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Avant-projet de budget 2027 : Adolphe Muzito conduit les grands arbitrages entre ministères sectoriels

La deuxième journée des consultations budgétaires consacrées à l’élaboration de l’avant-projet de loi de finances 2027 a été marquée par un intense ballet de plaidoyers ministériels. Face au Vice-Premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito, les membres du gouvernement et hauts responsables de l’administration ont défendu leurs priorités, chacun cherchant à obtenir une enveloppe à la hauteur de ses ambitions.

Autour du VPM du Budget figuraient notamment le vice-ministre Élysé Bokumwana, le directeur de cabinet adjoint chargé de l’Administration et des Finances, le professeur Jean Marie Liesse, ainsi que le directeur général de la Politique et de la Programmation budgétaire, Rolly Lengo.

Au centre des échanges : un exercice d’équilibriste entre les réformes annoncées dans les différents secteurs et les capacités financières réelles de l’État.

Affaires foncières : investir pour mieux mobiliser les recettes

La ministre des Affaires foncières, O’Neige Nsele, a plaidé pour une hausse des crédits alloués à son ministère. Son objectif : disposer des moyens nécessaires à la mise en œuvre du Plan foncier national, qui doit prochainement être soumis au Conseil des ministres.

Les priorités sont clairement affichées : modernisation des circonscriptions foncières, numérisation des services, contrôle des assujettis et renforcement de la transparence dans la mobilisation des recettes.

« Nous avons voulu rehausser les crédits et les allocations prévus, parce que les premières assignations étaient très faibles », a expliqué O’Neige Nsele.

Selon la ministre, l’augmentation des crédits doit être considérée comme un investissement. En améliorant les outils de travail et en renforçant la transparence dans les circonscriptions foncières, son administration entend accroître les recettes mobilisées au profit du Trésor.

Le ministère entend également travailler avec le ministère des Finances, à travers la DGRAD, afin d’améliorer le contrôle des assujettis et la mobilisation des recettes.

Postes et Télécommunications : « Nous pouvons doubler les recettes »

Même offensive du côté du ministère des Postes et Télécommunications. Son titulaire, José Panda, a demandé davantage de moyens, en s’appuyant sur les performances enregistrées en matière de mobilisation des recettes au cours de l’exercice 2026.

« Nous avons été au-delà des moyens qui nous ont été assignés. Nous avons mobilisé plus », a-t-il fait valoir, estimant qu’une enveloppe plus importante permettrait au secteur d’aller encore plus loin.

Selon lui, avec des crédits supplémentaires, le ministère pourrait « carrément doubler les recettes de l’État ».

Pour y parvenir, le secteur mise notamment sur les investissements dans les infrastructures de télécommunications : fibre optique, satellites et équipements de transmission. Le ministre considère ces infrastructures comme le socle indispensable à la digitalisation et à l’amélioration de la qualité des services de communication.

Autre priorité : renforcer la présence du ministère en provinces. José Panda estime que l’essentiel des recettes actuellement mobilisées provient de Kinshasa, alors que les provinces disposent encore d’un important potentiel inexploité.

Le renforcement des moyens de fonctionnement des divisions provinciales et des inspections devrait, selon lui, permettre d’élargir considérablement l’assiette des recettes.

Eau et électricité : des secteurs au cœur du développement

Le secteur de l’Hydraulique et de l’Électricité a également défendu ses priorités. Représenté par son secrétaire général, Alfred Loboko, il a insisté sur le caractère stratégique et transversal de ses missions.

L’accès à l’eau potable et à l’électricité reste en effet directement lié aux conditions de vie des populations et au développement économique. Pour répondre à la demande croissante, le secteur réclame des investissements conséquents dans les infrastructures.

Emploi et Travail : accélérer les réformes

Au ministère de l’Emploi et du Travail, les discussions ont porté sur la poursuite des réformes déjà engagées.

Parmi les priorités : la modernisation de l’Inspection générale du travail, la digitalisation des services et la construction de centres de formation professionnelle dans plusieurs provinces, notamment au Tanganyika, au Kasaï oriental et au Kwango.

Le ministre Ferdinand Massamba s’est félicité du déroulement des travaux, tout en reconnaissant les contraintes auxquelles l’État doit faire face.

« C’est un budget, on ne peut pas tout donner », a-t-il reconnu, saluant néanmoins la qualité du travail réalisé par les équipes du ministère du Budget.

Avec un taux d’exécution budgétaire estimé à 64 % à ce stade de l’exercice 2026, le ministère ambitionne d’atteindre 80 % d’ici à la fin de l’année.

La digitalisation constitue également un axe majeur. Elle doit notamment permettre aux travailleurs de signaler plus facilement les abus et les mauvais traitements dans les entreprises, à travers des plateformes dédiées, dont « Vigile Travail ».

Défense et Anciens combattants : priorité au désarmement et aux anciens soldats

Le ministère délégué chargé de la Défense et des Anciens combattants a, pour sa part, mis en avant le désarmement, la démobilisation et la réinsertion, ainsi que l’amélioration des conditions de vie des anciens combattants.

