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Le MinEtat Gisaro annoncé ce mercredi à Kananga pour lancer, pour la énième fois, les travaux de la route Kananga-Kalamba-Mbuji embourbée dans la boue

Spectacle désolant des véhicules accidentés dans la marre de boue qu’est la route Kananga-Kalamba-Mbuji Photo : Finance-cd.com

Au Kasaï central, la route Kananga-Kalamba Mbuji est surnommée ‘‘la route de l’espoir’’. Et ce n’est pas peu dire, car elle revêt une importance capitale pour cette partie du pays. D’abord, pour le désenclavement, non seulement du Kasaï central, mais aussi de toute la région centre du pays, qui comprend le Kasaï central, le Kasaï oriental, Lomami et le Sankuru, qui sera reliée aux ports angolais de Lobito et de Luanda. Ensuite, pour son rôle dans l’intégration économique régionale en reliant la partie centre du Congo aux corridors de l’Afrique australe. Cependant, la construction de cette route s’est embourbée dans mille promesses non tenues par les gouvernements successifs, aussi bien provinciaux que nationaux. Au final, c’est la population du Kasaï central qui se retrouve roulée dans la boue rouge du sol argileux qui tapisse cette route.

Projet lancé par le gouverneur Trésor Kapuku Ngoyi, continué par Alex Kande Mupompa, et inauguré par Denis Kambayi en 2017-2018, cette route en terre battue a connu depuis lors un délabrement très avancé perturbant lourdement le trafic routier, avec pour conséquence la hausse vertigineuse de prix de produits importés de la République d’Angola, notamment le ciment, le sucre, la bière etc.

En réalité, puisqu’il s’agit d’une route d’intérêt national ayant comme objectif de désenclaver toute une région comprenant plusieurs provinces du centre du pays, ce qu’il faudrait, c’est une vraie autoroute solide en bitume capable de supporter durablement la masse de nombreux camions remorques poids lourds, comme les routes qu’on construit actuellement en Côte d’Ivoire – l’autoroute du Nord entre Abidjan et la partie nord du pays, par exemple. Et ce genre d’infrastructures ne peut pas être laissée à la charge du gouvernement du Kasaï central. Malgré sa volonté, ce dernier n’aura jamais les moyens pour la réaliser, outre que ce n’est pas dan ses attributions. Sauf que les gouvernements successifs du président Kabila n’ont jamais accordé à ce projet le moindre intérêt.

Voir du concret pour croire

L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, lui-même fils du Kasaï, a donc été un mobile d’espoir pour les populations de cette partie du territoire national. Sauf que depuis son premier mandat à la tête de la République démocratique du Congo, la route Kananga-Kalamba-Mbuji est devenue le creuset de théâtres aux scenarii les plus ubuesques de la part de divers politiciens, chacun jouant une partition chaque fois plus burlesque. Il y’en a même un qui s’est rendu tristement célèbre dans la ville de Kananga, en plantant aux quatre coins de la ville des larges panneaux publicitaires dont le message portait sur le remerciement au chef de l’Etat pour avoir construit la route Kananga-Kalamba-Mbuji qui, décidément, n’existait que dans sa fertile imagination, car l’image des panneaux était piquée d’une route de Côte d’ivoire. On n’a touché le fond …

L’on a ainsi parlé de la réhabilitation de cette route pour la première fois dans le projet d’urgence de 100 premiers jours, à l’aube du premier mandat du président Tshisekedi. Mais les fonds y destinés ont disparu comme dans un sacré numéro de Mandrax le magicien, sans qu’aucune sanction ne soit prononcée contre d’éventuels détourneurs et ce, sans explication au souverain primaire. Passé le programme dit des 100 jours, en date du 10 septembre 2022, le président de la République, Félix Tshisekedi est venu lui-même lancer les travaux de réhabilitation de cette même route. Cette fois-ci, le marché est remporté par l’entreprise TOHA Investment Sarl sous la supervision du Bureau central de coordination BCECO.

Sans que le peuple ne sache exactement ce qui devait être fait : une route bitumée ou en terre battue ? Nul n’aura jamais de réponse. Estimé à 44 millions de dollars américains, jusqu’ à présent même pas un kilomètre en terre battue n’a revêtu le sol. L’entreprise TOHA Investment avait arrêté les travaux et déplacé même les matériels vers la province du Kasaï sans avoir résilié le contrat. Malgré la mise en demeure de TOHA par le Directeur du BCECO Jean Mabi, le contrat demeure. Le seul constat est que la route Kananga-Kalamba-Mbuji est actuellement une marre de boue rouge gluante et glissante ou des camions jouent constamment au saute-mouton en se couchant en permanence quatre roues en l’air.

Aujourd’hui, la première ministre Judith Tuluka Saminwa était annoncée ce mercredi 3 juillet 2024 à Kananga pour lancer les travaux de la même route. En dernière minute, suite à un problème d’agenda, c’est plutôt le ministre d’Etat et ministre des Infrastructures Alexis Gisaro Muvunyi qui arrive à Kananga dans quelques heures à la place de la cheffe du gouvernement. Il faudrait combien de poses de première pierre pour que cette route voie finalement le jour ? Echaudés par tant de promesses non tenues, les Centre-Kasaïens veulent voir du concret pour croire.

Stéphane Joël KANDE, depuis Kananga