (100 dollars ou un peu plus). J’ai dit à mes élus que cette affaire doit prendre fin», a-t-il déclaré. Et d’indiquer : «Faites les calculs : pendant cinq ans, 21 000 dollars, c’est plus d’un million de dollars. Katumbi vous interdit de clochardiser les militaires et les policiers. Plus question de troupes étrangères dans notre pays. Nous avons des militaires valeureux qui, s’ils sont motivés, la question de l’insécurité sera conjuguée au passé».
Aristote KAJIBWAMI