Le ministre Eliezer Ntambwe a insisté sur la nécessité de traduire la reconnaissance de la nation en mesures concrètes, notamment en matière de couverture médicale et de protection sociale.

« Les conditions de vie [des anciens combattants] ne représentent pas leurs sacrifices », a-t-il souligné.

Son plaidoyer vise également les personnes ayant pris les armes contre la République et qui doivent, selon lui, être accompagnées dans leur retour à la vie civile et sur la voie de la réinsertion.

Communication : moderniser la RTNC et combattre la désinformation

Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a également participé à cette deuxième journée d’arbitrages.

Il a reconnu les contraintes budgétaires tout en soulignant que plusieurs besoins prioritaires de son ministère avaient déjà été pris en compte.

L’un des principaux chantiers reste la modernisation de la télévision nationale, à Kinshasa comme dans les 26 provinces. Construction et réhabilitation des bâtiments, acquisition de caméras et renouvellement des équipements audiovisuels figurent parmi les besoins identifiés.

« Nous essayerons d’adapter nos besoins en fonction des ressources disponibles », a expliqué Patrick Muyaya, tout en laissant ouverte la possibilité de solliciter de nouveaux arbitrages pour les secteurs jugés stratégiques.

Autre front : la lutte contre la désinformation et les dérives sur les réseaux sociaux. Le ministère entend renforcer la sensibilisation, particulièrement auprès des jeunes, face à la multiplication des insultes, attaques personnelles et contenus problématiques en ligne.

Genre et Intérieur : des arbitrages encore attendus

La ministre du Genre, Michelle Ombae Kalama, a rappelé que les consultations budgétaires constituent un moment décisif où les ambitions politiques sont confrontées aux réalités financières.

Après un premier travail réalisé avec les équipes techniques, son ministère attend désormais les conclusions définitives des arbitrages.

Du côté du ministère de l’Intérieur, les secrétaires généraux ont également défendu leurs priorités.

Collette Mata, secrétaire générale chargée des Réformes institutionnelles et des Relations avec les partis politiques, a salué les échanges avec les équipes du Budget, tout en estimant que certaines lignes budgétaires nécessitaient encore des ajustements.

Pour les Affaires coutumières, Augustin Mungimi a plaidé pour une meilleure prise en charge des autorités traditionnelles. Il a rappelé le rôle joué par des dizaines de milliers de chefs coutumiers dans l’administration des villages et des groupements à travers le pays.

La rémunération et les conditions de travail de ces autorités figurent parmi les principales préoccupations soumises au ministère du Budget. Le secrétaire général dit avoir obtenu des signaux encourageants quant à la prise en compte de cette demande dans la suite des arbitrages.

Agriculture : une enveloppe de 2 400 milliards FC annoncée

Le secteur agricole a également frappé fort. Le ministre de l’Agriculture, Mohindo Nzangi, s’est réjoui du climat des discussions et du relèvement envisagé de l’enveloppe de son ministère.

Selon lui, les crédits pourraient atteindre 2 400 milliards de francs congolais, soit environ 1,1 milliard de dollars américains.

Cette enveloppe doit notamment permettre de soutenir la transformation du secteur et de valoriser le potentiel agricole du pays, conformément aux orientations du Chef de l’État.

Mohindo Nzangi a par ailleurs rappelé les engagements pris dans le cadre du protocole de Maputo, qui prévoit un effort significatif des États africains en faveur du financement de l’agriculture.

Économie numérique : accélérer la transformation de l’État

Le ministère de l’Économie numérique a lui aussi défendu une augmentation de ses allocations.

Pour Léon Teganyi, conseiller financier du ministère, les moyens accordés doivent mieux refléter l’étendue des missions confiées à ce secteur stratégique.

Digitalisation des services publics, modernisation de l’administration et transformation de l’économie nationale : l’Économie numérique entend se positionner au cœur de la modernisation du pays.

Le message est clair : sans investissements suffisants, difficile d’accélérer la transformation numérique de l’administration et de l’économie congolaise.

Budget 2027 : le difficile exercice des arbitrages

Au terme de cette deuxième journée, un constat s’impose : les besoins exprimés par les différents ministères sont nombreux, tandis que les marges de manœuvre de l’État demeurent limitées.

Tous les secteurs ou presque réclament davantage de moyens, mais les arbitrages devront tenir compte du cadrage budgétaire global et des ressources effectivement disponibles.

Les consultations constituent ainsi une étape déterminante avant la consolidation des propositions et la finalisation de l’avant-projet de loi de finances 2027.

Une fois arrêté, le texte poursuivra son parcours institutionnel avant d’être soumis au Parlement.

Derrière les chiffres et les enveloppes se joue donc un choix politique majeur : déterminer quelles réformes et quels secteurs bénéficieront, en 2027, des moyens nécessaires pour passer des ambitions aux résultats.

Belhar MBUYI